ADDITIONS ET CORRECTIONS
§ 0,1, Rem. (p. 4). M. E. Philipot m’écrit: »‘Ln peu', ‘donc’ me paraît un sens détourné et secondaire. Quand on m’a dit montre voir, dis voir, j’ai toujours eu l’impression très nette et encore très étymologique, qu’on me demandait de présenter des preuves d’une assertion, d’exhiber une petite documentation. Sans doute la locution est familière et anodine, mais son acception primitive est encore très sensible*.
§4,5 (p 7). La dernière phrase On dit . . . serait mieux placée à la fin de 4°.
§ 6,3 (p. 9, 1. 2). On dit également des manières très régence.
§ 6,5 (p. 9). Pour l’emploi de très devant une préposition suivie de son régime, M. Pierre Laurent observe: »I1 faut noter que toutes ces locutions sont, au point de vue de la pensée, les équivalents d’adjectifs, de participes-adjectifs ou d’adverbes et que l’extension de l’emploi de très s’explique ainsi très clairement. Très dans le train = très mondain «.
§ 7,3 (p. 11, 1. 2). Quant au vers cité de la Chanson de Roland, nous faisons remarquer que le glossaire de l’édition de Bédier attribue à bien un sens concessif: Vous pensez bien qu’il y en eut des autres. M. P. Laurent m’écrit que bien de fertiles campagnes, exemple emprunté à Littré, lui parait très bizarre, et il ajoute que l’emploi de l’article partitif complet après bien est général aujourd’hui, sauf dans l’expression bien d'autres.
§7,7 (p. 13). Pas mal. M. P. Laurent observe: »MaZ dans ces phrases a perdu son sens primitif de manière et exprime la quantité; il signifie ‘peu’, de même que bien a signifié ‘beaucoup’. L’évolution du sens semble toute parallèle«.
§ 7,io (p. 13). Il faudrait ajouter la locution peu on prou, encore employée de temps à autre.
§ 7,12 (p. 14). Quant à l’emploi de tout et de très, M. E. Phi li pot ajoute: »La différence que vous indiquez est très ingénieuse, mais il y en a une autre. Tout est incomparablement plus anodin, plus lénitif que très; il est souvent comique: je me sens tout drôle, je suis tout chose , une grosse dame tout émotionnée, etc.«
§ 9 (p. 17). On dit familièrement: C'est salement bon. C'est rudement bien. Voilà de l'ouvrage joliment cochonné. C’est joliment mal fait. Elle est bougrement jolie. M. E. Philipot me fait observer que, selon lui, terriblement dans elle est terriblement jolie n’a plus le sens intensif comme dans la langue de Mascarille. A son avis il s’y adjoindrait maintenant la notion d’une beauté fatale, redoutable à ceux qui s’y laisseraient prendre.
§ 10,i (p. 18). On pourrait peut être aussi regarder corne comme une forme féminine tirée de com sur le modèle de donc — donque, or—ore , onc—onque, avec—aveque etc.; voir III, § 584.
§ 10,2 (P- 18). L’emploi de que au lieu de comme est peutêtre l’effet d’une analogie: les constructions comparatives indiquant infériorité et supériorité demandent que, et il faut supposer que le comparatif d’égalité a suivi les deux autres.
§ 12,5 (p. 22). M. P. Laurent rappelle que la même ellipse de autre se trouve aussi dans des phrases négatives telles
que: Il ne fait rien que cela , et que l’origine du ne .. . que
moderne (au sens de: seulement) est à chercher là: Il n’a fait que rire. Nous n’avons vu que lui.
§ 18 (p. 22). Sur ce que j’ai dit concernant le sens primi¬
tif de davantage, M. Schultz-Gora m’envoie 1,’observation suivante: »Ich kann nicht sehen, dass d’ avantage im Sinne von à un plus haut degré in wirklicb altfrz. Zeit belegt ist. Godefroy glossiert mit par-dessus, en outre, en pur don, Tobler mit umsonst, von vornherein, ohne weiteres. Gamillscheg erklârt, wie mir scheint, ganz gut mit um ein weiteres und damit làsst sich auch das Beispiel aus Froissart deuten«.
