Formes analogiques
Dans la vieille langue, -èl remplace parfois -él (II, § 307) et -euil ; dans la langue moderne, où -èl a été supplanté par -eau, cette forme remplace parfois -au ou -ot. Exemples:
Berceau ordinairement au moyen âge berçueil, dér. de bers.
Chameau < charnel, primitivement chameil < camelum (I, § 155).
Champeaux est pour champaux (voir II, § 292,2, Rem.).
Daleau, mauvaise orthographe pour dalot.
Fronteau, doublet de frontal, dont on avait aussi dans la vieille langue la forme frontel (comp. § 303).
Landeau pour landau, se rencontre parfois dans les auteurs modernes (voir p. ex. P. Bourget, La terre promise, p. 109, 119).
Linteau a remplacé l'ancien lintel de *limitale.
Réseau, doublet de réseuil de retiolum (dér. de retem).
196. Signification. Notre suffixe avait en latin une valeur diminutive, qui s'est conservée assez bien dans la vieille langue, où l'on a fait un très large emploi de -el et surtout de elle. Dans la langue moderne, la valeur diminutive de ces suffixes ne s'est conservée que dans quelques cas.
P Noms d'animaux: Baleineau, bécasseau, carpeau, chevreau, dindonneau, éléphanteau, faisandeau (§ 88), outardeau, paonneau, pigeonneau, ramereau, renardeau, saumoneau, serpenteau, souriceau, vipereau. Colombelle, tourterelle. On disait autrefois leopardel (jeune léopard), louvel (louveteau; encore Garnier se sert de louveau), lionnel (lionceau).
2^ Noms de personnes: Bonhommeau (La Fontaine), tyranneau.
3^ Noms d'arbres: chêneau, ormeau, sapineau.
4^ Quelques mots isolés: Caveau, citerneau, cordeau, enclumeau, jambonneau, rondeau, soliveau, tonneau. Cordelle, nuellc, ruelle.
197. Les autres mots en -eau tels que anneau, bureau, chapeau, couteau, etc. ne gardent aucune trace de la valeur diminutive.
1^ La valeur diminulive s'est éteinte surtout grâce à la disparition du mot primitif, dont le dérivé est venu prendre la place déjà dans la période gallo-romane. On ne trouve dans les textes français aucune trace du primitif des mots agneau, oiseau, pourceau.
2^ Dans d'autres cas, le mot primitif existait encore dans le plus vieux français. C'est ainsi que bouleau, corbeau, rameau, taureau, ont remplacé boul, corp, raim, tor. L'assimilation du sens du dérivé à celui du mot simple s'observe encore; ainsi ormeau, proprement 'jeune orme', est venu à s'employer pour orme, et Delille, dans une de ses poésies, chante un antique ormeau. Mais Littré blâme cette expression et qualifie l'épithète de contradictoire.
3^ Enfin pour beaucoup de mots le simple subsiste à côté du dérivé, mais il y a eu une forte différenciation du sens. I^xemples : Bande — bandeau, bure — bureau, cercle — cerceau, chape — chapeau, drap — drapeau, four — fourneau, moine — moineau, plat — plateau, plume— plumeau, pomme — pommeau, tombe — tombeau. Dent — dentelle, ombre — ombrelle.
ECE, voir ESSE (§ 218).
198. EÉ, suffixe médiéval, qui remonte à -ïtatem: sanctitatem > sainteé. Il a servi à créer un petit nombre de substantifs nouveaux tels que chasteé, netteé, quiteé, et conteé, ducheé, princeé. Toutes ces formes ont disparu: chasteé et netteé ont été remplacés par chasteté et netteté (cf. § 400); conteé et ducheé coïncident, par l'amuïssement de l'e féminin (I, § 266), avec conté et duché, dont ils influencent le genre (§ 687); princeé a été remplacé par principauté.
199. ÉE remonte au latin -ata (comp. le doublet -ade, § 364). C'est proprement le féminin de la terminaison du participe passé; elle s'ajoute comme le masculin à des noms, et elle a produit un très grand nombre de dérivés. La force créatrice de -ée est toujours vivante, mais elle paraît un peu moins fertile aujourd'hui qu'autrefois. Le dérivé le plus récent que nous ayons rencontré, est félibrée (E. Lefèvre, Vannée félibréenne, p. 6) pour désigner une réunion ou une fête des félibres (cf. I, § 80, Rem. i).