Formations analogiques
Dans plusieurs cas -ard a été substitué à une autre terminaison; il remplace surtout -ar, -are, -arc et -al, -at. Exemples: Baillard (I, § 528, Rem.) était au moyen âge baillarc, ce qui a fait proposer comme point de départ (bord eu m) Baliaricum (A. Tbomas, Mélanges d'étymologie, p. 27); on a aussi une forme féminine baillarge qui paraît appuyer cette étymologie. Bézoard, du port, bezuar. Blafard < aha. bleihvaro. Boulevard < boll. BoUwerk. Boyard < russe boïar. Brancard <( prov. mod. bran cal. Brocard, altération de brocat (encore dans Furetière, 1690) < it. broccato. Brouillard, altération de brouillas (§ 179, 2). Épinard, autrefois espinar(d), emprunté de Tesp. espinaca. Escarbillard, doublet de escarbillat < gascon escarrabilhat. Homard, autrefois homar <( vnor. humarr. Hussard < hongrois huszâr. Jumart < prov. mod. gemerre (ou gemarre). Louvard, doublet de louval (§ 185). Milliard < esp. millar. Poignard, au moyen âge peignai Surard, autrefois seura/ (Cotgrave, 1611). Ajoutons encore les noms de lieux Pommard « Polmarcum) et Couard ( < Cùcubarrum).
Remarque. Sur les féminins tels que avarde, voir II, § 416, 2, et ci-dessus
355. Signification. La signification primitive de -ard s'est effacée de bonne heure, peut-être déjà en germanique.
P En français, -ard désigne, presque exclusivement, des êtres vivants; on le trouve, comme nous avons vu, dans les noms propres: Richard, Colard, et dans les noms communs: bâtard, campagnard, canard, renard, chevrillard.
2^ Dans quelques cas isolés, -ard désigne aussi des objets: béchard, billard, bocard, bousard, brassard, buvard, corbillard, cuissard, étendard, faucard, fauchard, flambard, pétard, placard, poignard, puisard.
3^ Comme -ard sert souvent à souligner la présence d'une qualité: bocard, nasard, vieillard, il adopte facilement un sens
augmentatif: bécard^ brocard, chicard, dagard, gaillard, veinard.
Remarque. Chicard désigne proprement celui qui possède le comble du chic. Pendant la période de 1830 à 1850, c'était le surnom d'une célébrité chorégraphique et du costume carnavalesque qu'il mit à la mode. On se servait aussi des formes superlatives chicandar(d), chicocandar(d).
4^ Au sens augmentatif se joint facilement une nuance péjorative: richard, gueusard, frocard. Dans la langue moderne, le sens défavorable l'a emporté, comme le montreront les exemples-suivants: Badouillard, balochard, bondieusard, capitulard, chançard, chicard, chéquard (créé en l'hiver de 1892), choucroutard, coupolard, communard, débrouillard, déchard, décembraillard, dreyfusard, dynamitard, faiblard, fêtard, fiémard, flingard, flottard, gueulard, légitimard, lignard, médaillard, omnibusard, pantouflard, patriotard, pauurard, porte feuillard, revanchard, soiffard, etc.
Remarque. A cause de la valeur dénigrante de notre suffixe, les Niçards et les Savoyards aiment à se déguiser en Niciens et Savoyens ou Savoisiens (modelé sur parisien). Ajoutons pourtant' que le mot Savoyard a été déprécié non seulement par suite de sa terminaison, mais parce que les Savoyards, gens pauvres, étaient surtout représentés en France par des ramoneurs.
5^ Notons en dernier lieu que -ard, ajouté à des noms d'animaux, peut avoir un sens diminutif: vfr. bichard (petit de la biche), louvard (jeune loup). Faut-il ici admettre une influence du suffixe -a/?
356. ARDE, forme féminine de -ard (§ 352). Elle s'emploie dans le féminin des noms en ard: richard — richarde, paillard — paillarde, bâtard — bâtarde, etc. Elle sert aussi à former des substantifs: bombarde, moutarde, nasarde, poissarde, poularde. Ajoutons bouffarde (petite pipe), employé pour la première fois par Labiche dans la comédie intitulée Deux papas très bien (1844): Poupardin. Bouffarde! Qu'entendez-vous par ce substantif? Tourterot. Sa bouffarde? . . . c'est Dagobert, sa pipe favorite, ainsi nommée parce qu'elle est culottée.
357. AUD ou AUT, autrefois ALT (cf. I, § 343) remonte à -wald (de waldan, gouverner) qu'on trouve dans certains noms propres: Answald, Grimwald, Herwald; il sert d'abord
à former des noms de personnes avec des radicaux germaniques (Giiiraud, Regnaud), puis aussi avec des radicaux latins (Clairalt, Clairaiit, Clairaud) ; il passe ensuite aux noms communs et forme des substantifs avec des radicaux germaniques (ribalt, ribaud), et des adjectifs avec des radicaux latins (rustaud, noiraud). Il n'a jamais été très productif, et paraît mort dans la langue actuelle.
Orthographe. La forme la plus employée est -aud (comp. II, § 415). Dans quelques substantifs on trouve -aut (boucaut, héraut; artichaut) qui se retrouve également dans quelques noms propres (Clairaut, Féraut, etc.); enfin les noms propres présentent aussi -ault: Brunault , Perrault, etc.; cf. I, § 97,5).
Formes élargies. A côté de -aud, on trouve -icaud, dans moricaud (de More), ei -igaud, dans salig aud (de sale) ; l'origine des deux formes est obscure.
358. Voici un relevé des mots les plus importants qui présentent le suffixe aud (-aut):
1^ Noms de personnes: Aillaud, Arnaud, Arthaud, Andrault, Barrault, Bellaud, Bonnaud, Brossàud, Brunault, Clairaut, Féraud, Ferrault, Huraut, Michaud, Madaud, Pinault, Regnault, Vergniaud, etc.
2^ Noms communs: Brifaud (glouton) du verbe brifer; grimaud, dérivé du radical de grimoire{l); héraut, dér. de l'aha. haren, crier (?); maraud; vfr. marpaut (goinfre, voleur); nigaud; ribaud; taraud, dér. de tarele, cf. § 78. Il faut ajouter quelques noms d'animaux: Boucaut, dér. de bouc, crapaud, pataud (dér. de patte).
3^ Adjectifs. Courtaud, finaud, lourdaud, noiraud, richaud, rougeaud, rustaud (dér. de ruste, ancienne forme de rustre; voir I, § 504, s), salaud, sourdaud. Ajoutons quelques mots d'origine incertaine: faraud, penaud, quinaud.