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Grammaire Limousine: phonétique, parties du discours

Ce livre, où j'ai essayé de remettre en lumière les titres de noblesse de notre patois, de cette belle langue qu'on dédaigne, mais que tu as, comme moi, toujours aimée, et qui ne fut jamais exilée de notre foyer,

Je te le dédie, comme un souvenir de la terre bénie où, dorment nos chers morts, et comme un témoignage de ma profonde et respectueuse tendresse.

ce.

ÀVÀNt-PRÔPÔS

Le dialecte limousin est parlé dans la plus grande partie des départements de la Haute-Vienne, de la Corrèze et de la Dordogne, et à peu près dans le tiers de la Creuse et le quart de la Charente. Je n'essaje pas d'en marquer plus précisément les limites géographiques, parce que je crains de ne pouvoir le faire avec l'exactitude nécessaire*. Je note seulement qu'il est borné au midi par les dialectes de la G-ascogne et du Quercy, qu'il confine à l'est avec celui de l'Auvergne, et qu'il va se perdre, au nord et à l'ouest, dans des patois de langue d'oil, berrichon, poitevin, saintongeois.

L'unité, dans le langage d'un pays quelconque, est le résultat de la culture. Il se forme ainsi une sorte de langue commune, mais toujours plus ou moins artificielle par quelque côté : telle fut sans doute celle des troubadours. Privé do culture, au contraire, le langage est essentiellement divers. Celui de chaque localité a ses particularités qui le distinguent de ses voisins, au milieu de leurs communes ressemblance^; Ces langages particuliers sont comme autant de variétés d'une espèce linguistique, unie à son tour à d' autres espèces parla communauté de caractères plus généraux, qui constituent un genre. Cela posé, si l'on considère, ainsi qu'il convieiit,' la

' Je tâcherai pourtant, dans un appendice, «le don'nersur ce point des indications moins vagues.

langue d'oc comme un genre dans la famille naturelle des langues romanes, le limousin sera l'une des espèces que ce genre embrasse*. C'est cette espèce qui fait l'objet du présent travail.

Je l'étudierai plus particulièrement dans celle de ses variétés que je connais le mieux, pour l'avoir pratiquée dès mon enfance, et qui est du reste une des principales : je veux dire le parler de Nontron ( Dordogne ) ' et de ses environs. Le lecteur familier avec les autres variétés fera de lui-même les comparaisons que je n'aurai pu établir. Je ne puis me flatter, en effet, d'avoir réuni ici tous les faits dignes de remarque que le dialecte limousin, étudié sur toute l'étendue de son domaine, pourrait offrir à l'observateur. Mais, si la partie comparative de mon ouvrage laisse forcément à désirer dans le détail, en raison de l'impossibilité où je suis d'acquérir une connaissance égale de toutes les variétés de ce dialecte, j'espère pourtant qu'aucun de ses traits essentiels et caractéristiques ne m'aura échappé. En tout cas, j'ose assurer que l'on aura ici, à défaut d'un tableau d'ensemble que je ne puis promettre, une monographie exacte et complète.

La renommée et l'autorité littéraires du Limousin ' étaient grandes au moyen âge. C'était non-seulement la terre classique de la poésie, honneur légitimement acquis au pays qui

' Il y faut distinguer trois sous-espèces, correspondant a peu près aux divisions géographiques du domaine de ce dialecte, savoir : le haut limousin, le bas limousin et le périgourdin. Celle-ci est, par ses caractères, intermédiaire entre les deux autres. C'est à elle qu'appartient la variété de Nontron, prise ici pour type de tout le dialecte.

* Nontron même est à l'extrême limite nord de la région qui parle la variété désignée ici de son nom. Mais cette variété s'étend assez loin dans les autres directions, surtout au sud et au sud-ouest. Sa caractéristique essentielle est, phonétiquement, la pureté de l'a, et, grammaticalement, une répugnance marquée pour les formes étrangères à la langue classique.

3 II faut entendre le territoire du dialecte limousin.

avait produit les plus grands des troubadours, mais encore celle du bon et pur langage. On connaît, à cet égard, le témoignage souvent cité de Raymond Vidal de Bezaudun *. Celui des Leys d'amors, non moins explicite et plus précis, a pour nous plus d'importance. L'auteur loue, dans le langage du Limousin, l'exacte observation des règles de la flexion, la juste prononciation, comme il dit, des cas du nom et des personnes du verbe. Mais, en même temps, il constate dans ce dialecte la présence en grand nombre de mots étrangers ou fortement altérés, et qui doivent être, à ce titre, exclus de la langue littéraire *. Or le dialecte limousin porte encore très-fortement empreint ce double caractère. Car, s'il a dû plus que d'autres, en raison de la situation géographique de la province , subir l'intrusion de mots français, il n'en est peut-être aucun qui ait conservé une aussi grande pureté grammaticale ^ et qui soit par là resté plus près de la langue classique du xiii^ siècle. C'est surtout la variété dont je m'occupe ici spécialement qui manifeste cette pureté. Ainsi certaines formes, réputées dès le xiv^ siècle incorrectes ou sans grâce par l'auteur des Leys

' Totz hom qi vol trobar ni entendre deu aver fort privada la parla-

dura de Lemosin Gartota la parladura de Lemosin se parla natu-

ralmenz et par cas et par genres et par temps et par parsonas et par motz. — Guessard, Grammaires provençales, 2' édition, pag. 71 .

2 Segon que ditz En Ramon Vidal de Bezaudu le lengatges de Lemozi es mays aptes e covanables a trobar et a dictar en romans que degus autres lengatges. Ad aysso dizem que aysso dish En Ramon Vidal par doas cauzas: la una cant a la pronunciatio dais cas, car en Lemozi parlo leumanbon cas e drechurier ; lautra cauza es per las parsonas del verb, quar il pronuncio las personas leumen e las formo sagon dever e segon que pronunciar e formar las devo.... En autra maniera no trobam nos quai lengatges de Lemozi sia mays aptes a trobar que autres lengatges, si no per las doas cauzas sobradichas; quar, en Lemozi, ditz hom granre de motz estranhs, biaysshatz, trencalz e mal pauzatz, que ges per aco quar son dig en Lemozi no les aparia hom en dictatz. — Tome II, pag. 402.

3 Nouvelle preuve de cette vérité, que le vocabulaire d'une langue peut être envahi par des éléments étrangers sans que sa grammaire en souffre d'atteintes. 11 semble même que l'on se montre d'autant plus jaloux de ne rien sacrifier de ce côté, que l'on à dû de l'autre céder davantage.

d'amors, qui en constate pourtant dès lors l'emploi étendu, bien qu'elles se soient répandues dans tous (?) les dialectes méridionaux de la langue d'oc, et que plusieurs même soient reçues dans le haut Limousin, continuent d'être rejetées à Nontron : tels sont par exemple les prétérits en igui dans les verbes en ir.

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