§ 13,i (p. 23, 1. 10 d’en bas). M. P. Laurent ajoute: »L’usage en question s’explique par l’extension d’un procédé qui permet l’emploi comme attributs d’adverbes de quantité: nous étions beaucoup, ils sont trop. La langue parlée dira de même: ils étaient plus (ou davantage), nous étions assez pour délibérer.
Kr. Nyrop: Grammaire. VI. 26
Le même tour ne se rencontre-t-il pas pour les adverbes de manière: il était mieux, il est bien?«
§ 22,2 (p 32). M. E. Philipot soutient que point a disparu du français normal. Il regarde cette négation comme littéraire ou provincial, et il ajoute que toutes les fois que le Français des villes veut contrefaire le parler des paysans, il emploie le mot point.
§ 33,2 (p. 44). On trouvera des renseignements plus détaillés sur l’emploi de non pas dans la Syntaxe de Haase, § 103, A.
§ 33,4 (p. 44). Le tour mentionné se trouve aussi en prose; Haase, dans sa Syntaxe (§ 102, D), en donne des exemples trouvés dans Pascal et dans les lettres de Racine. Mais Vaugelas ( Remarques , II, 126) protestait contre: Il fera plus quil ne promet pas. On dit encore en Auvergne: Il fait plus froid qu’il n’a pas fait jusqu’ici.
§ 38 (p. 53, 1. 12). Par une erreur typographique regrettable, le chiffre 39 a été omis devant les mots »Voici quelques remarques, etc.«, qui auraient dû servir d’introduction à un nouveau paragraphe.
§ 38,3 (p. 54). L’adverbe ont n’existait probablement pas à l’époque de la Renaissance. Dans la Farce de Patelin il faut lire dont.
§ 38,6 (p 55). A propos de voici et voilà, M. Schultz-Gora me fait l’observation suivante: »Voi war ursprünglich in dieser Verbindung kein Imperativ, sondera wie Tobler im Archiv 94,462 gezeigt hat und wie das frülie vorkommende voiz ci, vez ci lehrt, eine 2. Sg. Pr. Ind., so dass eine Frage im Sinne einer Aufforderung vorlag, vgl. auch meine Zwei altfrz. Dichtungen zu II, 822 «.
§ 41,i (p- 58). Ajoutez çà et là (= de temps à autre).
§ 66,2 (p. 82). M. Schullz-Gora envisage l’omission de la préposition d’une autre manière que moi; il y reconnaît un moyen esthétique dont le poète se sert consciemment. Il m’écrit: »Rei Malherbe liegt m. A. ein Stilmittel vor: das vaincre hat einen starken Accent, er stellt es voran, ohne de, denn durch ein de würde die Wirkung abgeschwacht werden.« Mon savant confrère me renvoie aussi à quelques beaux vers de l’Ode d’André Chénier à Charlotte Corday:
Ainsi, dans le secret amassant la tempête,
Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s’apprête A foudroyer les monts et soulever les mers.
Il commente: » André. Chénier liât mit voiler Absicht niclit à soulever les mers geschrieben, weil dadurch eine rhetorische Note hereingekommen wàre, er aber den gleicbzeiligen Gesamtaufruhr in der Natur darstellen \vollte,« M. Schultz-Gora cite l’édition Dimoff (III, 253) et Becq de Fouquières Lettres critiques sur A. Chénier, p. 55. Certes F effet produit par les deux verbes réunis à l’aide de et est des plus beaux.
§ 71,5 (p. 87). Il faut ajouter qu’on dit également à la Nouvelle (au sens de Nouvelle-Calédonie ); cette expression est peut-être d’origine argotique et doit appartenir primitivement à l’argot des forçats.
§ 76,4 (p. 93). »Les exemples donnés sont tous du parler familier; je les ai tous entendus, et de la bouche de gens qui n’étaient nullement Ardennais« (Pierre Laurent).
§ 88,i (p. 106). Le de étudié est expliqué par M. E. Philipot de la manière suivante: »I1 me semble que dans des tournures comme de sa mort est granz damages nous avons l’emploi fondamental de de marquant l’origine, la cause: de sa mort résulte grand dommage; puis ce n’est rien que d'une pauvre femme — elle aboutit à néant, elle se réduit à rien; puis de là on peut passer, grâce au sens particulièrement vague et élastique du verbe être, à des cas plus difficiles à expliquer à première vue«.
