A. SUFFIXES D'ORIGINE GERMANIQUE
351. AIS ou OIS, primitivement EIS, remonte au germ. -isk (croisé avec le gréco-latin -iscus): frankisk ) franciscus ) franceis > françois > français; thiudisk > thiudiscus > tieis, tiois. Que nous n'ayons pas ici des dérivés de -ensis (§ 166), c'est ce qui est rendu probable par les vieux féminins français: francesche (voir ZRPh, XVI, 247), tiesche, et par les formes des autres langues romanes: \i.^ francesco, tedesco, esp. tudesco, prov. francesc. On trouve -eis, -esche dans plusieurs formations nouvelles: anglais — anglesche, daneis — danesche, grieis — griesche, galeis — galesche, saracineis — saracinesche, etc. (comp. en prov. espanesc, grezesc, preensalesc, sarracinesc). Dans les mots français cités le féminin étymologique disparaît peu
à peu devant un féminin analogique: il y a assimilation du type daneis — danesclie au type corteis — corteise^ d'où la forme nouvelle daneise (comp. II, § 417).
352. ARD. Ce suffixe, qui ne se retrouve qu'en français et en italien, provient de la terminaison -hart, employée dans des noms de personnes composés: Adalhart, Bernhard, Eber- hart, Eginhart, Reginhart, etc. Beaucoup de ces noms passent en français: Alard, Aymard, Bernard, Evrard^ Guiard, Guichard, Renard, Richard, etc. Des noms propres, le suffixe -ard passe aux noms communs (substantifs et adjectifs), comme le montrent bâtard, couard, gaillard, richard, vieillard, qui remontent tous à l'époque gallo-romane. Plus tard, il s'adapte aussi aux thèmes verbaux: vfr. baillart, frappart (bourreau), huart. L'emploi de ce suffixe est toujours allé en augmentant, et il est de nos jours plus vivant et plus productif que jamais.
Orthographe. L'ancienne forme française était -art; elle est devenue -ard sous l'influence du féminin -arde; il faut probablement ici admettre l'influence d'un mot tel que tart, au féminin tarde (comp. II, § 415). Notons qu'on écrit -art pour -ard dans boulevart, orthographe de l'Académie, à côté de boulevard, et brocart (étoffe de soie) pour éviter la confusion avec brocard; on hésite entre soudart et soudard.
Formes élargies. A côté de -ard, on trouve -sard dans bondieusard (§ 91, i) et banlieusard (Donos, Verlaine intime, p. 195). Ces mots paraissent formés sur gueusard. Comment expliquer goguenard, de goguel
353. Voici un choix d'exemples de formations françaises à l'aide de -ard:
P Dérivés d'adjectifs: Blanchard, richard, vieillard. Ajoutons sotard, employé par Jodelle {Eugène I, se. 1), friponard (XVP siècle), fadard employé par Labiche {Deux papas très bien: 1844).
2^ Dérivés de noms communs: Campagnard, canard (II, § 431), communard (1871), cuissard, frocard, gueusard, montagnard, paillard, oreillard, têtard, soudard, etc.
3^ Dérivés de noms propres: Colard (de Nicolas), Charlard, Denisard (abrégé: Nisard), Jacquard, Philippard, Pierrard. Rappelons aussi dreyfusard.
4^ Dérivés de verbes: Babillard, brocard, criard, cumulardy fuyard, grognard, gueulard, jasard (R. Garnier), nasillard, peudard, piaûlard, pleurard, pochard, rigolard (H. Lavedan, Les beaux dimanches, p. 263), soûlard, trichard, traînard, vidard.