II. SUPPRESSION D'UNE CONSONNE
95. Ce phénomène est moins fréquent que celui que nous venons d'étudier. Dans la lutte entre deux types tels que tard [ta:r] — tarde [tard) et rare [ra:r] — rare [ra:r], c'est ordinairement le premier qui l'emporte (II, § 450); nous allons examiner maintenant quelques exemples de la victoire du dernier type.
96. AN. Quelques dérivés de mots en -and, -ant (-andt), -ans, -ent, -emps se sont réglés sur les mots en -an: Jean — Jeanne, paysan — paysanne:
Allemand — allemanisme (comp. l'adj. allemanique ou allemandique); on trouve aussi le dérivé régulier allemandisme (comp. le fém. allemande). Ajoutons que dans allemand, la terminaison -and est due à un changement de suffixe (§ 174); la forme primitive est a/(^/>ema/ï < Alaman num.
Anglo-normand — anglo-normannisme (comp. l'adj. normannique); on trouve aussi anglo-normandisme (comp. le féminin
anglo-normande). La terminaison de normand est analogique, la forme primitive a dû être norman.
Chateaubriand— chateauhrianesque.
Chat-huant — chat-huané.
Géant— géan(n)e. De la Touche remarque: »La plupart des dames qui parlent bien disent géanne, qui est plus doux que géante. Néanmoins ... géanne n'est pas encore établi. « Ce féminin qu'on retrouve dans Buffon n'est plus employé; il n'aurait jamais dû l'être, observe Littré.
Normand — normanisme; on trouve aussi normandisme (voir Sachs).
Orléans — orléanisme, orléaniste.
Ornement — ornemaniste. Littré remarque: »Ce mot, tout à fait barbare, est un néologisme contemporain. On devrait dire ornementiste.« Notons pourtant que le mot se trouve déjà dans Boiste (1800) et que l'Académie l'admet dans sa 6^ édition (1835). Les autres dérivés d'ornemen/ sont réguliers : ornemental, ornementer.
Printemps — printanier. Ce dérivé remonte au moins au XVP siècle; on le trouve dans Ronsard.
Rembrandt — rembranesque.