REMARQUES PRÉLIMINAIRES
I. Le vocabulaire traditionnel d'une langue s'enrichit incessamment. Comme la vie ne s'arrête jamais, comme tout se trouve dans un perpétuel devenir, des mots nouveaux sont toujours nécessaires pour exprimer les changements qui surviennent et les développements qui s'accomplissent. Qu'il s'agisse d'une découverte scientifique, d'un progrès industriel, d'une modification de la vie sociale, d'un nuancement de la pensée, d'une manière nouvelle de sentir ou de comprendre, d'un enrichissement du domaine moral, le néologisme est impérieusement demandé, et tout le monde crée des mots nouveaux, le savant aussi bien que l'ignorant, le travailleur comme le fainéant, le théoricien comme le praticien. Dans les pages qui suivent nous allons examiner quelques-unes des différentes questions générales qui se rattachent à cette création incessante de mots nouveaux.
Remarque. Pour créer des mots nouveaux, on ne se réunit pas en conseil académique. Comme nous venons de le dire, tout le monde sans distinction aucune de classes, en crée et a naturellement le droit d*en créer; ce n*est pas un privilège réservé à quelques élus, comme on Ta cru autrefois. En parlant de débrataliur (voir § 7). mot créé par la marquise de Rambouillet, Vaugelas observe qu*il «a esté fait par une personne, qui a droit de faire des mots, et d'imposer des noms, s'il est vray ce que les Philosophes enseignent, qu'il n'appartient qu'aux sages d'éminente sagesse d'auoir ce priyilege« (JRe/nargues, II, 229). Le développement d'un phonème nouveau se
fait toi^ours d'une manière inconsciente (I, § 109); la création d*un mot nouveau s'opère souvent de la même sorte, mais ordinairement l'individu parlant qui crée un néologisme en a pleine conscience.