‹ Grammaire historique de la langue française (volume 4)Chapitre 50 sur 125 · Signification. Le suffixe -isme désigne · texte numérisé non relu

Signification. Le suffixe -isme désigne

1® Des notions abstraites: archaïsme, barbarisme, héroïsme^ pédantisme, etc.

2^ Des doctrines philosophiques, politiques, religieuses, artistiques: calvinisme, darwinisme, jansénisme, wagnérisme, boulangisme.

3^ Une tournure propre à une langue: Florentisme, gallicisme, latinisme, picardisme, serbisme, suécisme, toscanisme, wallonisme.

332. ISTE reproduit le latin -ista (du grec -lotr^g), qui désigne des personnes agissantes. Il fut très employé dans la langue de l'époque chrétienne: baptista, evangelista, legista, psalmista, etc., et son emploi est toujours allé en augmentant; il est de nos jours plus productif que jamais.

Cas isolés. Dans quelques mots -iste reproduit l'italien -ista: duel lista ) duelliste, et l'anglais -ist: conformist ) conformiste, essayist ) essayiste, humorist ) h umoriste.

Formes élargies. A côté de -iste on trouve les formes élargies -iniste dans irvinguiniste de Irving (comp. plautiniste, de

plautinus, à côté de Plante) et -liste dans alinéaliste (^ journaliste, criminaliste) .

Orthographe. Si le mot primitif se termine par -y on écrit généralement -y ste pour -iste. Exemples: Fortuny — fortunyste; Grévy—grévyste; Ferry — ferryste, etc. On trouve pourtant champfleuriste, cluniste (comp. § 327).

Remarque. Au lieu de -iste on trouve parfois en ancien français -istre avec un r adventice (cf. I, § 504, s) : alchemistre, batistre, choristre, evangelistre, legistre, salmistre, etc.

333. Les mots d'emprunt en -iste remontent au moyen âge; citons comme exemples archemiste, decretaliste, choriste, evangeliste, juriste, légiste, organiste, psalmiste. D'introduction plus récente sont antagoniste, anabaptiste, catéchiste, épigrammatiste, exorciste, panégyriste.

A côté des mots empruntés directement au latin ou au grec, on trouve un très grand nombre de créations françaises en -iste. Au moyen âge et au XVP siècle appartiennent anatomiste, annaliste, artiste, cabaliste, calviniste, canoniste, casuiste, déiste, droguiste, herboriste, humaniste, humoriste, jésuiste (§ 330, e), luthériste, machiavéliste, oculiste, papiste, rabbiniste, sorboniste, etc. Des XV ÏP et XVIIP siècles datent académistes, anarchiste, apanagiste, apologiste, archiviste, botaniste, bouquiniste, buraliste (§ 74, Rem.), capitaliste, chimiste, congréganiste, ébéniste, fataliste, fleuriste, janséniste, journaliste, humoriste, machiniste, monarchiste, moraliste, nouvelliste, optimiste, parodiste, publiciste, quiétiste, royaliste, séminariste, etc., etc.

334. Au XIX^ siècle, le nombre des dérivés en -iste a considérablement augmenté, et de nos jours on en voit surgir de tous côtés, le suffixe -iste jouissant d'une très grande popularité. On l'adapte surtout aux noms, rarement aux verbes.

P Dérivés de noms communs (français et latins): Abstentionniste, aquarelliste, autographiste, automobiliste, bouquiniste, buriniste, caricaturiste, communiste, congressiste, couriériste, cycliste, dragiste (qui fabrique des dragées), décembriste, équilibriste, essayiste, étalagiste, étatiste, excursionniste, fantaisiste, féministe (créé par A. Dumas fils en 1852 dans VHomme-Femme p. 91), gréviste, hautboïste, impressionniste, ironiste, légumiste, lundiste, motocycliste, opiumiste, ornemaniste (§ 96), pastelliste, portrai-

turiste, prosaïste (V. Hugo), samediste {Revue critique, 1900, II, 355), soiriste, tsariste, turfiste, utopiste, vaudevilliste.

