‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 42 sur 124 · Le suffixe -oir désigne généralement · texte numérisé non relu

Le suffixe -oir désigne généralement

V L'endroit où se passe l'action: abattoir^ abreuvoir, ftondoir, comptoir, crachoir, parloir, séchoir, tiroir, trottoir.

2^ L'Instrument qui sert à accompagner l'action: arrosoir, assommoir, découpoir, miroir, mouchoir, sarcloir, semoir.

278. OIRE, forme féminine de -oir (§ 275) remonte à -cria. Son emploi est assez restreint; il ne sert qu'à désigner des

noms d'instruments: affUoire, attrapoire^ baignoire, balançoire, bassinoire, écamoire, nageoire, rôtissoire.

Remarque. A côté de -oircj la vieille langue offre aussi la forme -eoire: mangeoire, passeoire. On avait de même -eoir pour -oir; voir § 275.

279. OIS remonte à ^nsis, devenu -ese (I, § 318,8), d'où -eisy et ensuite -ois ou dans d'autres cas -ais (l, § 159). Les mots en -eis (-ois), qui devraient rester invariables présentent dès les plus anciens textes un féminin analogique: corteis — corteise (II, §384,8, Rem.); ce féminin finit par s'étendre aux autres mots en -eis qui remontent au germ. -isc (§ 351): daneis — daneise, pour daneische (cf. II, § 417, Cas isolés).

Cas isolés. Après une palatale -en sis aboutit régulièrement à 'is (I, § 191). Cependant ce développement peut être entravé par l'analogie comme dans burgensis qui ne devient pas bourgiSy mais bourgeois.

Formes analogiques. La terminaison -ois est d'origine analogique dans anchois qui vient de l'esp. anchoa, et dans ^ravois, qui est pour gravoi; § 152, Rem.

280* Le suffixe -ois s'attache comme le latin -en sis à des noms de villes et de pays pour désigner leurs habitants. Nous le trouvons aussi, mais rarement, attaché à des noms communs.

1*^ Dérivés de noms de lieux: Ardennois, champenois, clermontais, dauphinois, dieppois, lillois, niçois, rémois, vosgeois, eic. Bavarois, danois, gallois, hongrois, norois, suédois. Bernois, Cretois, génois, etc. Il est toujours productif, comme le montrent montmartrois, anversois, hambourgeois, pékinois, pétersbourgeois^ copenhaguois, etc. Notre suffixe peut même s'ajouter à des noms de peuple. Cet emploi pléonastique s'observe dans turquois, encore dans Edmond Rostand: Ce turquois ne peut vous comprendre (La princesse lointaine, II, se. 3); cf. turquoise.

2^ Dérivés de noms communs. On trouve dans le latin postérieur pa g en sis; c'est peut-être sur ce modèle ou sur un modèle semblable qu'on a formé burgensis, d'où bourgeois (voir ci-dessus) et curtensis, d'où courtois (cf. it. cortese). En fait de créations françaises on trouve dans la vieille langue des formes telles que aidais, champois, clergeois, fontenois, islois, marbrais, marchais, malais, etc.; elles ont toutes disparu. La

langue moderne connaît villageois, matois (de maiCy terme d'argot qui désignait le lieu de rendez-vous des filous de Paris), les substantifs minois (de mine), putois (du vfr. put) et l'adverbe en tapinois (du vfr. en tapin), d'où a été tiré le substantif tapinois. On doit à La Fontaine Tadjectif souriquois, tiré plaisamment de souris, et Tabbé Galiani parle de la langue chaioise (voir Jusserand, Shakespeare en France, p. 222).

281. OISON remonte à ^tionem. Il servait, dans l'ancienne langue, à former des dérivés à signification abstraite des verbes de la 3* conjugaison: batoison, confondoison. Il empiète aussi sur le domaine de -aison (§ 167) et se joint aux verbes de la 1*^ conjugaison: abitoison, acordoison, arestoison, chaçoison, chaploison, coltivoison, crioison, donoison, getoison, livraison, mangeoison, etc. De toutes ces formations la langue actuelle n'a gardé que pâmoison.

282. ON remonte au lat. -onem: carbonem ) charbon, falconem > faucon, latronem > larron, saponem } savon, etc. II a été assez productif en français, mais paraît peu vivant dans la langue moderne.

