‹ Grammaire historique de la langue française. PréfChapitre 7 sur 168 · DE LA DEUXIÈME ÉDITION. XV · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIÈME ÉDITION. XV

il nous Ta dit, ne traite pas. Les noms latins féminins en as, atis, tels que sanitas, bonitas, etc., ont donné tante, hontéy etc., qui représentent les accusatifs ^antto^em, bcnitatem. Mais, en contradiction avec cette règle, on trouve dans de vieux textes, à côté de cité, le mot cit : Et je fui amenée en la cit de Paris, dit Bertbe aux grands pieds. C'est, autant que je sache, le seul exemple d'une pareille formatioii; mais il n'en, faut moins tâcher de l'expliquer. Cit représente trèsrégulièrement le nominatif citJi7a5, accent sur ci, tandis que cité représente l'accusatif civitatem, accent sur ta. Avec cet exemple de cit, on ne peut guère douter qu'il n'y ait eu dans la langue une époque reculée où le nominatif français de ces noms en a^, atis, existait; l'avoir eu est dans l'analogie, et un témoignage en reste dans cit» Ce nominatif disparut, et ce fut l'accusatif qui demeura seul en usage, exactement comme il en advint plus tard pour les autres catégories de substantifs.

Tout à l'heure, je m'accusais presque pour ma digression sur cit; pourtant elle m'achemine à une exception de même nature qui, elle à son tour, entre en contact avec une anomalie assez singulière de la langne tant ancienne qae moderne. Celte exception de même nature se présente dans la caure, qui signifie la chaleur, et qu'on trouve en des textes du douzième et du treizième siècle. Caure est fait par rapport à calor^ tomme cit l'est par rapport à civitatem; et chaleur est fait par rapport à calorem, comme cité l'est par rapport à civitatem, Caure e.st unique comme cit; et tous les au-

\V1 PRÉFACE

très substantifs provenant des noms latins en or, oris, sont formés de l'accusatif : douleur ^ de dolorem, peur de pavorerriy etc. Ici intervient Tanomalie dont je parle : comment ces substantifs, étant tous masculins en latin Bont-ils devenus tous féminins en français? Et qu'on n'objecte pas amour, honneur et labeur, qui sont ma8 culins. Ces trois ont été féminins comme les autres : amour est encore des deux genres ; honneur est féminin dans ce vers-ci : Je n'aurai jà qui soustienne m^onur, dit Cliarlemagne dans la Chanson de Roland {m'onur pour ma onur, mon honneur) ; et labeur dans celui-ci : Jà n'iert perte ma /afrour (mon labeur ne sera pas perdu), dit Chreslien de Troyes. Pour répondre à la question, j'ai fait une petite théorie (le mot n'estil pas trop ambitieux pour des choses si ténues?) qui repose sur l'existence et la forme de caure. De cet échantillon, j'ai conclu que tous les noms de ce genre avaient un nominatif anologue k caure, terminé comme eaure, par un emuet et féminin comme caure. C'est donc àl'e muet que j'attribue Tinlluence qui, conirairemen à l'étymologie, transforma ces noms en noms féminins A l'appui, on remarquera qu'ils sont tous masculins, omme ils doivent l'être, en italien et en espagnol, mais qu'ils sont féminins en provençal, qui, comme l'ancien français, posséda les deux cas. Avoir les deux cas et faire féminins les noms latins dont il s'agit^ voilà, entre le vieux français et le provençal, une coïn-» eidence qui deviendra une concordance si l'on admet mon explication.

Pour achever de remplir son cadre, il ne restait plus

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