Formations analogiques
1" Dans plusieurs mots, -if n'est pas d'origine étymologique. Il remplace surtout -is.
Adventif remplace l'ancien adventiz, adventis (de adventicius, § 268); ce mot, qui aurait dû rester indécHnable, a de bonne heure été ramené au type vis— vif (voir II, § 266,1,2); on trouve adventif déjà au XI IP siècle (Horn, v. 2434), mais Peiresc emploie encore l'ancienne forme: bien adventis.
Juif, pour jui(e)u, a été tiré du féminin juive (II, § 381). De la même manière s'explique l'ancienne forme antif, tiré de antive (an tiqua).
Massif remplace l'ancien massiz, massis; comp. adventif.
Métif, doublet de métis, s'explique comme adventif (la con-
servation et la prononciation irrégulière de métis paraissent dues à l'influence de l'esp. mestizo). Notons aussi les doublets gélif et gélis, tirés de geler (pourtant leur é étonne); pour poncif Richelet (1680) donne poncis.
Oisif, doublet de oiseux (otiosum), qui présente un changement de suffixe curieux. A côté de oisif (huisif) on trouve au moyen âge oisdif (huisdif).
Plumitif autrefois plumetis (encore dans Cotgrave), dér. de l'ancien verbe plumeter.
2^ Dans quelques mots -if a disparu : apprentif (encore dans Furetière) ) apprenti (déjà dans R. Estienne, 1539), baillif > bailli; brandif > brandi; jolif ) joli (comp. § 238).
255. IL remonte au neutre latin -ile, qui désigne un lieu de séjour (pour les animaux) ou un dépôt. Nous trouvons ce suffixe dans foenile ) fenil et dans quelques formations postérieures : * c a n i 1 e > chenil, •'' cohortile > courtil, "^ m a n s i onile > maisnil ) ménil, "^ verve ci le ) bercil. Comme création française on ne saurait citer que fournil, tiré du vfr. forn (four).
256. IL (autrefois prononcé [iJi\) remonte au latin -icuius, -iculum; *coniculus > vfr. conil, periculum ) péril, ou à -ilium: lat. pop. *usetilium (tiré de -^u s et ile, altération de ut en si le) ) vfr. ostil > outil. Ce suffixe, auquel il faut attribuer une signification diminutive, est peu représenté en français; aussi les dérivations nouvelles sont-elles très rares: coutd, de coûte (autre forme de couette; cf. I, § 158, i, Rem.); doisil (ou dousil, douzil), du vfr. dois, source; grésil, de grès.
257. ILLE. Sur l'origine et le développement de ce suffixe il faut remarquer les points suivants:
P Le suffixe -ille dérive du latin -ïcula: canicula > chenille, clavicula ) cheville, cratïcula ) grille. Il remplace souvent -îcula en latin vulgaire: anatïcula ) ■•'anatïcula ) aneïlle ) anille; falcïcula > *falcîcula ) faucille; lenticula > *lenticula ) lentille; vitïcula > viticula > vrille (I, § 504, i). Dans quelques cas, -ille remonte à -ilia: volatil i a > vfr. voleïlle.
20 II se trouve par analogie dans un certain nombre de mots étrangers empruntés au latin, à l'italien, à l'espagnol, au provençal. Mots latins: anguille (anguilla); armille (armilla), camomille (camomiUa), pastille (pastillus). Mots espagnols: cédille (cedilla), cochenille (coch en il la), coro/îzV/e (coronilla), écoutille (escotiUa), estampille (estampilla), grenadille (g r e n a d i 1 1 a), jonquille (j u n q u i 1 1 o), mantille (m a ntilla), peccadille (peccadillo), quadrille (quadrilla, cuartillo. cuadrillo), résille (I, § 525,4), vanille (va initia), vétille (vetilla?). Mots italiens: cannetille (cannettiglia), pointillé (puntiglio), torpille (torpilla). Mot provençal: croustille (croustilho).
258. Les mots français créés à l'aide du suffixe -ille sont assez nombreux. Ils présentent souvent un sens diminutif et sont généralement tirés de substantifs, rarement d'adjectifs ou de verbes: Barbille, héatilles, béquille (de bec), brandille (de brandir), brindille (de brin), broutille, bûchille, bulbille, charmille, chenille (de chien), coudrille, croisille, effondrilles (pour fondrilles, de fondre), fibrille, flotille, jantille, larmille, ormille, pacotille (de paquet?).