‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 2 sur 168 · DE LA DEUXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIÈME ÉDITION

grammaire, dans Tétymologie, dans la formation grtiuelle des idiomes et dans la filiation des peuples. M. Brachet explique nettement ce qu'il a voulu faire: Le sujet de ce livre n'est point la grammaire du vieux « français. L'ancien français ne figure ici qu'à propos de la langue moderne. L'usage présent dépend de l'usage ancien, et ne s'explique que par lui. Le fran* çaîs moderne, sans la langue ancienne, est un arbre c sans racines ; le vieux français, sans la langue mo- « deme, est un arbre sans ses branches et sans ses c feuilles ; les séparer peut se faire et s'est fait à tort c jusqu'à présent; les avoir réunis est l'originalité de c cette grammaire. De là le titre de Grammaire histo- « rique {Préface y page 8). » Je cite et j'approuve. Moimême j'ai combattu pour cette doctrine. Les jeunes gens qui nous remplacent n'en ont pas d'autres; ce qui était débattu est cause gagnée, et le savoir avance entre leurs mains, comme il avança entre les noires. « L'on n'arrive, ditM. Brachet, à expliquer les mots « ou les faits grammaticaux que par leur histoire. > Une petite trouvaille me permet d'en fournir une vérifi cation qui n'est pas dénuée d'intérêt, ne serait-ce que parce qu'elle me procure l'occasion de rectifier une erreur de mon Dictionnaire. Au mot cercueil^ j'ai adoptd l'opinion de ce maître renommé dans l'élude des langues romanes, M. Diez, qui le dérive du germanique tare, cercueil, rejetant tarcophagus, qui avait le sens de cercueil dans le Jatin du moyen âge. Sa raison est que, dans cercueil^ la finale euil indique un diminutif, et que sarçophagulus donnerait non cercueil on

VI PRÉFACE

mrcueil, mais sarfail. Pour écarter l'objection d'un si habile étymologiste, il fallait un fait, positif que je n'avais pas, quand M. Focet de Beraay rnncontra, dans une pouillé du quatorzième siècle, ecclesia de sarcophagis,

ocalité dite aujourd'hui Cerqueux^ arrondissement de Lisieux (Calvados), et m'en fit part. Gela établit que sarcophagus non-seulement peut donner, mais en fait a donné cerqtteux. Maintenant, comme cerqueux représente sarcophagis, dépouillez-le de son s ou x, et vous retombez sur cerqueu, identique aux ancienne? formes sarcoUy sarcUy sarqueu. Sarcophagics ^ avec l'accent sur cOy perd, suivant la règle, les deux syllabes finales et atones, et devient sarcoUj ou sarcu, ou sarqueUy suivant la vocalisation. De sorte qu'il faut expliquer non pas sarqueu par cercueil, comme fait M. Diez, mais cercueil par xar^uôu; la finale euil est une finale diminutive postérieure.

Les noms de lieux rendent d'incontestables services à rétymologie, montrant sur place les changements que subissent les mots. C'est ainsi qu'ils ont mis en pleine sécurité l'étyraologiste tirant basoche de basilica. Tous les lieux dits en latin basilica se nomment en français basoche. Gela reconnu, on démontre bien vite que la dérivation est parfaitement régulière ; dans basilica, l'accent tonique étant sur si, c'est cette syllabe qui est conservée ; l'i atone tombe et l'on a basilca, oiu suivant la phonologie française, VI disparaît, donnant lieu par sa chute à un renforcement de la voyelle ; comparez aller ^ autre, filtrare, feutre, filicaria, foa-

ère«

Page 1