2^ Dérivés de noms propres: Boulangiste, darwiniste, dreyfusiste, figariste, gambettiste, gréviste, héhertiste, irwinginiste, ingriste, kneippiste, méliniste , panamiste, moliériste, rolandiste, ropsiste, verlainiste, wilsoniste.

3° Dérivés d'adjectifs: Centraliste, futuriste, frivoliste, impérialiste, légitimiste, nationaliste^ positiviste, rougiste, socialiste, unitariste.

4^ Dérivés de mots composés, de phrases et d'adverbes: Aujourdhuiste, chdmp-de-marsiste, entr' actiste, état-majoriste, faitdiversiste, nature mortiste, plein airiste, quatre-vingt-neuviste, verslibriste, jemen fichiste.

5^ Dérivés de verbes : arriviste, engagiste.

335. Formations analogiques. Le suffixe -iste a été remplacé par -ite (§ 340, 3) dans jésuiste ) jésuite. L'ancien spiritiste a été remplacé par l'anglais spirite.

336. On trouve un petit nombre de synonymes en -iste, dus ou à des emprunts aux langues étrangères ou à des procédés de dérivation particuliers. Les voici par ordre alphabétique: Chambriste — camériste (emprunté de l'esp. camarista). Décadiste — décadentiste. Éventaliste (Furetière), remplacé par éventailliste. Lendemainiste — lendemaintiste (§ 89). Médaliste (XV IP siècle), remplacé par médailliste. Moyenâgiste (usité de 1840 — 1850), remplacé par médiéviste. Vériste — vérétiste. Rappelons aussi bayliste et beyliste. On évite généralement dantiste à cause de l'odieux calembour avec dentiste.

337. Concurrence de formes. Comme les suffixes -eur, -eux, -ien, -ier, -isant peuvent avoir le même sens que -iste, on trouve souvent plusieurs formes du même mot présentant tantôt l'un, tantôt l'autre de ces suffixes. Nous allons citer un certain nombre de ces doublets qui sont, le plus souvent, absolument synonymes; dans quelques cas seulement ils présentent une différenciation de sens.

1^ Bourdonniste — bourdonneur; cornemusiste — cornemuseur (cornemuseux) ; détailliste — détailleur; dialoguiste — dialogueur;

médailliste — médailleur ; monologuisie — monologueur; portraitiste — portra iteur ; polkiste—polkeur ; treitlagiste — treillageur.

2^ Académiste — académicien; bacornste — baconien; dantoniste — dantonien; landerniste — landernien; ludoviciste (élève du lycée St. Louis) — ludovicien (partisan de Louis Bonaparte); nietzschiste — nietzschéen; normaliste — normalien. Nie. Oresme, dans sa traduction d'Aristote, dit doriste, frigiste, îydiste, pour dorien^ phrygien, lydien; on a dit de même luthériste, pour luthérien; par contre chronologien a été remplacé par chronologiste. Comp. enfin machiniste et mécanicien.

3° Bulletiniste — bulletinier ; éventailliste — éventaillier ; fait-diversiste — fait-diversier ; jardiniste — jardinier; marronniste — marronnier; nature-mor liste — nature-mortier ; prébendiste — prébendier.

4^ Arabiste — arabisant; celtiste — celtisant; germaniste — germanisant; hispaniste — hispanisant; slaviste — slavisant, etc.; tous ces mots sont synonymes. Gréciste et latiniste présentent une autre signification que grécisant et latinisant.

338. Signification. Le suffixe -iste désigne ordinairement un homme qui, de quelque manière, s'occupe de l'objet indiqué par le radical, en le vendant, le fabriquant, le produisant, le professant, le cultivant, etc., etc.: Bandagiste, bouquiniste, calembouriste, médailliste, aqua-fortiste, archiviste, journaliste, royaliste, bonapartiste, darwiniste, etc., etc.