§ 96,3 (p. 113, 1. 19). Il faut rayer au moins qui, selon toute probabilité, ne contient pas la préposition en; comp. it. al meno, esp. al menos.
§ 96,5 (p. 114, 1. 7). A propos de la citation de »Mme Bovary «, M. Léo Spitzer observe: »Impressionistische Syntax bei Flaubert: die einzelnen Wünsche oder Süchte sind, gleichsam individualisiert, in ihren verschiedenen Abwandlu ngen aufgefasst. «
§ 100,2 (p. 118). Il conviendrait de noter que en intervient surtout lorsque le complément de matière est le complément d’un verbe, en particulier le verbe être: ta table était en chêne , le poêle était en fonte. Mais s’il est le complément d’un nom, il y a concurrence de de et de en; on dit une table de chêne (§ 85, s) et une table en chêne.
§ 121,4 (p. 131 — 132). Les exemples cités de l’emploi poétique moderne de parmi se divisent en deux groupes bien distincts selon que la préposition introduit un complément de lieu ou de temps. Les compléments de lieu représentent une survivance de l’usage d’autrefois; les compléments de temps, au contraire, représentent une véritable innovation. M. P. Laurent m’écrit à ce propos: »Le complément de temps prend, par l’emploi de la préposition parmi , une valeur particulière: le »moment« devient en quelque sorte »l’atmosphère« de l’action; et le complément prend une valeur subjective et expressive «.
§ 121, Rem. (p. 132). Enmi. En 1694, l’Académie déclare: »Ce mot est bas et n’est que dans la bouche du peuple«.
§ 124 (p. 134). Le sens local de auprès de est toujours vivant dans le refrain bien connu d’une vieille chanson des Gardes françaises: Auprès de ma blonde , qu'il fait bon dormir. Il vit également dans des phrases telles que: Avancez-vous donc auprès du feu (on dit aussi près du feu). Il fait bon vivre auprès de loi. Le médecin est auprès du malade.
§ 128 (p. 136, 1. 14 d’en bas). La locution sans point de s’emploie encore au XVIIe siècle; voir Haase, Syntaxe française du XVIIe siècle, § 103, B.
§ 131 (p- 138). Le passage cité d'Alphonse Daudet: le vieux se lève sur son fauteuil contient un emploi rare et très spécial de sur, qui a ici le sens de ‘de dessus’ ou ‘de dedans’. On dirait ordinairement: se lève (hors) de son fauteuil.
§ 135 (p. 142). Par devers, tout en ayant une allure administrative, s’emploie encore dans certains cas. Ex.: Je garde tel document par devers moi. C’est plus précis que pour moi.
§ 138 (p. 144). M. P. Laurent observe: » Notez la construction spéciale au complément double: avant la guerre et pendant; cf. avant la guerre et depuis, avant la guerre et après. Comparez les tours prépositionnels: avant et pendant la guerre, avant et depuis la guerre, avant et après la guerre. Le premier tour est fréquent dans la langue parlée; le second est de la langue parlée et de la langue littéraire. Je note d’autre part que l’ellipse est fréquente dans les exemples signalés (entre, pendant, pour, sans) et semble expliquer ces emplois adverbiaux. «
§ 154 (p. 162, 1. 14). M. E. Philipot ne reconnaît pas les raisons euphoniques invoquées; il constate que la locution que quand est très employée et qu elle semble plus maniable. Il soutient également que l’emploi temporel de tandis que est en baisse; en revanche, l’emploi oppositionnel est on ne peut plus vivant.
§ 164 (p. 173, 1. 4 d’en bas). On pourrait ajouter l’euphémisme populaire tomber de l'eau (= lat. mingere); cf. IV, § 422.
§ 171,i, Rem. (p. 179). A propos de jurer ses grands dieux, M. P. Laurent me fait observer qu’avec le verbe jurer on constate parfois la présence de deux objets, chaque objet ayant une valeur différente: Il jura ses grands dieux qu’il ne le ferait plus. Comp.: Sovent jura Sainte Marie Que ja de lui n’ert espousee (Voir Palefroi, v. 590 — 91). Ce phénomène est à rapprocher de celui que nous avons étudié au § 173.
