Formations analogiques
Écolâtre est emprunté au latin scholasticus (pour le r, comp. I, § 504, 3) ; on pourrait aussi partir d'une forme latine vulgaire scholaster.
Mulâtre provient de l'esp. mulato; Furetière (1690) admet les trois formes mulat, mulâtre ou mulate.
Ajoutons que iconolâtre (eîxovoldTQi^g), et idolâtre doivent leur a allongé à l'influence de -âtre.
188. Signification. Le suffixe -aster exprimait une qualité approchante: surdaster (= subsurdus), un peu sourd; cal- V as ter, un peu chauve; claudaster, un peu boiteux; fulvaster, un peu jaune ; nigraster, un peu noir; mentàstrum, menthe sauvage; oleaster, olivier sauvage; patr a s ter, beaupère, etc. De cette signification se dégage facilement une idée dépréciative et péjorative: poetaster désignant celui qui est un peu poète, devient synonyme de petit poète, mauvais poète; comp. encore palliastrum, mauvais pallium, fui vin aster, imitateur de Fulvinius, filiaster (CIL, XIII, n° 2073), enfant naturel, etc. Notre suffixe forme, comme on voit, des substantifs aussi bien que des adjectifs. Il en est de même en français, où il garde également les nuances indiquées. Atre marque donc l'approximation (surtout dans les dérivés des adjectifs désignant une couleur): blanchâtre, qui tire sur le blanc; la diminution: douçâtre, d'une douceur fade; la dépréciation: marâtre, belle-mère, mère dénaturée, geniillâtre, petit gentilhomme dont on fait peu de cas.
189. CEAU, autrefois CEL (II, § 312) remonte au latin -cellus. Comme -ëllus remplace -ùlus (§ 193), -cellus remplace -culus. Exemples: juveneûlum ) *juvencellum > jouvencel, jouvenceau ; leoncùlum>*leoncellum > vfr. lioncel, lionceau; monticùlum > *monticëllum > monceau; pon-
ticûlum ) *ponticëllum ) ponceau. La forme féminine est -celle: particûla > *particella ) parcelle,
La langue du moyen âge présente plusieurs dérivés nouveaux : avironcel, bastoncel, flourcelle, garçoncel, larroncel, mocheroncel, penoncel; ils ont tous disparu.
Orthographe. Si le suffixe était précédé en latin d'un s, on écrit -sseau (sselle), au lieu de -ceau (-celle): arboriscellum ) arbrisseau, rivuscellum > ruisseau, vermiscellum ) vermisseau; vasculum ) *vascellum > vaisseau; vascella ) vaisselle.
Cas isolés. Quand le c latin est intervocalique, la sifflante devient sonore en français (I, § 416): •''dominicellum > damoiseau, *avicellum > oiseau.
190, É (terminaison de substantif) reproduit -atus employé dans consulatus, ducatus, etc. (sur la forme savante -a/, voir § 307). Ce suffixe qui désigne des dignités ou des emplois, se trouve dans comté, duché (cf. § 70, i), évêché, archevêché, archiprêtré, vicomte, vidamé. La langue du moyen âge connaissait encore harné, de baron (réunion de barons, qualité de barons); prince; régné, de règne (royaume, fief), conservé dansle nom de lieu Régné; visné, voisiné, vesiné (voisinage). Sur le rapport entre -é et -eé (duché — ducheé), voir § 198.
191. É (terminaison adjectivale) remonte au latin -atus. C'est proprement la terminaison du participe passé; elle s'ajoutait déjà en latin aux noms: barba — barbatus, et ces dérivés sont très communs en latin vulgaire. Les créations nouvelles en é sont très nombreuses dans la langue moderne; elles sont toutes tirées de substantifs. Exemples: Accidenté, armoire, azuré, barbé, barbelé, camphré, cendré, chevelé, chocolaté, cuivré, fourché, givré, imagé, membre, mitre, mouvementé, patte, perlé, phglloxéré, pourpré, vanillé, etc. Voici quelques autres exemples trouvés dans Le jardin des supplices d'O. Mirbeau; ce sont pour la plupart des formations individuelles: Un ciel flammé de rose (p. 80). Des enclos treillages de bambou (p. 146). Des toits ramages d'or (p. 193). Une palpitation nacrée (p. 194). Des queues orfévrées (p. 271). La pente gazonnée (p. 289). Lame angoissée (p. 308).
Concurrence de formes. A côté des dérivés en -é on trouve souvent des formes collatérales en -ii\ feuille — feuillu, mafflé — mafflu, membre — memhru, râblé — râblu. Les formes en -u impliquent plus d'abondance, de force et souvent aussi de vulgarité, que les mots en -é.
Remarque. Les formes en -é ne supposent pas l'existence d'un verbe correspondant. On parle d'un terrain accidenté, mais on n'a pas d'infinitif accidenter. Parfois, à côté d'un pur adjectif en -é tiré directement d'un substantif, on a un participe passé de forme identique, appartenant à un verbe en -er, tiré du même substantif. Dans la ligne ardoisée des toits du château (P. Bourget, Le Disciple, p. 254), nous avons affaire à un tout autre mot que dans un toit ardoisé. Littré fait de imagé le participe passé de imager, mais ce verbe est un néologisme et a été créé sur imagé, comme prématnrer (RPhF, XIX, 67) a été créé sur prématuré.
192. EAU, autrefois -el (voir II, § 312), remonte à èllum: agnellum ) agnel ) agneau; castellum } chastel } château ; gemellum } jumel ) jumeau. La forme en -el se retrouve dans les dérivés: agnelet, annelet, cervelet, mantelet^ rondelet, oiselet, etc. Sur le féminin -elle, voir § 208.
Formes élargies. A côté du simple -eau on trouve -ceau: lion — lionceau (§ 189), -ereau: poète — poètereau (§391), -eteau: chêne — chêneteau, diable — diableteau (§ 401) ou diabloteau (cf. diablotin), et enfin -reau dans sureau, dérivé du vfr. sëu. Sur -deau dans faisan — faisandeau, voir § 88,
193. Le suffixe -ellum, qui se retrouve dans toutes les langues romanes, a pris une assez grande extension en latin vulgaire. Il remplace souvent -ùlus: martulum > *martellum > martel, marteau; prunùlum > *pr un ellum > prunel, pruneau; ramulum > *ramellum ) ramel, rameau; taurulum ) *taur ellum > *torel, taureau. Il peut aussi remplacer -illus (-illum): paxïllum ) *paxellum } paissel. paisseau; penicïllum ) *penicellum ) pincel, pinceau: sigïllum > *sigëllum > seel } sceau.