Remarque. Comme terminaison des »nomina agentis« -ier (§ 251) est à peu près synonyme de -iste. Pourtant ce dernier suffixe indique parfois une position sociale plus élevée que le premier; comp. la différence entre jardiniste et jardinier.

339. ITE. Ce suffixe savant, d'un emploi assez varié, tire son origine de différentes terminaisons grecques ou grécolatines. Il reproduit le grec -hr^g: alfiaTlTT]g ) hématite, (.lala- X^'^^S y malachite, etc., le grec -ÎTtg: ccçd^çÎTig ) arthrite, vecpQÎ- Tig > néphrite, etc., le gréco-latin -ita employé dans le latin ecclésiastique: cenobita > cénobite, sodomita > sodomite.

340. Le suffixe -ite a été utilisé dans de nombreuses créations nouvelles appartenant surtout au langage technique.

1*^ Ite (de -hrjg) sert dans la nomenclature minéralogique et chimique: anthracite, azurite, chalcite, chlorite, franklinite, fui-

gurite, graphite, humholdtite, lyddite, mélanite, uvanite, etc. Une des dernières créations est sorbiérite, sucre extrait des baies du sorbier.

2^ Ite (de -mg) est très employé dans le langage médical où il forme des substantifs féminins désignant l'inflammation des parties du corps indiquées par le radical : appendicite, bronchite, colite, conjonctivite, cystite, entérite, hépatite, laryngite, méningite, péritonite, etc.

3^ Ite (de -ita) s'attache aux noms propres et désigne un partisan de la personne en question : Adamite, barnabite, hussite, jacobite, jésuite (a remplacé jésuiste, employé jusque dans le XVIP siècle), etc. Cet emploi est encore vivant, comme le montrent boulangite (Villatte) et ibsénite, quoiqu'on se serve ordinairement du suffixe -iste.

341. ITE reproduit le latin -itas (-ita te m). On le trouve dans beaucoup de mots d'emprunt: absurdité, activité, agilité, aménité, animosité, antiquité, atrocité, calamité, civilité, dignité, éternité, félicité, fidélité, etc. et dans un très grand nombre de créations françaises tirées exclusivement d'adjectifs. Notons que la terminaison de quelques-uns de ces adjectifs subit divers changements: -able abilité (inviolable — inviolabilité),

-ible ibilité (aperceptible — aperceptibilité), -ique icité (catholique— catholicité); enfin la forme populaire -et est échangée contre -al (actuel— actualité), et -ain est remplacé par -an (mon- < la in — monda n ité) .

342. ITION. Ce suffixe se trouve dans un certain nombre de mots d'emprunt: audition (auditio), perdition (perditio), pétition (p e t i t i o) , répétition (r e p e t i t i o) , sédition (s e ( 1 i t i o) , vendilion (venditio), etc. Les formations nouvelles ne sont pas très nombreuses; nous ne saurions citer que endormilion (L. Bocquet, Albert Samain, p. 117) et futurition.

343. ITUDE reproduit la terminaison latine -(i)tudo. Nous le trouvons dans beaucoup de mots d'emprunt: aptitude, certitude, habitude, latitude, rectitude, etc. Les créations françaises ne sont pas nombreuses. Les voici: Décrépitude, tiré de décrépit avec haplologie de -it- (voir § 80), remonte au XIV^ siècle. Esclavitude. Exactitude remplace, malgré Vaugelas (I, § 69),

exacteté et exactesse. Platitude remonie au XVIP siècle. Vastitude est dû à Chateaubriand. Sur foultitude, voir I, § 527, 2.

344. ITURE reproduit le latin -itura (dans la formation populaire, celte terminaison a été remplacée par -atura > -ëure ) -ure; § 296). Les créations françaises oii se trouve -iture ne sont pas très nombreuses; on ne saurait guère citer que confiture, fourniture, garniture, investiture, pourriture.

345. OL et OLE (ou OLLE) sont des suffixes de signification et d'origine différentes selon les mots où ils se trouvent.

■ Sur la forme allongée -erol(t)e, voir § 397.