§ 174 (p. 181, 1. 17). Après nom, il faut ajouter entre parenthèses: un pronom ou un infinitif.
§ 179 (p. 187). Ajoutez que le tour prier aux dieux est déjà signalé comme archaïque par Vaugelas (Remarques, II, 212).
§ 180 (p. 188). A propos des verbes étudiés dans ce paragraphe, M. E. Philipot m’adresse les observations suivantes: » Vous êtes tout pardonné a dû subir l’influence de Vous êtes tout excusé. Cette construction passive de pas mal de verbes doit tenir à ce qu’il est impossible de dire »I1 veut être obéi à«; et alors il se produit un dualisme entre la construction de l’actif et celle du passif. De même, on ne peut pas dire »J’ai des lettres à répondre à«. Autre exemple: »On voit très souvent à l’étalage des magasins des pancartes ainsi conçues: Magnifique occasion à profiter de suite. Cela n’empêche pas qu’on continue à dire profiter d’une occasion et que le verbe n’a nullement un aspect transitif pour la conscience linguistique des Français. On se heurte tout simplement à un obstacle grammatical. « Remarquez qu on dit: Vous êtes pardonné, vous êtes obéi; mais il est impossible de dire: Vous êtes obéi par vos enfants; les tours indiqués ne sont possibles que dans les cas où l’agent n’est pas exprimé.
§ 186 (p 193, 1. 17 d’en bas). A propos de se trotter qui est courant dans toute la France, il faut remarquer que les verbes de mouvement prennent presque tous un pronom réfléchi, surtout dans la langue populaire: s'esbigner, se débiner ,
se carapater, s’esquiver, etc.; cependant courir a échappé à cette analogie.
§ 188 (p. 194, 1. 11 d’en bas). A propos de traire (pour se traire ), il faut remarquer que tirer avait autrefois le même emploi intransitif. Ex.: Quel caquet est le vôtre! Tirez de cette part; et vous, tirez de l’autre (Molière, Tartufe, II, sc. 4). Pour d’autres détails, voir Littré s. v. tirer, n° 42.
§ 188,5 (p. 195). Rappelons que l’emploi neutre de briser, constaté chez Victor Hugo, se trouve déjà dans la Chanson de Roland: L’espee cruist, ne fruisset ne ne brise (v. 2341).
§ 204,i (p. 211). La phrase j’y suis été est courante dans la langue populaire des villes et des campagnes. L’emploi spécial de l’auxiliaire être signalé dans la deuxième partie de ce paragraphe s’observe encore chez Molière. Ex.: Tâchons . . . de nous contenter Du seul fruit amoureux qui m’en est pu rester (Molière, École des femmes , V, sc. 7).
§ 213,3 (p. 219, 1. 2 d’en bas). M. P. Laurent analyse le passage cité de Molière d’une tout autre manière que celle que j’ai indiquée. Il écrit: »Cet exemple me paraît douteux. Je considère en effet tous deux comme étant une sorte d’apposition, équivalant pour le sens à un adverbe (ensemble), et pour se pouvoir entretenir n’est alors qu’un infinitif prépositionnel construit librement, comme dans la phrase de Molière: Rends-le moi sans te fouiller. Ce qui me fait penser cela, c’est qu’il s’agit d’un discours indirect qui, au tour direct, deviendrait: Il faudra . . . pour nous pouvoir entretenir (tous deux). J’explique de la même manière l’exemple de Zola: pour être seuls ensemble, et de même pour le suivant, où chacun ses armes n’est qu’une locution exprimant l’idée distributive et qui se construit fort bien comme une sorte d’apposition. Comp.: Ils jetaient chacun ses armes ... au bas. Ce tour revient normalement dans le tour étudié: . . . pour jeter chacun ses armes. Il m’apparaît que le tour étudié n’est dans La Fontaine déjà qu’un archaïsme«.
§ 217 (p. 223, 1. 1). M. E. Philipot remarque: »L’infinitif narratif est très rare en effet dans la langue parlée. Pourtant, j’ai entendu: Et lui de courir, et lui de se trotter. «
§ 218,8, Rem. 2 (p. 225). Dans la langue parlée actuelle, on trouve, après les verbes de mouvement, un emploi de pour tout à fait analogue à celui de à dans la vieille langue.
