‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 12 sur 124 · C. CONSONNES FINALES · texte numérisé non relu

C. CONSONNES FINALES

69. C. Théoriquement les dérivés des mots en c devraient présenter c [k], ch [J], c [s], selon que le suffixe en gallo-roman commençait par o (u), a ou c (i). En effet, on trouve à côté de arc les vieilles formes étymologiques archier (--a ri us), archié (-atum) et arcel (-ellum), arceler, mais cet état de choses n'est pas général à cause de l'influence troublante de l'analogie qui agit de plusieurs manières:

1^ Grâce à l'emploi plus fréquent de c/i, qui figure aussi au féminin (II, § 417), ce son s'e^t ordinairement généralisé aux dépens de c; de là des formes comme archet (-ittus), vfr. archeier (-izare), etc.

2® Sous rinfluence du primitif, l'explosive finale peut rester sans changement: arc—arquet, La plupart de ces dérivés sont relativement récents.

3® Enfin sur le modèle de arc — arceau, l'explosive est parfois dans les dérivés récents remplacée par c [s] : jonc—joncer.

Doublets. A côté de eunuque on trouve eunuchisme (tiré du lat. eunuchismus) et eunucisme.

70. Voici maintenant quelques exemples des difiérents traitements du c final:

P Passage (analogique) de c h ch: Bac — bachot. Blanc— blanchety blanchetie, blancheur, blanchir, vfr. blanchoier, etc. (comp. les formes régulières blanchaille, blanchard, blanchâtre). Coq — cachet Croc — crochet, crochu. Duc, duché, duchesse. Jonc —jonchaie, jonchet (comp. joncher, jonchée, jonchère). Roc— rochet. Sac—sachée, sachet Sec — vfr. sechece. Tronc — tronchet

2® Maintien de l'explosive : Bec — bécard, bécasse, béquette, béqueter, béquille et béquer, béquée, béquet (qui ont remplacé bechier, bechiée, bechiet). Blanc — blanquei, blanquette, blanquier. Roc — rocaille (autrefois rochaille). Roc (persan rokh) — roquer. Comp. Bismarck — bismarckien, Lubeck — lubeckois. Maroc — marocain, etc. Offenbach—offenbachie, offenbachiste, offenbachiser.

3® Passage de c[k] à c [s]: Bakac — balzacien^ Condillac —

condillacien. Comp. musique — musicien. De jonc, J.-K. Huys-

mans a tiré se joncer.

4^ Passage de c k g [g]: zinc — zingage^ zingueur,

5^ Échange entre c et g^ [3]. A côté de clerc on avait clergie^

clergii, clergise, clerjoiSy clergil; sur l'origine du gr, voir I, § 401,8.

Comp. hauberc (haubert)— haubergeon.

71. F, Sur le sort de cette spirante sourde il faut remarquer: 1^ Dans tous les dérivés anciens le f final est régulièrement

remplacé par un v (comp. I, § 449; et II, § 408). Exemples: bœuf — bouvety bouvier^ bouvillon; canif — canivet; chef — achever; chétif — vfr. chetiveté; vfr. ef — avette; exclusif — exclusivisme; juif—juiverie; naïf— naïveté; neuf —neuvième; oisif— oisiveté, etc.

2^ Depuis longtemps la sourde du mot primitif s'introduit, sporadiquement, dans le dérivé. A côté de neuvième et suavet on trouve ainsi neufieme (Noël du Fail, II, 239, 279) et suafet, qui gardent la finale des primitifs neuf et sue/ (su ave m); comp. I, § 450,8.

3^ Les dérivés tout récents conservent la sourde: bœuf— bœufer; chef—chefferie; soif—soiffard^ soiffer; suif—suiffeux.

Doublets. Dans un seul cas, on garde l'ancienne forme à côté de la moderne. De suif on a tiré suiver, employé encore dans Targot des marins (voir les poésies de Jean Richepin), et plus récemment (Acad. 1835) suiffer,

72. Q. L'explosive a été introduite dans les dérivés populaires de long (comp. II, § 418): longaille^ longuet, longueur. On trouve la chuintante [3] dans longer. Comp. Cherbourg — cherbourgeois, Hambourg — hambourgeois, Pétersbourg — pétersbourgeois, etc.; nous avons trouvé slesvigeois à côté de slesvicois,

73. QN. La nasale mouillée [ji] est remplacée par la nasale dentale [n] dans Boulogne — boulon(n)ais, Cologne— colonais.

74. L est remplacé par u devant une consonne (I, § 342): cheval — chevaucher; féal — féauté; loyal — loyauté; principal — principauté, etc.

Remarque. Un pareil balancement entre [o] et [al] se troave dans bureau — buraliite, fourneau— fournaliste (ouvrier-pâtissier). Comment expliquer ces dérivés curieux? Est-ce que fournaliste (de fourneau) se serait modelé sur journaliste (à côté de journaux)*^

75. N. Un m analogique s'est introduit dans quelques dérivés de mots en -ain et -in.

1^ Sur le modèle de faim — affamé se sont réglés étain — étamer (la forme correcte serait étagner) et plain (pour pelain) — plamée^ plamer,

2^ De latin on avait tiré en ancien français latimier; il faut probablement admettre une influence de mots tels que venin (pour venimy de *venimen, altération de venenum) — venimeux, envenimer; sain (vfr. saîn, saïm) — ensimer, essimer.

76. P. Au p (orthographique) de loup correspond un v dans les dérivés: louvard, louvat, louvet, louveteau, louvetier, etc.

77. T. Le / final de enfant est remplacé par c dans l'ancien diminutif enfançon; donc, ce mot n'est pas une formation française, il doit remonter à un '^'infantionem.

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