Signification. Le suffixe -erie exprime
1^ Une qualité, surtout défavorable, et un acte résultant de cette qualité: coquinerie désigne en même temps et le caractère d'un coquin (sa coquinerie est bien connue), et l'acte qui marque ce caractère (il a fait une coquinerie). Il en est de même de ânerie, cagoterie, coquetterie, fourberie, poltronnerie, pruderie, etc.
2^ Une action et son résultat ou le lieu où il s'exerce : Badinerie, causerie, flatterie, plaisanterie, rêverie, tricherie. Brasserie, brûlerie, imprimerie, raffinerie, tannerie.
3^ Une idée collective: Argenterie, cocoterie (le monde des cocottes), maçonnerie, charbonnerie, boiserie, verrerie.
4^ Des industries et des commerces et les locaux où sont établis ces industries et ces commerces: beurrerie, biscuiterie, chemiserie, crémerie, conflturerie, imprimerie, laiterie, lampisterie, lunetterie, œufrerie, mégisserie, verrerie.
Remarque. Parfois le même mot comprend plusieurs des significations indiquées. Ainsi volerie désignait autrefois non seulement l'action de ï>voler«, la chasse au vol, mais aussi un ensemble d'oiseaux (voir Eust. Deschamps).
397. EROLE (ou EROLLE) est tiré de mots comme vfr. bannerole (dér. de bannière), vfr. faverole (dér. de fabaria), fougerolle (de fougère), primerole (primariolus), barquerolle (vén. barcaruola), casserole (it. cazzaruola), muserole (it.
museruola). On a rapproche bannerole de ban, fauerole de fave (fève), primerole de prime, barquerolle de barque, casserole de casse, etc., d'où est né le nouveau suffixe -erole, forme allongée de -oie (§ 346). Ce suffixe, très peu productif, existe dès la fin du moyen âge et s'emploie dans : BecqueroUe (de bec) ; bouterolle (de bouter) ; caterole (de se catir) ; èverole dér. de eue, eau; I, § 199); ftammerolle (de flamme)', lignerole (de ligne); moucherole (de mouche); rousserolle, fauvette (de roux).
398. ERON est tiré probablement des dérivés des mots en -ier. Quarteron, qui représente en effet la fusion de quartier et -on (§ 282), a été décomposé en quart et -eron. Comp. encore vfr. bergier — bergeron, vachier — vacheron. Dès le XIP siècle, -eron existe comme suffixe indépendant à côté de -on. Il n'a jamais été d'un usage très répandu, et de nos jours les nouvelles créations se font de plus en plus rares; il s'attache aux noms et aux verbes:
1^ Dérivé d'adjectifs: laideron.
2^ Dérivés de substantifs (noms communs) : Aileron, avèneron (de aveine, forme primitive d'avoine; cf. I, § 55, 216), chaperon, cotteron, laiteron, lamperon, liseron, mancheron, mècheron, moucheron, mousseron, napperon, paleron (de pale, pelle), puceron, quarteron, tâcheron, tierceron, vigneron.
3^ Dérivés de noms géographiques: augeron (de Auge), beauceron (de Beauce), percheron (de Perche).
4^ Dérivés de verbes: Bûcheron, flotteron, forgeron, fumeron, gagneron, terme patois pour laboureur, journalier, moucheron, bout de mèche qui brûle. Ajoutons biberon, ivrogne, dérivé du radical de b ibère.
Cas isolé. Quarteron (enfant d'un blanc et d'une mulâtresse on d'un mulâtre et d'une femme blanche) est emprunté de l'espagnol cuarteron.