Signification
P Le suffixe -eron a primitivement la même valeur diminutive que -on (§ 284): cotteron, petite cotte, moucheron, petite mouche, napperon, petite nappe, puceron, petite puce, etc.; à l'idée de petitesse s'unit parfois une idée péjorative: avèneron, folle avoine, liseron, proprement: petit lis mauvais, etc. Souvent
et surtout dans les dérivés modernes aucune de ces idées ne subsiste: chaperon, d'abord petite chape, est devenu le nom d'une sorte de capuchon.
2° Le suffixe -eron désigne soit des objets: aileron, cotteron, flotteron, lamperon, et surtout des plantes: laiteron, liseron, mousseron, soit des personnes: bûcheron, vfr. fruiteron (marchand de fruits), laideron, gagneron, parfois les habitants d'une contrée: beauceron, percheron.
400. ÉTÉ, forme collatérale de -té (§ 292) est un suffixe de formation française tiré de mots tels que aspreté (de aspre), fermeté (refait sur ferme), nobleté, povreté (pour poverté; refait sur povre), richeté, etc. Il a été assez productif et s'est ajouté aux adjectifs pour former des noms abstraits. Exemples: brièveté, chasteté, chauveté, débonnaireté, mauvaiseté, naïveté, oisiveté, etc. ; ajoutons pour la vieille langue : certaineté, chetiveté, escharceté, foleté, joliveté, largeté, neireté, etc. Il a aussi été introduit par analogie dans quelques mots qui se terminaient étymologiquement en -té: dureté, pureté, sûreté. Le suffixe -été n'est plus productif; on ne cite que quelques rares néologismes tels que citoyenneté (Beaumarchais), rétiveté, affreuseté.
401. ETEAU, autrefois ETEL, suffixe diminutif qui ne paraît pas beaucoup employé. Notons pour la vieille langue aigleteau (aiglon), buretel (crible), buretele (pochette). Dans la langue moderne on ne trouve que le seul mot chêneteau. Comp. le suffixe -elet (§ 383) qui présente les mêmes éléments que -eteau, mais en ordre inverse.
402. ETON est probablement dû à des mots tels que banneion, caneton, molleton qu'on a ramenés directement à banne, cane, mol^ bien qu'ils dérivent de bannette, canette, mollet. Notons aussi un mot tel que valleton qui a pu contribuer pour sa part à la création du nouveau suffixe. Les formations nouvelles ne sont pas nombreuses:
1^ Dérivés de mots français: culeton, gueuleton, panneton (autrefois penneton, dér. de pennon, § 78).
2^ Dérivés de mots étrangers: hanneton (de l'ail. Hahn), singleton (de l'angl. single).
403. lAL, forme collatérale de -al (§ 300) tirée probablement de mots savants tels que filial, jovial, proverbial, provincial, etc. Elle a été employée dès la période moyenne dans seigneurial (à cause de seigneurie). Citons comme dérivés tout récents démonial (employé par J.-K. Huysmans), et mondial.
lANA, voir § 306.
lANISME, voir § 327. % lAT, voir § 307.
404. ICHON. Ce suffixe est une forme élargie de -on (§ 282); il s'ajoute aux adjectifs: Drôle — drôlichon, fol — folichon, maigre — maigrichon; aux noms communs: cadet — cadichon (§ 79), corne — cornichon, merle — merlichon (A. de Musset), vfr. gone — gonichon; à quelques noms de lieux: Berry — berrichon. Bourbonnais— bourbonnichon, Nevers — nivernichon.
405. ICIDE, forme élargie de -cide, a été tiré de mots tels que tyrannicide (qui reproduit tyrannicida, tyrannicidium). Il s'emploie dans quelques créations modernes. Au temps de la Révolution on avait des députicides, des liberticides, des populicides. Notre temps a nécessité la création de mots tels que: insecticide, larvicide, microbicide, ministricide, raticide. On trouve dans George Sand innocenticide.
406. ICULE, forme élargie de -ule (§ 349) a été tiré de mots tels que appendicule (appendicula), canicule (canicula), ventricule (ventricula). Les formations françaises, qui sont toutes modernes, ne sont pas nombreuses; elles sont tirées soit d'un radical français soit d'un radical latin. Exemples: arbricule (Huysmans, Les sœurs Vatard, p. 186), cornicule, principicule (de principe), théâtricule, touristicule (Tôppfer, Voyages). Ajoutons le seul adjectif folatricule, employé (créé?) par H. Lavedan: C'est déjà pas très folatricule (Les beaux dimanches, p. 202).