Ainsi, à côté de: Je suis allé le voir hier et je ne l'ai pas trouvé, on entend aussi: Je suis allé pour le voir, etc.
§ 221 (p. 227, 1. 19). La construction aimer de n’est pas, comme nous avons dit, un archaïsme; elle se trouve même chez les auteurs les plus modernes. Ex.: J’aimerais de pourvoir m’écrier comme Joh ... (G. Duhamel, Journal de Salavin p. 8). N’est-il pas beau . . . que le prince Napoléon aimât de s’entretenir familièrement avec lui ( Figaro , 1924)? Des spectateurs qui aiment de tout observer (G. Doutrepont, Discours à la réception de M. Chr. Nijrop, p. 11). M. Léo Spitzer me renvoie à un article de Max Kuttner »Rhapsodien über den Infinitiv« (publié dans Jahrbuch fur Philologie, III).
§ 221 (p. 227, 1. 20). A propos de la remarque de Ménage, nous aurions dû ajouter que l’usage actuel fait une différence marquée entre il ne fait que et il ne fait que de. Ex.: Elle ne fait que pleurer (= elle ne cesse de pleurer). Il ne fait que de passer son examen (tour littéraire pour: il vient de passer son examen).
§ 224 (p. 230 — 31). A propos de commencer , M. Léo Spitzer m’écrit: »Nach Ivalepky wird commencer à mehr gebraucht, \vo das Beginnen einer mehr selbstverstândlichen Tâtigkeit, commencer de [wo] das einer überraschenden ausgedrückt ist. Daraus würde sich erklâren, dass commencer de eindrucksvoller ist und in der neueren Literatur gebrâucblicber \vird«.
§ 240 (p. 245). A côté de soleil levant (= le lever du soleil) il faut citer Carême entrant (= l’entrée du Carême). Ces tournures n’ont pas encore tout à fait disparu; on a gardé à midi sonnant, à midi tapant, à trois heures tapant (non: tapantes). Quant à tambour battant, on peut se demander si tambour est sujet ou complément direct.
§ 240, Rem. (p. 245). M. E. Philipot remarque que la construction sur son séant n’est plus très bien comprise; de là une substitution de sens: séant est devenu pour beaucoup de monde un substitut euphémique de derrière.
§ 242 (p. 246, 1. 18). M. Léo Spitzer relève les deux exemples cités: a espérons brochant, as porz passant, et demande s’ils sont bien à leur place en ajoutant: »Man kann nàmlicb auch interpretieren : brochant aux éperons, passant aux ports (nicht — al brochier les espérons, al passer as porz)«.
§ 275,2, Rein. (p. 282). A propos du vers cité de Molière: Ce ne sera point vous que je leur sacrifie, il faudrait noter qu’on dirait aujourd’hui plutôt: Ce n’est point vous que je leur sacrifierai (ou avec le présent à valeur de futur: Ce n’est point vous que je leur sacrifie). A l’heure actuelle le tour c'est que s’est figé comme formule d’insistance; voir § 277,3.
§ 280,8 (p. 289). A propos de l’imparfait étudié dans cette rubrique, M. E. Philipot m’écrit: »Selon moi, c’est l’imparfait de comparaison, de relativité, de relation, que nous avons dans Un an à peine après la perte de sa femme cet artiste si désolé se mariait. Se maria marquerait le fait brut. Se mariait insiste sur la comparaison entre deux états: l'état de désolation, et l’état d’oubli heureux du passé. «
§ 297,i (p. 306). Nous ajouterons ici un exemple relativement moderne du futur antérieur avec la valeur du passé indéfini. On lit dans une pièce très connue d’Eugène Scribe: Si j’y ai recours aujourd’hui [à la menace], c’est que vous m’y aurez forcé (Le verre cl'eau ou Les effets et les causes, p. 37).
