DE LA DEUXIÈME ÉDITION. XI
onque-s, avecque-s^ ore-s^ guère-Sy volontiers^ etc.; le provençal et l'espagnol offrent le même phénomène Dour plusieurs mots; et il en conclut que, dans le domaine roman, il y eut tendance à ajouter aux adrbes et aux particules une s pour les distinguer des autres mots. G*est là le fait; il est incontestable, et on doit savoir gré à Diez de l'avoir signalé. Mais estil impossible de découvrir pourquoi Vs a été employée i pareil usage, c'est-à-dire quel est le sens originel de ce suffixe ? Malgré le péril attaché souvent aux explications, je vais soumettre aux gens compétents ma conjecture sur ce point. Diez, continuant, observe que cette s est remplacée en italien par i, guari^ lungi, tardif volontieri, et il ajoute que l't en italien et 1*5 dans les autres langues romanes sont marques du pluriel, mais que cette concordance peut être une simple coïncidence. Une coïncidence qui porterait sur les quatre langues romanes me paraît difficilement admissible. Quand il dit que Vs est la marque du pluriel, il ne dit pas assez, ou du moins il n'a pas distingué, ne croyant pas en avoir besoin. Mais moi j'en ai besoin, et je rappelle que, en yieux français, Vs ne marque le pluriel qu^au cas régime, et ne le marque paa RU nominatif. C'est donc Un cas régime pluriel que figure cette s; et volontiers, certes, envis, que nous disons à Venvi, représentent voluntariis, cerlis, invitis. Former des adverbes avec un cas des adjectifs n'est pas rare ; les adverbes en o du latin ne sont pas autre chose. L'ablatif pluriel prenait facilement un sens adferbial; et, dans !• j^hrîse, cette * empêchait de le
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confondre avec un adjectif. Mais, en italien, la marque du pluriel est i, sans distinction du régime et du nominatif, puisque les deux cas qu'avait conservés le français n'y ont jamais existé. On voit donc qu'entre ces deux pluriels il y a non pas coïncidence, mais vraie concordance, et que 1*5 adverbiale a un sens grammatical. Les langues romanes ne poussèrent pas loin cette formation, qui se borna à un petit nombre de mots ; et ce fut au suffixe ment, espagnol et italien mente j qu'il appartint de produire la plupart des adverbes.
Unb fois introduite dans le mode adverbial parce qu'elle y avait un sens, 1*5, en vertu de la tendance des langues à s'imiter, se propagea à des adverbes et même à des prépositions où elle n'avait aucun droit de paraître, devenant de la sorte véritablement paragogique. Ainsi de sine le français fit sens, comme si le latin était sines; de ante il fit ains^ comme si le latin était antiis. De son côté l'italien, obéissant à la même impulsion, ce qui montre bien qu'il n'y eut pas simple coïncidence, fit anzi, tarât, etc. ; il eut l'i paragogique comme nous eûmes Vs.
Cbacune des langues romanes, par rapport au latin, a sa phonologie particulière. Flamma eiplangere produisent en italien fiamma et piangerey ce qui es l inconnu au français et à l'espagnol; filius, formosus, ferrum^ produisent en espagnol hijo, hermoso, hierro^ ce qui est inconnu au français et à l'italien ; saltuSy calidaSf salvus, produisent en français saut, chaud, sauf, ce qui est inconnu à l'italien et à l'espagnol.
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Faites, ce qui a été tait, des tableaux exacts de ces modifications respectives, et vous aurez le système comparatif des langues romanes. Puis sortez des langues romanes si récentes, et faites un semblable travail pour le grec, le latin, le germanique, le celtique, le slave, le persan et le sanscrit, et vous aurez le système comparatif des langues aryennes. Par une semblable opération, on construira le groupe sémitique; et, procédant de proche en proche, on formera plusieurs systèmes distincts les uns des autres par les radicaux, par la phonologie, par la grammaire. Quand cela sera fait, on comparera et l'on généralisera. Dans le temps qui nous précède, on a écrit plus d'une grammaire générale; mais, comme la grammaire générale ne peut être qu'une induction fournie par les grammaires particulières des groupes de langues, on reconnaît tout de suite ce qui en ce genre est prématuré et ce qui est mûr, ce qui est métaphysique et ce qui est poFitif.
Ayant vu par l'exemple des langues romanes ce qu'est un système de langues, rentrons dans notre idiome, et disons, avec M. Brachet, que rien n'est explicable dans notre grammaire moderne si nous ne connaissons notre grammaire ancienne. Les flexions, c'est-à-dire les modifications qu'éprouvent un mot qui se décline et un verbe qui se conjugue; les flexions, dis-je, qui occupent le second livre de la Grammaire historique, en fournissent des exemples perpétuels.
Avant ce recours, qui a jamais pu expliquer pourquoi \'s est employée dans nos noms à marquer le plu-
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riel? La déclinaison latine, fouinissant des plurieîf avec s y mais aussi des pluriels sans s, ne donne point de solution. Pourtant c'est bien dans la déclinaison latine qu'en est la cause ; mais c'est dans cette déclinaison interprétée par l'ancienne déclinaison française. Dans nos noms, le nominatif pluriel était marqué par l'absence de Vs sur le modèle de la deuxième déclinaison latine, populiy domini et le régime par i'* sur le modèle de populos j dominos. Puis, comme la langue moderne perdit le nominatif et ne garda que le régime, Vs se trouva la caractéristique du pluriel. En celn. rien d'arbitraire.
Inversement, au singulier, le nominatif avait 1% sur le modèle de dominuSj et le régime ne l'avait pas, sur le modèle de dominum. Ici encore, comme au pluriel, nous avons conservé la forme du régime et rejeté celle du nominatif; l'ancienne langue disait H roiSy le roi, H chevalSy ou chevauSj le cheval; nous disons, nous, le roiy le cheval, A cette règle de l'ancienne langue, on rencontre une exception digne, comme toutes les exceptions, d'être considérée; c'est cors, tems^nes, lez, qui ont une s même au régime, et qui représentent corpuSy tempuSy opus, latus. Or ces noms neutres gardent, en effet, dans le latin, Vs à l'accusatif; et le français reproduit cette particularité, effacée dans l'italien, orpo, tempo, uopo, al-lato.
Je viens de parler du mérite des exceptions ; en voici une que je recommande, bien que je l'introduise subrepticement, car c'est un fait de vieille langue, sans attache dans la nouvelle, et de ces faits, M Brachel,