‹ Grammaire historique de la langue française (volume 3)Chapitre 55 sur 124 · B. SUFFIXES D'ORIGINE MERIDIONALE · texte numérisé non relu

B. SUFFIXES D'ORIGINE MERIDIONALE

364. ADE est emprunté aux idiomes méridionaux: prov. -ata (-ado); it. -aia; esp. -ada ; la forme populaire française est -ée (§ 199). Des mots d'emprunt en -ade se trouvent déjà au moyen âge: ballade, p. ex., passe la Loire au XIIP siècle (I, § 17); mais ce n'est qu'au XV* et surtout au XVI* siècle qu'ils deviennent nombreux, et ils ont continué leur invasion jusqu'à nos jours. Un exemple tout récent est le mot argotique balade (doublet de ballade), emprunté au mot patois balado, qui signifie proprement 'une fête patronale où l'on danse'.

Formations analogiques. Quelques mots en -ade doivent leur terminaison à une altération quelconque:

Alcade vient de Tesp. al cal de.

Pastenade (panjiis), pour * pastenague, est une altération du prov. pastenaga.

Troubade (jeune soldat) est abrégé de troubadour (cf A, §522).

Remarque. Ce suffixe -ade n'a rien à faire avec celui qu'on trouve dans les deux mots Franciade et Henriade qui sont créés à Taide du suffixe grec

365. Voici quelques exemples de mots d'emprunt en -ade, sous l'influence desquels ce suffixe a pris droit de cité en français :

1^ Mots provençaux: Accolade, aiguade, aiguillade, aubade, balade, ballade, bigarade, brancade, cagade, estrade, panade, pétarade, etc.

2^ Mots italiens: Bambochade, barricade, bourgade, bravade, brigade, cacade, camisade, cantonade, carbonnade, cavalcade, chamade, escapade, façade, mascarade, pommade, rémoulade, salade (casque), etc.

3® Mots espasrnols: Algarade, bastonnade, camarade, capilotade, fanfaronnade, marmelade, parade, etc.

i^ Mots portugais: Pintade, trauade,

366. Dès le XVI* siècle on commence en France à imiter les mots d'emprunt en -ade en appliquant ce suffixe à des substantifs (noms communs et noms propres) et à des verbes. En voici quelques exemples:

P Noms communs: Arquebusade, canonnade, carabinade, cassonade, colonnade, fusillade, gasconnade, gaulade, limonade, mitraillade, mousquetade, œillade, orangeade, persillade, poivrade, rasade, sanglade.

2® Dérivés de noms propres: Arlequinade, berquinade, édisonade, jérémiade, pantalonnade, pasquinade, rigolbochade (L. Rigaud), rocambollade (Villatte), rodomontade, tissotade, turlupinade.

3® Verbes: Bousculade, boutade, croisade, débandade, enfilade, galopade, glissade, gourmade, grillade, palissade, parade, pariade, peuplade, promenade, reculade, revirade, roulade, ruade, souffletade, tirade.

4® Le suffixe -ade est encore très vivant; les auteurs qui aiment les mots nouveaux s'en servent à tout moment. Chateaubriand a créé effarade, et Flaubert brûlade, couillonnade, enfonçade, gueulade, rebiffade. Dans l'argot de Paris on trouve cognade, folichonnade, foirade, gobichonnade, rigolade, etc.

367. Doublets. A côté des formes en -ade on trouve parfois des doublets en -ée.

1^ Dans quelques cas l'ancien mot populaire est conservé à côté du nouveau en -ade: Carbonnade—charbonnée; cavalcade — chevauchée; croisade — croisée; escapade — échappée; étouffade — étouffée; gaulade — gaulée; onglade — onglée, pommade^ pommée ; risade — risée.

2® Dans d'autres cas, la nouvelle forme remplace l'ancienne. Ainsi avant de dire accolade, bastonnade, boutade, peuplade, on a dit acolée, bastonnée, boutée, peuplée.

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