§ 301,4 (p. 310). La ressemblance de l’indicatif et du subjonctif dans la première conjugaison a dû contribuer à diminuer le nombre des optatifs, autrement dit des subjonctifs non précédés de que. Plusieurs d’entre eux étaient en effet équivoques. Ainsi la formule Dieu protège la France, qu’on lisait autrefois sur la tranche des pièces de cinq francs, s’interprétait de deux façons différentes: les uns disaient que c’était une affirmation, les autres que c’était un souhait modeste, un vœu.
§ 307,2 (p. 314). A propos du passage cité de Kessel, M. P. Laurent m’écrit: »Cet indicatif ne peut-il pas s’expliquer très bien par le fait que l’auteur donne à il eut peur une valeur »déclarative« et non une valeur »atfective«; il eut peur équivaudrait ainsi à: il se disait (avec peur) que . . . Cette nuance peut de même expliquer les indicatifs si fréquents avec les verbes de crainte au XVIIe siècle«.
§ 308 (p. 314 — 15). M. E. Philipot proteste contre l’emploi du futur après attendre et s’attendre. Il n’admet ni nous attendons qu’il sera de retour, ni je m’attends qu'il arrivera demain; il propose nous attendons qu'il soit de retour (bien qu’il y ait certitude) ou nous attendons son retour pour demain et je m'attends à ce qu’il arrive ou j'attends son arrivée pour de-
main. Je m’incline devant l’autorité de M. Philipot, tout en faisant remarquer que Littré reconnaît l'emploi du futur et recommande de dire je m'attends qu'il viendra.
§ 321 (p. 323). Ajoutez à la fin du paragraphe qu’acluellement, si l’on veut indiquer l’action comme certaine, on se sert de jusqu au moment où (avec l’indicatif).
§ 326 (p. 325). A la liste des locutions concessives il faudra ajouter jaçoit que qui s’est employé beaucoup jusqu’à la fin du XVIe siècle; elle n’avait pas tout à fait disparu au siècle suivant, où Bossuet s’en sert.
§ 333 (p. 334). A propos de l’emploi du présent du subjonctif au lieu de l’imparfait du même mode, M. Philipot observe; »La décadence du subjonctif imparfait doit être due en grande partie à des cas du type il a voulu que je vienne, si,, comme je le pense, vienne désigne ici un acte présent, actuel: il a voulu — je viens. L’idée de présent triomphe de l’accord formel «.
§ 341,3 (p. 343). Selon la terminologie officielle, on réserve ordinairement le terme d’ indépendante pour les principales constituant à elles seules une phrase: La terre est ronde. Le terme de principale s’emploie quand la phrase comprend en outre des coordonnées ou des subordonnées: La terre est ronde, bien qu’on ne s'en aperçoive pas.
§ 346,3 (p. 351). Selon M. P. Laurent, nous aurions dû être moins laconique en examinant les principales introduites par si. Voici ce qu’il m’écrit à ce sujet: »I1 me semble qu’il y a dans vos exemples deux si à distinguer. L'un: la conjonction si. Ex.: Si nous parlions d’autre chose (sous-entendu quelque chose comme: cela vaudrait mieux). Il y a là le reste d’une construction hypothétique exprimant le souhait. Cf. avec le passé: S’il avait pu venir! Expression du regret. L’autre: l’adverbe d’interrogation si de l’interrogation indirecte (= est-ce que). Cf. le tour avec interrogation directe: Est-ce Dieu possible! Peut-on se conduire de la sorte! La police ne devrait-elle pas débarrasser la voie publique /« L’observation de M. Laurent me paraît juste; cependant il ne faut pas oublier que la conjonction si est au fond identique à l’autre si, qu’il qualifie d’adverbe d’interrogation.
§ 346,4 (p. 351). M. E. Philipot m’écrit: » Comme si est la réplique à un mensonge, à un prétexte (tu fais, tu parles
comme si .. .)• Ex.: [Tu invoques inutilement des prétextes (par ex. l’état de tes finances)], comme si ta n’aurais pas pu m’acheter une fourrure. [Tu prétends n’être pas allé chez X aujourd’hui], comme si je ne t’avais pas vu entrer chez lui. «
§ 370, Rem. (p. 374). M. E. Philipot fait observer que, selon lui, il y a une différence affective et pathétique très notable entre la formule: Ton petit frère qui est malade et la simple constatation de fait: Ton petit frère est malade. La forme exclamative indique la consternation.