Cas isolés. Les mots en c et / présentent des dérivés en 'Çon: arc^arçon, tronc — tronçon, enfant — vfr. enfançon, plante — vfr. plançon, point — poinçon. Ces formes présupposent des dérivés vulgaires en -ionem (comp. § 77).

Formation analogique. Le suffixe -on a remplacé -un dans tendron (voir § 295).

Formes élargies. A côté du simple -on, on trouve -aillon (§ 380), -asson (de *ac ionem) dans chevasson^ paillasson, mollasson (Soirées de Médan, p. 225); -eron (§ 398); -eton: gueule — gueuleton (§ 402), -ichon: drôle — drôlichon (§ 404); -ilion: cotte—cotillon (§ 409).

283. En français, -on s'attache et aux thèmes nominaux et aux thèmes verbaux. Exemples:

1^ Dérivés d'adjectifs: molleton, sauvageon, tendron, vairon. Dans les parlers locaux on trouve petiton (Rolland, Chansons populaires, V, 52).

2^ Dérivés de noms communs: aiglon, aiguillon, ceinturon,

cruchon, dindon. A rancienne langue appartiennent ba^tardon (petit bâtard), bergeron, etc.

3® Dérivés de noms propres: Benoîton, Toinon.

4® Dérivés de verbes : Avorton, bâillon, coupon, frotton, jeton, juron, louchon, plongeon, réveillon, salisson, souillon, torchon, etc. Notons pour la vieille langue changeon (enfant substitué; Romania, XXXII, 452), viron (conservé dans environner), troion (celui qui fait les courses).

284. Signification. Le suffixe latin -o, -onis désignait ordinairement des êtres vivants, parfois aussi des noms de choses. Le suffixe français -on présente ces mêmes emplois:

1^ Noms de personnes: baron, brouillon, charreton (ou charion; cf. I, § 292), charron, espion, fripon, louchon, souillon, tendron, etc. On n'emploie plus changeon, clergeon, guion, soçon (tiré de socius).

29 Noms d'animaux: ânon, barbichon, chaton, étalon, griffon, goujon, liron, mouton, plongeon, etc., etc.

3® Noms de choses : bouchon, brouillon, coupon, chaînon, glaçon, manchon, oreillon, etc., etc. C'est pour les noms de choses que notre suffixe a été le plus productif.

285. Le suffixe -on présente souvent une valeur diminutive; elle est surtout prévalente dans les noms d'animaux, oti -on désigne les petits (comp. -at; § 185) dans les noms de personnes et, moins souvent, dans les noms de choses.

!• Noms d'animaux: aiglon, ânon, baleinon, bécasson, chaton, faon, grillon, levron, oisillon, ourson, raton.

Cas isolés. Cochon (II, § 403) désigne d'abord le cochon de lait. Dindon, dér. de dinde (II, § 431), s'employait primitivement au sens de dindonneau; le dindon s'appelait autrefois dindart Étalon vient du bas-lat. stallonem (tiré du germ. stall), le cheval qui reste à l'écurie, qui ne travaille pas. Hérisson, du lat. pop. *hericionem, tiré de h e ri ci us.

2® Noms de personnes : Benoîton, Fanchon, Jeanneton, Lison, Madelon, Marion, Margoion, Nanon, Suzon, Toinon,

Remarque. Dans les noms propres, -on prend souvent une valeur dépréciative :

Paovre fille, à quinze ans, ses sens dormaient encore, Son nom était Marie, et non pas Marion,

(Musset, Nouvelles poésies^ p. 14.)

Je n'aimerai plus Madeleine.

Mieux vaut courir les Modelons,

(Richepin, La mer, p. 259.)

Partout on vous rencontre avec des Jeannetons,

(V. Hugo, Rug Blas, I, se. 2.)

3^ Noms communs désignant des personnes du sexe féminin: un(e) louchoTiy un(e) salisson^ un tendron. Pour le genre de ces mots, voir § 666.

4^ La signification est devenue péjorative dans: brouillon, fanfaron, grognon, fripon, marmiton, souillon.

5^ Noms de choses : Fleuron, goujon, mamelon, vallon, veston.

286. En italien et en espagnol, le suffixe correspondant a une valeur ausrmentative : it. animale — animalone (grand animal); esp. bestia — bestiôn, etc. Celte valeur se trouve dans plusieurs mots français dus généralement à une imitation étrangère:

Ballon (grosse balle), dér. de balle, sous l'influence de Tit. ballone.

