‹ Grammaire historique de la langue française (volume 4)Chapitre 71 sur 125 · PRÉFIXES D'ORIGINE ETRANGERE · texte numérisé non relu

PRÉFIXES D'ORIGINE ETRANGERE

525. Comme nous l'avons dit, les préfixes d'origine étrangère sont très peu nombreux, et leur emploi est assez restreint. On ne saurait citer que ca-, qui vient du néerlandais, for- qui reproduit trois préfixes étrangers, l'ail, ver-, l'ail, vor-, l'angl. for-, et para-, emprunté de l'italien.

526. CA, qui se présente aussi sous les formes cha-, ga-, cal-, cale-, cali-, car-, gai-, gale-, gali-, gare-, apparaît dès le XIIP siècle et semble originairement propre à la langue vulgaire. Comme point de départ probable se présente le flamand ka- (qui alterne avec kla-, kra-, kar-, ko-) employé dans kabooten (battre à coups redoublés), kaduUen (taquiner), kasjouwen (travailler dur), kaguile (mauvais cheval), kabouter, klaboiiter (gnome), karbeulen, krabeulen (travailler dur), etc. Ce préfixe a comme le français une signification augmentative et péjorative.

527. La plupart des mots où on croit trouver notre particule, sont difficiles à expliquer; ils appartiennent souvent à l'argot, au parler vulgaire ou aux patois, et leur histoire est peu claire et peu documentée. Citons p. ex.:

Caborgne, caliborgne, caliborgnon, expressions dialectales pour borgne; on trouve également calouche pour louche.

Cabosser, déformer par des bosses.

Califourchon (variantes anciennes: calfourchon, cafourchon, galifourchon); le radical est fourche, qu'on a muni de la terminaison adverbiale -on.

Colimaçon^ pour calimaçon comme on trouve dans plusieurs dialectes, est une combinaison de cal -\- limaçon.

On cite aussi cafard^ cahoter, cajoler, cagot, cahute, calembour, calembredaine, camouflet, chamailler, crapaud, galimafrée, etc.

A. Darmesteter estime que la particule ca- garde encore un reste de vie. Il dit : C'est le sentiment de l'idée péjorative qu'elle renferme qui inspire à nos vaudevillistes les noms propres tels que Galuchard, Galuchot, Galumard, Calino. Cependant elle ne forme plus de composés {Formation de mots composés, 2^ éd., p. 133).

528. FOR remonte au germanique fir- (ail. mod. ver-); on trouve dans les documents mérovingiens ferbanniti et même firbanniti, ferbatudo, fermortui; ce fer- est bientôt remplacé par for-, probablement sous l'influence du préfixe latin fors- (§ 476), qui finit par l'absorber. En français il est assez malaisé de distinguer les deux for-. Cependant on peut présumer l'existence du for- germanique dans les mots dont on trouve un équivalent en allemand commençant par ver- (ce sont surtout des termes juridiques): comp. vfr. forbatre et uerslahen, vfr. forconseillier et mha. verrâten. Le sens peut aussi nous guider; le for germanique a une valeur surtout péjorative ou augmentative: forconter (mal compter), forcrier, etc. et il se distingue par là du for- latin qui signifie 'hors' ou 'dehors' : forsmetre (mettre dehors), etc. Pourtant dans quelques cas on constate aussi une confusion sémantique; en tout cas il paraît impossible de décider auquel des deux for- appartiennent forjugier (bannir, priver, dépouiller, condamner à tort) et formener (enlever, retirer, détourner, maltraiter, etc.). Probablement nous avons ici une contamination de deux verbes différents: forjugier (condamner à tort; comp. mha. verdamnen) -\- forsjugier (bannir); formener (détourner; comp. ail. verfiihren) et forsmener (enlever).

529. Voici maintenant un relevé des mots qui paraissent présenter le germanique for-; ils appartiennent presque tous à l'ancienne langue: forbannie, forbatre (comp. mha. uerslahen), forbarrer (barrer), forboire (boire avec excès), d'où forbu, fourbu, forconseillier (donner de mauvais conseils), forconter (mal comp-

1er), forcrier (crier plus fort que quelqu'un), fordoter (redouter), forfaire (faire du mal, enfreindre, violer), forjoïr (se réjouir outre mesure), forjurer (jurer d'abandonner; comp. en ail. verschwôren), formordre (attaquer illégalement), forroher (dérober), forsainnier (perdre du sang; comp. en ail. sich verblaten), forsaler (marcher mal), fortailler (mal tailler).

Remarque. On serait tenté de retrouver le for- germanique dans forvêtu, dont le sens correspond très bien à l'ail, verkleidet. Cependant l'ancienne langue ne paraît pas connaître de forvestir.

530. FOR, du germanique vor- (angl. et dan. for-), se cache dans faubourg, autrefois écrit fauxbourg, forsbourg^ altérations de forborc, emprunté du moyen bas-ail. vorburg. On serait tenté de voir le même préfixe dans vfr. forjouster (être le premier dans un tournoi, remporter le prix). Forstaller (acheter les denrées en chemin avant leur arrivée au marché; comp. vorkaufen) est probablement emprunté à l'anglais fores tall.

531. PARA. Ce préfixe a été tiré du commencement des mots italiens parasol (parasole) et parapet (parapetto). Sur le modèle de ces mots on a créé paraballe, parachute, paracrotte, paradas, parafoudre, paraglace, paragraisse, paragrêle, parajour, parapluie, paratonnerre, paravent.

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