Formation analogique
1*^ Dans chardonneret il paraît qu'il y a eu un changement de suffixe; on disait au moyen âge chardonnereul ou chardonneret.
2® Notre suffixe a été remplacé par une autre terminaison presque homophone dans l'ancienne expression colombe rocheraie, altération de rocherez (qui vit dans les roches), et dans le nom de lieu Faverois, pour Paverez, lieu où il y a des fèves.
217. ESSE remonte à -issa» emprunté au grec -laaa à l'époque chrétienne. Il sert à former des féminins: abbas — abbatissa > abeesse > abbesse. Nous en avons parlé dans la morphologie (II, § 423 ss.).
218. ESSE, au moyen âge ECE, remonte à -itia, dont le développement phonétique est peu clair. Régulièrement il aurait dû aboutir à eise (-oise) et, après une palatale (I, § 191), à 'ise; ces deux formes se trouvent en français, mais -eise (§ 204) est extrêmement rare, et -ise n'est pas restreint aux cas demandés par la phonétique; enfin la forme -ece représente un troisième développement de -ïtia. Voici quelques détails :
1® Eise, qui devrait être le représentant principal de -ïtia, ne se trouve que dans deux mots: prooise (*proditia) et richoise. Dans cette dernière forme, qui alterne avec richecej 'Oise est sûrement d'origine analogique; "^francltia aurait abouti à francise, et franc hoise doit être regardé comme une formation française.
2^ Ise qui ne devrait s'employer étymologiquement qu'après une ^palatale, se trouve dès les plus anciens textes après toutes les consonnes. Comment expliquer ce fait? Y a-t-il là une simple extension analogique ou faut-il admettre un changement de -ïtia en -Itia? Les deux raisons ont pu agir (comp, I, § 196, Rem.).
3® Ece ne peut pas remonter directement à -itia; il suppose probablement comme point de départ -ïcia, dont on n'est pas arrivé à expliquer ni l'origine ni la raison. Nous citerons comme exemple pigrïtia > *pigrïcia > perece > parece > paresse.
219. Le suffixe -esse (-ece) a été très productif en français. Il sert exclusivement à former des substantifs tirés d'adjeclifsi Exemples: délicatesse, faiblesse, finesse, grossesse, hardiesse, ivressCy jeunesse^ mollesse, noblesse, richesse, rudesse, sagesse, souplesscy tristesse, vieillesse, etc. Beaucoup des anciens dérivés sont morts maintenant: aigrece, dru ece, grandece, genvrece, haltéce, humblece, laidece, largece, laschece, leece, maigrece, radece (vitesse), simplece^ sobrece, sourdece, etc. Dans la langue moderne
-esse est encore vivant sans être productif; on ne trouve que très peu de créations nouvelles: robustesse.
220. ET remonte au suffixe -ittus, dont les inscriptions romaines de l'époque impériale nous montrent les premières traces dans des noms propres féminins tels que Bonitta, Caritta, Julitta, Lucitta, Senecitta, Suavitta, etc. Cette terminaison, qui probablement a eu un sens caressant et diminutif, s'est vite étendu, et on Ta appliquée aussi aux noms communs et aux adjectifs; en même temps on a essayé de la varier, en en variant la voyelle, et c'est ainsi qu'à côté de -ïttus, on a créé -îttus, -attus, -ottus qui tous se retrouvent en français.
Formes élargies. Notre suffixe entre dans plusieurs formes composées où il figure tantôt comme le premier, tantôt comme le dernier élément. On a ainsi -etel, -eteau (§ 401), -eton (§ 402), et de l'autre côté -elet (§ 383), -iculet (§ 406), -iquet (dans tourniquef)y -onnet^ -onneite (dans bergeronnette). Sur -eret voir § 214.
221. Le suffixe -et a joué un rôle important en français, où il est devenu le suffixe diminutif par excellence (sous la forme simple ou sous une forme élargie) et l'a emporté même sur 'Cau (§ 192); il est encore productif comme le montre le terme récent wagonnet. Il s'adapte aux thèmes nominaux, comme aux thèmes verbaux.
1*^ Dérivés d'adjectifs: Basset, blondet, brunet, doucet, grosset, jaunet, jeunet, maigret, mollet, petitet, propret, rouget, rousset, verdet, etc. Au moyen âge on avait aussi espesset, longuet, reondet, soavet, etc.
2^ Dérivés de noms communs: Archet, baronnet, béquet, cervelet, cochet, coquet (§ 70), cordonnet, dosseret, feuillet, livret, loquet (de l'anc. franc, loc), mulet (de l'anc. franc, mut), maillet, mantelet, navet (dér. du vfr. nef (^ napum), œillety oignonet, oiselet, onglet, patronnet (A. France, Le livre de mon ami, p. 169), plumet, réglet, signet, sommet, verset, etc. On n*emploie plus: anelet, arbret, cœuret, enfantet, matinet (l'aube du jour), muret, uisset.
3® Dérivés de noms propres: Adenet (de Adam), Deniset, Jeannet, Paulet, Perret et Pierret, Simonnet. Rappelons aussi robinet qui est primitivement Robinet, dim. de Robin.
4^ Dérivés de verbes: Claquetj fauchety foret, fumet y jouet^ nichet, noaety rivet, sauouret, sifflet, soufflet, tranchet, volet.