1^ 01 (au féminin -oie) était au moyen âge une forme collatérale de -uel, -eut (§ 227); à côté de aïeul -e, chevreul, filleul -e, lorieul, on trouve aïol, chevrol, fillol -e, loriot. Ces formes savantes ou dialectales n'ont pas duré; remarquez pourtant qu'on a dit fillol jusque dans le XVIP siècle (I, § 177). Le suffixe -ol (-oie) était très peu productif; on peut citer comme créations françaises vfr. bannerole (de bannière), remplacé par banderole (de bandière), vfr. maillol (de maille), vfr. fuirole ) furole (de fuir), vfr. faverole ) fèverolle (de fa bar i a), paillote, menue paille (L'Escoufle, v. 5231).

Formations analogiques. Le suffixe -ol a été remplacé par -ot dans loriot et maillot, dont les anciennes formes sont loriot et maillol (cf. § 291).

2^ 01 est d'origine méridionale dans campagnol (it. campagnuolo), romagnol (it. romagnuolo), espagnol (esp. espanol); sur le modèle de ces mots, où -ol marque la provenance, on a formé cévenol (de Cévennes). Rappelons aussi rossignol.

346. Ole (-olle) se trouve dans un certain nombre dé mots d'emprunt; il a été peu productif en français.

P Mois d'origine méridionale, surtout ilalienne: barcarolle (it. barcarola), barquerolle (vén. barcaruola), cabriole (it. capriola), casserole (it. cazzarola), escarole ou scar(iJole (it. scariola), étudiole (it. studiolo), fumerole (it. fumarola), fusarolle (it. fusaruola), girandole (\i. girandola), girole (prov. giroulo), gondole (it. gondola), luciole (it. lucciola), rabiote (prov. rabiolo).

2*^ Mots savanls: Alvéole (alveolus), aréole (areola), auréole (auréola), bractéole (bracteola), cornéole (corneola), /ascb/e (fa s eol us), glaréole (gl arec la), lancéolé (la n ce o la), lauréole (laureola), malléole (m ail eol us), vérole (variola), etc. Bestiole (bestiola), fasciole (fa s ci ol a), foliole (foliolum), gloriole (gloriola), gratiole (gratiola), pétiole (petiolus), variole (variola), etc.

3^ Mots français. On ne peut signaler qu'un nombre restreint de mots nouveaux formés à l'aide de -oie (-éole, -iole) et tirés de mots français ou de thèmes latins; ils appartiennent tous, comme le montrent les exemples suivants, à la langue savante: Aranéole (de aranea), astériole (de asteria), flavéole (de fia vus), nivéole (de niveus). Absidiole (de abside), artériole (de artère), coqueluchiole, gaudriole (dér. plaisamment de gaudir), herniole (de hernie), roséole (de rose), rougeole (de rouge).

347. OSE reproduit soit le grec -woig: al/ndzwGtg ) hématose, d/iiavQcoGig > amaurose, èyxvfnwGig ) enchymose, etc., soit le latin -osus (dont la forme populaire est -eux; § 232): morosus > morose, nivosus ) nivôse, pluviosus ) pluviôse, ventosus ) ventôse, soit l'it. -oso: grandioso ) grandiose, virtuoso > virtuose.

348. Le suffixe -ose est devenu d'un emploi étendu dans la nomenclature technique.

1^ Ose (de -woig) sert dans la nomenclature de la médecine oiî il désigne les affections qui peuvent atteindre la partie du corps indiquée par le radical: Dermatose, gastrose, névrose; chlorose.

2^ Ose (de -osus) sert dans le langage chimique: Cellulose, glucose, ichthyose, maltose.

349. ULE remonte au latin -ulus, -ula, -ulum. Il se trouve dans beaucoup de mots d'emprunt: formule (formula), libellule (libellula). Dans les créations françaises, peu nombreuses, -ule s'ajoute tantôt à un radical latin: florule (de flore), ovule (de ovum), tantôt à un radical français: antennule, criticule (Goncourt), veinule (O. Mirbeau).

Forme élargie: -icule (voir § 406).

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