Forme élargie. On peut renforcer -icule par l'addition de -et, comme dans Parnassiculet (recueil de vers publié en 1872).
407. lEL, forme collatérale de et (§ 205), tiré d'adjectifs savants comme fiduciel, ministériel, officiel, qui remontent à des substantifs en -ia. Le suffixe -iel a été peu emploj'é; il se
trouve surtout dans des dérivés de mots en -ent: présidentiel, torrentiel, et en -ance, -ence: circonstanciel, concordantiel, concurrentiel, protubéranciel. Ajoutons l'obsolète intelliyentiel; dans une lettre du 11 août 1835, Balzac écrit à Mme Hanska: Je pense à nous faire appeler le parti des intelligentiels, nom qui prête peu à la plaisanterie et qui constituerait un parti auquel on serait fier d'appartenir {Lettres à l'Étrangère, p. 270). Comp. le suffixe -iot, § 423, 3.
408. ILLAT, forme élargie de -at (§ 185), ne se trouve que dans cornillat, petit de la corneille, et corbillat, petit du corbeau. Ces deux diminutifs paraissent formés du mot simple par l'apocope de la terminaison (§ 78). Pour cornillat, on pourrait aussi y voir le simple suffixe -af, vu qu'on trouve dans la vieille langue la forme cornille (E. Deschamps).
409. ILLON. Ce suffixe est une forme élargie de -on (§ 282). Il s'ajoute aux adjectifs: tard — tardillon, et surtout aux substantifs: barhe — barbillon, bœuf — bouvillon, cotte — cotillon, cendre — cendrillon, nègre— négrillon, etc.; rarement aux thèmes verbaux: bouger— bougillon, tâter — tatillon. Il est encore productif comme le montrent les mots populaires bourgeoisillon, modillon, apprentie modiste.
Cas isolé. Notons que écoutillon est d'origine espagnole.
410. Signification. Le suffixe -illon a une valeur diminutive très prononcée. Il forme:
P Des noms de personnes: boquillon^ bougillon, cendrillon, chambrillon, moinillon, négrillon, postillon, tardillon, tatillon.
2^ Des noms d'animaux: bouvillon, carpillon, cornillon, oisillon.
3^ Des noms de choses: ardillon, barbillon, corbillon, croisillon, goupillon, grappillon, raidillon, trompillon, uerrillon.
411. ILLOT, forme élargie de -ot (§287); on l'emploie dans maigrillot, dérivé que n'admettent pas les dictionnaires, mais qui se trouve dans les auteurs modernes: La première qui entra fut une brune maigrillotte (Courteline, Le train de 8 h 4^7. P. 228).
412. IMENT est un suffixe d'origine diverse et de création relativement récente.
1^ Dans quelques mots il remplace l'ancien -ement (§ 209); ainsi la forme médiévale sentement se change en sentiment sous l'influence de sentir, senti (et de l'italien sentimento?). De la même manière s'expliquent dissentiment, ressentiment, fourniment dont les vieilles formes sont dissentement, ressentement, fournement; remercîment est pour remerciement (I, § 271,2).
2^ Sous l'influence de ces mots, des dérivés en -iment ont été tirés directement des verbes en -//*. On trouve dans la vieille langue: amortiment, baniment, blandiment, escopiment, encheriment, fmiment, muniment, etc. La langue a abandonné la plupart de ces dérivés; parmi ceux qu'on a conservés, citons assortiment, blanchiment, pressentiment.
Remarque. On ne trouve que très peu de mots en -iment appartenant à des verbes inchoatifs: blanchiment (de blanchir) fait disparate avec frémissement qui présente la dérivation régulière (voir § 210). Aussi a-t-on parfois des doublets en -issement; on trouve ainsi assortissement (Cotgrave, Oudin), fournissement.
3^ La terminaison -iment se trouve aussi dans des mots d'emprunt: condiment (lat. condimentum), compartiment (it. compartimento), fmiment (it. finimento), poliment (it. pulimento).
413. INEUX, forme élargie de -eux (§ 232), est employé dans un petit nombre de mots: bitumineux (comp. le lat. bitumineus), légumineux, vertigineux. G. Flaubert a tiré crassineux de crasse. Ajoutons le mot d'argot pharamineux (épatant).
LESQUE, voir § 371.
