B. VOYELLES FINALES
62. Les voyelles finales peuvent être atones (chèvre) ou accentuées. Les voyelles accentuées peuvent être orales (Charivari, Figaro, Sahara) ou nasales (charbon, voisin). Il faut examiner ces difiTérents cas à part.
63. Voyelle atone. Comme voyelle atone finale le français ne possède que l'e féminin. Cette voyelle, ordinairement muette dans la langue moderne, disparait toujours devant le suffixe: chèvre— chevron, maître — maîtrise, paysage — paysagiste, etc. Il disparaît également quand il est suivi de s (comp. I, § 283; II, § 52, 279): Cervantes — cervantiste, cervantisme. Ingres — ingriste. Ardennes — ardennois. Nantes — nantais. Rennes — rennais. Tarbes — tarbéen. Troyes—troyen. Vincennes — vincennois.
Remarque. Ve se conserve graphiquement dans certains cas après g: orange — orangeade, orge — orgeat, rouge— rougeaud, etc.
64. Voyelles accentuées orales. Pour les mots qui finissent par une voyelle accentuée orale, il y a trois possibilités:
V La voyelle peut tomber.. Ce phénomène s'observe surtout dans la langue moderne avec les mots d'emprunt: Panama — panamisie; voir § 65 ss.
2® La voyelle reste, et il se produit un hiatus: bleu— bleuâtre, hardi— hardiessCy joli—joliet; café— caféine, revue — revuiste, etc. Henri — henriade,
3® La voyelle peut rester, et le sufBxe est élargi d'une consonne: tableau — tableautin, etc. Voir § 87 ss.
Remarque. H n*est pas toi^ours facile de voir pourquoi on a choisi Tune des manières de dérivation indiquées plutôt qu'une autre, pourquoi de Chevé on a tiré cheviste, mais de Hervé, hervéisme; de Jingo, jingolsme, mais de espéranto, espérantiste, etc. Le procédé choisi parait souvent tout à fait arbitraire, et les cas d'analogie suivis assez vagues.
65. Chute de la voyelle finale. Examinons d'abord les cas où la voyelle finale du radical est dififérente de la voyelle initiale du suffixe. Les voyelles exposées à tomber sont a, e, i, o.
P A. — Exemples: Alhainbra — alhambresque. Bamboula — bamboulesque. Blida — blidien, Canada— canadien. Diva — diviste (Villatte). Gambetta — gambettiste, gambettiser, Golgatha — golgather (Villatte). Himalaya — himalagen (O. Mirbeau, Le jardin des supplices, p. 202). Panama— panaméen, panamiste. Polka— polker. Saba — sabéen. Sahara— saharien. Spinoza — spinozisme. Venezuela — vénézuélien. Zola — zolisme, zoliste.
Cas isolés. Dans quelques rares mots on garde l'a; Volta — voltaïque. Zolatesque, de Zola, a été modelé sur soldatesque.
Doublets. On a hésité entre bouddhaîsme, bouddhaîste et bouddhisme, bouddhiste.
2^ É. — Exemples: café—cafier. Chevé — cheviste, Delcassé — delcassisme. Charité — charitable ; nécessité — nécessiteux.
Cas isolés. Dans les dérivés de café la langue actuelle conserve Vé: caféier (qui a remplacé cafier), caféière, caféine; comp. cafetier avec une consonne analogique. De thé on a tiré théière et anciennement thétière.
3" I (Y). — Exemples: Charivari — charivaresque ; Garibaldi — garibaldesque ; Nancg—nancéen, etc.
4*^ O. — Exemples: Espéranto —espérantiste. Gigolo— gigolette (II, § 431). Figaro—figaresqucy figariste, figariser.
Cas isolés. On conserve Vo et on admet l'hiatus dans jïn^o —jingoïsme^ zemstvo—zemstvoïste. De Hugo on a tiré hugolâtre, hugolesque, hugotique,
66. Nous citerons à part les quelques exemples qui présentent la rencontre de deux voyelles identiques. Si la voyelle finale du radical est la même que la voyelle initiale du suffixe il y a fusion des deux voyelles (voir I, § 287).
1® a + a} a: abracadabra -\- ant > abracadabrant; Zola + âtre > Zolâtre,
2^ é -\- é } é: lycée + -éen > lycéen ; Quimperlé — quimperléen,
3^ / -f" O ' ' charivari — charivariqne, samedi — samediste, Gassendi — gassendiste. Tahiti — tahitien. Ajoutons Bovary — bovarysme; dandy— dandysme (ou dandisme),
4^ o -\- o^o: Hugo — hugolâtre,
5® u -f- « > II; courbatu — courbature; nerf féru — nerf- férure; vermoulu — vermoulure.
Remarque. Ce même phénomène s'observe aussi en espagnol dans le mot aguardiente et dans des superlatifis comme limpfsimo, ampUsimOy etc. (mais piisimo, agrifsimo),
67. Voyelles accentuées nasales. Les voyelles nasales [a], [ô], [<Ê] perdent leur nasalité et redeviennent orales (comp. II, § 448, a). Ce changement n*est pas noté par Torthographe.
P [û] devient [an]: charlatan — charlatanisme; paysan — paysannerie;
2^ [5n] devient [on] : bonbon — bonbonnière; charbon — charbonnage, charbonnier; patron — patronner, etc.;
3*^ [cfe] devient [yn]: brun— brunâtre^ brunet; opportun — opportunisme, opportuniste, etc.
68. Le sort de la voyelle nasale [I] est plus compliqué. Voici les différents cas qui se présentent:
1® [ë] (aim)"^[am]: faim — affamé, vfr. raim — ramée, ramure; 2® [ï\ (ain)y[sLn]: mondain— mondanité ; S^ [l] (ain)y[Bn]: souverain — souveraineté; 4^ [ê] (ain)y[dn]: grain— grenier;
6^ [1] (ein) > [en] : frein— effréné.
6^ [I] (in) y [in]: bouquin — bouquiner, bouquiniste; coquin'—coquinerie; voisin — voisinage.