XVI 11 PRÉFACE
Qaule, en Italie ev en Espagne) prirent un parti hardi et construisirent de toutes pièces un futur avec Tinfîniif du verbe et l'auxiliaire avoir :je chanter-ai, je lir-ai, je servir^aiy c'est-à-dire, j'ai à chanter, j'ai à lire, i'ai à servir. Ce n'est pas tout : dans leur verve, elles produisirent un mode qui manquait à la latinité, le conditionnel, et le composèrent, sur le modèle du futur, avec l'infinitif et la finale de l'imparfait :je chanter-aiSyje lir-aiSy concevant, suivant le dire de M. Brachet, le conditionnel sous la forme d'un infinitif qui indique le futur, et d'une finale qui indique le passé. En ces deux cas, on touche le génie inventif et l'instinct grammatical des populations romanes. J-'ai raconté l'événement comme si tout cela s'était passé avec conseil et tâtonnement ; il y eut autre chose et mieux ; il y eut inconscience et sûreté.
Tous ceux qui étudient les langues romanes voient, non sans surprise, que la langue d'oïl (et la langue d'oc; mais je la laisse de côté, parce qu'elle a péri dans l'intervalle) a deux cas : un nominatif et un régime, tandis qu'à la même époque, l'italien et l'espagnol n'en ont point. Donc, à ce moment, avec sa déclinaison, loute diminutive qu'elle est, le français a une antériorité que j'appellerai grammaticale, pour exprimer une constitution plus voisine du latin, et par conséquent plus synthétique. Les onzième, douzième et treizième siècles se passent dans cette condition ; une littérature très- considérable et partout très-goûtée se développe ; puis, tu quatorzième siècle, la déclinaison, débris de la latinité, s'altèroi teud à disparaître, et la langue