‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 37 sur 124 · Formations analogiques · texte numérisé non relu

Formations analogiques

1*^ Dans plusieurs mots, -if n'est pas d'origine étymologique. II remplace surtout -w.

Adventif remplace l'ancien adventiz, adventis (de adventicius, § 268); ce mot, qui aurait dû rester indéclinable, a de bonne heure été ramené au type vis — vif (voir II, § 266,1,2); on trouve adventif déjà au XIII^ siècle {Horn, v. 2434), mais Peiresc emploie encore l'ancienne forme: bien adventis,

Juif, pour jui(e)u, a été tiré du féminin juive (II, § 381). De la même manière s'explique Tancienne forme antif, tiré de antive (an tiqua).

Massif remplace l'ancien massiz, massis; comp. adventif.

Métif, doublet de métis, s'explique comme adventif (la con-

servation et la prononciation irrégulière de métis paraissent dues à l'influence de Tesp. mestizo). Notons aussi les doublets gélif et gélis^ tirés de geler (pourtant leur é étonne) ; pour poncif Richelet (1680) donne ponds.

Oisif y doublet de oiseux (otiosum), qui présente un changement de sufflxe curieux. A côté de oisif (huisif) on trouve au moyen âge oisdif (huisdif).

Plumitif autrefois plumetis (encore dans Cotgrave), dér. de l'ancien verbe plumeter.

2® Dans quelques mots -if a disparu : apprentif (encore dans Furetière) > apprenti (déjà dans R. Estienne, 1539), baillif > bailli; brandif > brandi; jolif > joli (comp. § 238).

255. IL remonte au neutre latin -ile, qui désigne un lieu de séjour (pour les animaux) ou un dépôt. Nous trouvons ce suffixe dans foenile ) fenil et dans quelques formations postérieures: *canile > chenil, *cohortile } courtily *mansionile >. maisnil > ménil, *vervecile > bercil. Comme création française on ne saurait citer que fournil, tiré du vfr. forn (four),

256. IL (autrefois prononcé [iK]) remonte au latin -iculus, -iculum; *coniculus > vfr. conil, periculum > péril, ou à -ilium; lat. pop. "^usetilium (tiré de '^u set ile, altération de utensile) > vfr. ostil > outil Ce sufflxe, auquel il faut attribuer une signiflcation diminutive, est peu représenté en français; aussi les dérivations nouvelles sont-elles très rares: coutil, de coûte (autre forme de couette; cf. I, § 158, i, Rem.); doisil (ou dousil, douzil), du vfr. dois, source; grésil^ de grès.

257. ILLE. Sur Torigine et le développement de ce suffixe il faut remarquer les points suivants:

P Le suffixe -ille dérive du latin -icula: canicula > chenille, clavlcula > cheville, cratîcula > grille. Il remplace souvent -icula en latin vulgaire: anaticula ) '^'anatlcula > aneïlle > anille; falcicula > *falcicula > faucille; lenticula > *lentlcula > lentille; vitïcula > vitîcula > vrille (I, § 504, i). Dans quelques cas, -ille remonte à -ilia: volatilia > vfr. voleïlle.

2^ Il se trouve par analogie dans un certain nombre de mots étrangers empruntés au latin, à l'italien, à Tespagnol, au provençal. Mots latins: anguille (anguilla); armille (armilla), camomille (camomilla), pastille (pastillus). Mots espagnols: cédille (cedilla), cochenille (coch en i lia), coromV/e (coronilla), écoutille (escotilla), estampille (estampilla), grenadille (g r e n a d i 1 1 a), jonquille (j u n q u i 1 1 o), mantille (m a ntilla), peccadille (peccadillo), quadrille (quadrilla, cuartillo, cuadrillo), résille (I, § 525,4), vanille (vainilla), uétille (vetilla?). Mots italiens: cannetille (cannettiglia), pointillé (puntiglio), torpille (torpilla). Mot provençal: croustille (croustilho).

258. Les mots français créés à Taide du suffixe -ille sont assez nombreux. Us présentent souvent un sens diminutif et sont généralement tirés de substantifs, rarement d'adjectifs ou de verbes: Barbilky béatilles, béquille (de bec), brandille (de brandir), brindille (de brin)^ broutille y bûchilley bulbille, charmille, chenille (de chien\ coudrillCy croisille, effondrilles (pour fondrilles, de fondre), fibrille, flotille, jantillCy larmille, ormille, pacotille (de paquets),

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