414. O est un suffixe populaire de création récente. Il s'emploie surtout dans la langue vulgaire et doit son origine soit à des formes abrégées telles que aristo, cabrio, chromo, mélanco, mélo, photo, topo, typo, etc. (voir I, § 522), soit aux mots qui, sous les graphies traditionnelles -o, -ot, -eau présentent une terminaison [o] étymologique: domino, numéro, turco, cachot, matelot, tripot, chameau, chapeau, etc. Le suffixe -o se substitue souvent à une autre terminaison: camarade > camaro, invalide > invalo, etc. (cf. § 78). Anarcho (anarchiste), bacho(t) (bachelier, baccalauréat), camaro (camarade), cassico, cato (câlin), chéro, chicardo(t) (très poli), excusa, frisco, garno (hôtel
garni), gigolo, hosto (prison, altération de hôpital), invalo (invalide), mohlo(t) (garde mobile), Monlparno (Montparnasse), pipo(t), prolo (prolétaire), proprio (propriétaire), Saint- Lago (Saint-Lazare), sergo (sergent), socialo (socialiste), tringlo (soldat du train), irigo.
Remarque. La terminaison argotique -o est souvent affublée d'un t final, grâce à une assimilation à -ot (§ 287); on trouve ainsi baclw et bachot (cf. hachoiier, § 89). Mme An(jo est depuis longtemps devenu Mme Angot.
415. OLATRE est tiré probablement du mot idolâtre (slôwh)?.dTQ7ig). On le trouve dans quelques créations toutes récentes :
Hispanolâtre.
Hugolâtre, admirateur aveugle de V. Hugo. Scribolâtre, admirateur passionné de Scribe. Tsarolâtre. Ex. : Les grandes gazettes berlinoises, tsarolâtres et coloniales par ordre (IJ Européen, 16 juillet 1904, p. 9). Wagnerolâtre (Th. de Wyzewa, Nos maîtres. Paris, 1895. P. 91).
416. OMANE et OMANIE, suffixes peu employés, tirés de mots comme anglomane, bibliomane et anglomanie, hibliomanie. C'est sur leur patron qu'on a formé blasonomane (Bourget, Complications sentimentales, p. 40), éthéromane, morphinomane, opiomane, et jourdainomanie (L'Européen, 1904, janvier).
SARD, voir § 352.
417. TAGE, forme élargie de -âge (§ 147), est tiré de mots comme affûtage, fag otage, héritage, radotage, tripotage; il s'applique aux mots qui se terminent par une voyelle: agiotage, bamboutage, biseautage, cabotage, cailloutage, fûoutage, foliotage, numérotage, maquereautage, pinceautage. Comp. § 89.
418. TERIE est une forme allongée de -erie (§ 393), tirée de mots tels que bigoterie, cagoterie, laiterie, galanterie, à côté de bigo(t), cago(t), lai(t), galan(t) ; comp. aussi clouterie, de cloutier, à côté de clou. Ce suffixe, doublement secondaire, s'emploie dès le XVP siècle dans les mots terminés par une voyelle accentuée: Bijouterie, dominoterie, ergoterie, ferblanterie, fdouterie, indigoterie, marlouterie, rococoterie, voyouterie. Comp. § 89.
TESQUE, voir § 371.
419. TEUR, forme élargie de -eur (§ 230), tiré de mots tels que écouteur, radoteur, prêteur, porteur, promoteur. Il s'attache surtout à des mots en -o, -eau et -ou: Agioteur, caboteur, caillouteur, ergoteur, folioteur, indigoteur (Flaubert), numéroteur, panneauteur, éreinteur (§ 89, i).
420. TEUX, forme élargie de -eux (§ 232), est tiré de mots tels que boiteux, capiteux, honteux, vaniteux; il s'applique aux mots terminés par une voyelle accentuée: caillouteux, grisouteux; sur juteux, voir § 89, is.
421. TIER, forme élargie de -ier, est tiré de mots tels que bénitier, fruitier, tripotier, gantier. Le suffixe -tier s'attache aux mots qui se terminent par une voyelle accentuée: Bamboutier, bigarreautier, bijoutier, biseautier, cabotier, cafetier, cloutier, cocotier, dominotier, échotier, ferblantier, feutier, fdoutier, indigotier, sagoutier, tableautier, tissutier, tuyautier.
Cas isolés. Les formes cafetier, papetier, tabatière, thétière ont été examinées au § 89.
TIN, voir § 260.
TISME, voir § 327.
422. UEUX a été tiré de mots tels que défectueux, fastueux, flatueux, fructueux, voluptueux, etc., dont la terminaison reproduit -uosus. Il est devenu un suffixe indépendant qui s'attache à des radicaux latins: délictueux (de de lie tus), et à des mots français: luxueux, précipitueux, talentueux (P. Hervieu, Peints par eux-mêmes, p. 45), torrentueux. On a créé difficultueux et majestueux à côté de difficulté et majesté, comme on avait voluptueux de volupté.