‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 123 sur 168 · PARTICULE · texte numérisé non relu

PARTICULE

Nous étudierons sous ce titre les quatre classes de DQOts invariables qui nous ont été transmises par les Latins: Adverbes, Prépositions^ Conj onctions j Interjections.

Avant de passer en revue la liste des particules, mentionnons ces deux faits singuliers : d'une part, l'addition d'un s (voyez page 135) à la plupart des mots invariables qui n'en avaient point en latin : tandis (tam diu), jadis (jam diu), sans (sine), certes (certè), etc., vieux français, oncques (unquam), sempres (semper); d'autre part la suppression de Ve final dans les deux substantifs casa (chez) et hora (or), qui auraicDt dû donner chèse, et ore, comme rosa a donné fofe. 'Ajoutons que sauf les deux adverbes guères et trop, qui viennent de l'allemand, toutes les particules tirent leur origine du latin.

SECTION I

Adverbe».

Les suffixes latins c, ter^ qui servaient à former let adverbes (prudentcr, ddcte, sén«), disparurent parce

qu'ils n'étaient pas accentués, et pour créer une classe de mots, portant grammaticalement le signe de Taderbe, la langue française dut avoir recours à d'autres suffixes: elle adopta pour cet usage le substantif mens, qui avait pris chez les écrivains de l'Empire le sens de manière, de façon, etc. : Bona mente factum (Quintilien) , Devota mente tuentur (Claudien) , iniqua mente concupiscit (Grégoire de Tours), etc. Cet ablatif mente joint à un adjectif au féminin, donna l'adverbe français en ment: Bona, cara, devotamente, — Bonne, chère, dévote- ment.

Mais les adjectifs qui avaient, chez les Romains, une terminaison pour le masculin et une pour le féminin (bonuSj bona), en avaient aussi en français une pour chaque genre {bon-bonne), ceux qui avaient en latin une seule terminaison pour les deux genres, n'en avaient aussi qu'une en français : ainsi de grandis, legalis, prudens, regalis, viridis^ fortis, etc., et en français, des adjectifs grand, loyal, prudent, royal, vert, fort, etc., qui étaient de genre invariable dans notre ancienne langue. Il en résulte dans le cas particulier qui nous occupe, que les adverbes formés avec les adjectifs de la première catégorie (tels que Ijon, bonne) eurent toujours Te féminin au radical : bonne-ment, chère-ment, dévote-ment, et que les adverbes formés avec les adjectifs de la deuxième catégorie (tels que grand, loyal, etc.) nenreni jamais d'e au radical : au treizième siècle , on disait conformément à l'étymologie loyal-ment, grand-ment, forir ment, etc. Le quatorzième siècle ne comprenant plus

l'origine de cette distinction, et ne voyant plus pourquoi, dans certains adverbes, Tadjectif était au féminin, tandis qu'il restait (apparemment) au masculin dans d'autres, écrivit loyalEment, vilEment^ grandEmenty etc., barbarismes en contradiction avec l'histoire du mot et la logique.

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