Barbon, de Tit. barbone, proprement grande barbe, puis homme vieux (comp. § 710).

Caisson, autrefois casson, de lit. cassone, grande caisse.

Carafon, emprunté de l'it. caraffone, signifiait au XVII* siècle 'grosse carafe'; il veut dire aujourd'hui 'petite carafe'.

Médaillon (grosse médaille), emprunté de Tit. medaglione.

Million paraît créé sous l'influence de l'it. miglione, proprement 'un grand mille'.

Mousqueton, tiré de mousquet à l'imitation de l'it. moschettone; il désignait autrefois une arme de plus gros calibre que le mousquet.

Perron, dérivé de pierre.

Toron (gros tore, moulure ronde), de l'it. toron e.

Téton (mamelle), dér. de tette (bout de la mamelle).

287. OT remonte au latin vulgaire -ottus (cf. en italien otto), variante de -ittus. Il a été assez productif en fran-

çais, surtout dans les périodes précédentes ; mais il est encore capable de fournir des dérivés nouveaux.

Forme élargie. A côté de -ot on trouve -elot (§ 387).

288. Le suffixe -ot s'attache aux noms et aux thèmes verbaux. En voici quelques exemples:

1® Dérivés d'adjectifs: Belloty brunot, manchot (dér. de Tanc. fr. manc < mancus), pâlot, sicot, vieillot, etc. On trouve constamment des créations nouvelles non enregistrées par les dictionnaires: Elle est faiblotte (Concourt, Renée Mauperin, p. 141). Une fille parut, roussotte, louchon (A. France, Le Mannequin ctosier, p. 43). Citons aussi finot (Huysmans, Les sœurs Vatard, p. 290) qui est peut-être une mauvaise graphie pour finaud (§ 358, s). Littré dit »synonyme inusité de finaud*, explication peu heureuse. Rappelons qu'on trouve finoterie au XVII* siècle.

Cas isolé. Petiot, de petit; cf. § 99.

2® Dérivés de substantifs: Bachot, ballot, barrot, billot, bécot, boulot, calot, cuivrot, cuissot, déloi (de l'ancien deel, del, maintenant dé; cf. I, § 266), diablot, frérot, goulot, îlot, linot, minot, mulot (dér. de mul), pérot, pouliot On n'emploie plus aillot, ancelot, anglot, bichot (petit d'une biche), courserot (un petit coursier; voir H. Estienne, Deux dialogues, I, 95).

Cas isolés. Berlingot (voiture), dérivé de berlingue, autre forme pour berline, employée au XVIII* siècle. Bousingot, dérivé populaire de bousin (cabaret, désordre). Camelot, forme plutôt provençale, a remplacé l'ancien chamelot, dér. de chameau.

3® Des noms propres: Bernardot, Chariot, Denisot, Henriot, Georgeotj Jacquot, Jeannot, Margot (§ 78), Paulot, Perrot, Pierrot, Renaudot, Robertot, Vacherot, etc.

Cas isolés. La célèbre Mme Angot s'écrivait à l'origine Ange (§ 414); telle est l'orthogiaphe de Vadé. Miquelot est une forme normanno-picarde pour michelot, dér. de Michel.

4^ Dérivés de verbes: Brûlot, cachot

289. OTTE ou OTE (cf. II, § 414, s), forme féminine de -ot (§ 287). Elle s'emploie dans le féminin des adjectifs: pâlot —pâlotte, manchot— manchote, et des substantifs linot — linotte. Chariot — Charlotte, Elle sert aussi à former des dérivés nouveaux de noms et de verbes.

1^ Dérivés de substantifs: Baillotte (de baillé), calotte (de cale, sorte de bonnet), capote, chènevotte (dér. de l'ancienne forme cheneve, de cannabis), culotte, fiévrotte, gelinotte, linotte, menotte (de main).

Cas isolé. Marotte est un dérivé hypocoristique de Marie; papillotte, morceau de papier dont on enveloppe les cheveux, est peut-être un dérivé irrégulier de papier, Papillotte, paillette d'or ou d'argent, est un post-verbal de papilloter (§ 540).

2® Dérivés de verbes: Bouillotte, jugeotte, parlotte,

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