‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 54 sur 124 · Formations analogiques · texte numérisé non relu

Formations analogiques

1*^ Dans plusieurs mots -aud (-aut) ne représente qu'un arrangement orthographique d'une terminaison étrangère:

Artichaut, emprunté de l'il. articiocco. Ronsard (Odes, II 18) écrit des artichos.

Badaud, emprunté du prov. badau.

Cabillaud, emprunté du holl. kabeljau.

Échafaud, de *calafalcuin, est pour échafauc (comp. catafalque, et prov. escadafalc).

Éprault, orthographe fautive pour *épereau (Romaniay XXVIII, 182).

Mareschaut s'employait dans la vieille langue concurremment avec mareschal(c) ; on en avait tiré le féminin mareschaude.

2® Dans quelques cas -aud a été confondu avec -eau; voir § 384, Cas isolés.

360. Signification. Le suffixe -aud s'emploie le plus souvent avec un sens péjoratif: ribaud, grimaud, maraud, nigaud. Dans les adjectifs il marque surtout l'exagération en mal d'une qualité: lourdaud, rougeaud, sourdaud. Comment notre suffixe est-il arrivé à prendre cette valeur? Elle n'existe pas dans des mots comme boucaud, taraud, ni dans les noms de personnes.

361. ENC (LENC) remonte au germanique -ing (-ling), qui a aussi pénétré en italien (-ingo), en hispano-portugais (-engoj et en provençal (-enc). Au Nord de la France, on ne le trouve que dans la plus ancienne période de la langue; il se confond de bonne heure avec d'autres suffixes, qui finissent par le supplanter tout à fait. Ce suffixe, qui indique ordinairement une origine ou une parenté, se trouve dans les mots germaniques suivants:

Brelenc, berlenc (aha. bretlenc, proprement petite planche), employé encore au commencement du XV* siècle; remplacé par brelan ou berlan: on hésitait entre ces deux formes jusque dans le XVII« siècle (I, § 518, i). Sur les dérivés de brelenc, voir § 88, 1.

Chambrelenc ou chamberlenc (aha. camarlinc; cf. prov. camarlenc) d'où chambellenc et enfin chambellan. Le doublet camerlingue est emprunté de l'ital. camarlingo.

Esperlenc (aha. spierling), changé en éperlan.

Flamenc du néerl. Vlseming (comp. it. Flammingo, esp. Flamenco, prov. Flamenc); on trouve dans la vieille langue le féminin flamenge et les dérivés flamangaille, flamengel, flamengerie. La forme primitive disparaît déjà au moyen âge; elle est remplacée par les deux formes analogiques flamain qui n'a qu'une courte vie, et flamand conservé jusqu'à nos jours.

Floovenc (de Hlodovinc, fils ou descendant de Hlodowech) se change en Flooven^ Floovent, Floveni, surnom d'un héros de Fancienne épopée française derrière lequel se cache le roi mérovingien Dagobert.

Loherenc (aha. Lotharing); à côté de cette forme on trouve de bonne heure au moyen âge loherain et lorrain.

362. Notre suffixe a été aussi ajouté à des mots de formation française:

Balcenc (tiré de balteus; cf. Romania, XXIV, 586), plus tard baucenc, baucent, bauçain^ etc. Le mot signifie blanc et noir, ou cheval pie; il n*a pas survécu au moyen âge.

Bonnenc, estomac, d'origine inconnue.

*Boulenc (de boule?), primitif supposé de boulanger.

*Estevenenc (de Estèvene < Stephanum; cf. I, § 259, Rem.), primitif probable du vieux mot esteuenant, nom d'une monnaie frappée à l'effigie de St. Etienne.

Ferrenc (de fer < ferrum), forme primitive probable déferrant (gris de fer, cheval gris de fer).

Gardenc (de garde), devient garden, et par changement de suffixe gardien.

Jaserenc (du nom de la ville d'Alger, en arabe al-Djezair), remplacé par jaseranc, jaserant, jaseran.

Marenc (tiré de mare, mer): c'est probablement cet adjectif qui se retrouve dans cormoran, autrefois cormorant (forme conservée en anglais), cormarant, lequel, selon M. A. Thomas, représente un plus ancien corp marenc (corbeau de mer).

*Merlenc (de merle), primitif probable de merlanc, merlan.

Paîsenc (de pais), primitif probable de paysan; on trouve aussi, dans la vieille langue, pagsant (II, § 271, i) et pagsand (§ 88).

*Tisserenc (du vfr. lissier, tisseur), primitif probable de tisserand; comp. le nom propre Teisserenc de Bort.

363. Les exemples cités nous montrent que enc a été remplacé par -an, -and, -ant, -ain. Dans plusieurs cas la forme actuelle ne s'est fixée qu'après une certaine hésitation entre les suffixes de remplacement.

P Dans la langue moderne -enc est généralement remplacé par -an: Bougran, brelan, chambellan, cormoran (pour cormoran), éperlan, jaseran, merlan, paysan, peigneran, salleran,

2^ And Si été adopté dans flamand, tisserand, balterand, Rabelais écrit breland pour brelan, et la langue actuelle connaît le dérivé brelander,

3® Ain a été adopté dans lorrain; au moyen âge on trouve aussi Chamberlain, flamain.

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