‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 106 sur 119 · B. — DÉPLACEMENTS INCERTAINS · texte numérisé non relu

B. — DÉPLACEMENTS INCERTAINS

Les seuls temps et, dans ces temps, les seules personnes où l'accent manifeste de l'incertitude et semble souvent hésiter entre la dernière syllabe et la pénultième, sont, d'un côté, le présent et l'imparfait de l'indicatif et du subjonctif; de l'autre, la deuxième personne du singulier et les deux premières personnes du pluriel. Partout ailleurs, il reste ûxe et affectant toujours, d'une manière très-sensible et sans doute possible, la même syllabe, savoir :

1° La pénultième, dans les trois autres personnes des quatre temps qui viennent d'être mentionnés (observons qu'il s'agit, à l'imparfait de l'indicatif des deux dernières conjugaisons, de la pénultième actuelle, par exemple dans vendio, vendian, de e non de i, et que, à l'imparfait du subjonctif, première et troisième personnes du singulier, la syllabe accentuée , sans que

* J'ai déjà mentionné deux autres exemples de semblable recul suivi du renforcement de la mémo diphthongue : datfe ^= desfati. de desfar; alte ^= estau, de estar. Ce sont les seuls, en dehors des verbes en ià, oud, où lo phénomène se soit produit et eût lieu de se produire.

* Cf. dans le latin vulgaire monverunt pour monûerunt, frifoUum pour (rifôlium, cooperio et âperio pour coopério et apério, etc., où, après la synérèse de ue, io et iu, on a reculé l'accent d'uni; syllabe aiin que le mot restât proparoxyton. (V. là-dessus Gast. Paris, tJtude sur le rôle <Ip i' accent latin dam la langue française, 38-39.)

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pour cela raccent se déplace, peut être aussi la finale, ces personnes ayant à la fois des formes en ê, î ( z= es, is) et en êsso (= essaJJ;

2° La finale, dans tout le futur et tout le conditionnel ;

3° La finale à la première et à la troisième personne du singulier du prétérit, et la pénultième dans les quatre autres personnes du même temps : venguei, venguèrei, vengué, venguêrem, venguèrei, venguêren *.

On a vu par les paradigmes que, si l'on néglige l'accentuation, la 1" et la 3™" personne du pluriel, d'une part; la 2® du singulier et la 2^ du pluriel, d'autre part, se confondent toujours à Limoges, presque toujours à Nontron. Le déplacement de l'accent, lorsqu'il se produit, est probablement la conséquence de cette similitude, et il a pour résultat de la rendre plus complète. J'étudierai ce phénomène dans chacun des deux groupes successivement, mais il est bon de mettre d'abord sous les jeux du lecteur le tableau de toutes les flexions des quatre personnes dont il s'agit, dans les temps sus-énumérés, avec l'accentuation régulière.

Ire pars, du pluriel. 3' pers. du pluriel.

Ind. prés. cliantém ckânten.

— imparfait chantavdm chantâvan

— vendiâm véndian

Sub. prés. chantâm chântan

* Accentuation nontroanaise, et très-régulière si, selon une des hyi)othèses proposées, ce temps vient du parfait latin du subjonctif. En bas" limousin, oii la première et la deuxième personne du pluriel sont en a {vengueram, vengaera), l'accent, je pense, affecte cet a (régulièrement, si elles viennent du plus que-parfait latin de l'indicatif), et il est possible que la deuxième personne du singulier, aussi en a, mais dans tous les cas originairement atone, y ait été assimilée à celle du pluriel, c'est-à-dire que son accent se soit porté sur la finale. Je n'ai pas assez dans l'oreille la prononciation de ce pays pour pouvoir présenter là-dessus autre chose que des conjectures.

Sub. 1" imparfait

chantessdm

chantéssan

chanterâm

chantéran

2* pers.

du singulier.

1" pers. du pluriel.

Ind. prés.

chanta

chanta

finissei

finisse, à Limog.

finissei

— imparfait

chantâvâ

chantâvâ

véndiâ

vendu

Sub. prés.

chântei, ou

chante, et, ou

chanta

chanta

— 1" imparfait

chantéssà

chantessu

chantera

chantera

a. — Première et troisième personnes du pluriel. — J'ai constaté que la 3' personne du pluriel ne déplace jamais son accent. C'est donc la l""^ seule qui est ici sujette à cette modification, et elle la subit presque toujours. On pourrait même dire que le recul de l'accent y est aujourd'hui la règle, si l'on ne reconnaissait encore une certaine indécision dans ce mouvement.

Les temps où il se produit avec le plus de constance et le moins d'hésitation sont l'imparfait de l'indicatif [chantdvam, véndiam) et les deux imparfaits du subjonctif [chantéssam, chantéram) ' . Viennent ensuite le présent du subjonctif et le présent de l'indicatif. Ce dernier est celui qui offre les exemples les moins rares et les moins douteux de la persistance de l'accent à sa place régulière et primitive. Mais là même cette persistance n'est pas constante; je veux dire que le maintien

< Exemple du même recul de l'accent dans un texte ancien {Jaufre, Lex. roman, I, 134) :

Entro qn'ieti dis qnfi lai anasem Tuit ensetns e queus n'amenaxsem .

Je n'en ai pas remarqué d'autre.

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de l'ancienne prononciation n'exclut pas la nouvelle. Ainsi on dit, à peu près indifféremment, pôdem et poudém, vôlem et voulém, setifrem etsufrem.

b. — 2* personne du singulier et 2^ personne du pluriel. — La tendance est encore ici au recul de l'accent, c'est-à-dire à l'assimilation de la 2* personne du pluriel à la 2" du singulier.

Cette tendance paraît déterminée, comme dans le cas précédent, par le désir, né de l'instinct de l'uniformité, de voir l'accent affecter toujours, dans un même temps, la même syllabe; mais, au lieu d'être ici, comme tout à l'heure, favorisée par l'influence dominante de la personne accentuée régulièrement sur la pénultième, elle se trouve au contraire combattue par la prépondérance de la personne à finale tonique c'est-à-dire de la 2* personne du pluriel, qui étant, grâce à la politesse, beaucoup plus fréquemment employée que celle du singulier, a, par suite, à la fois plus de force de résistance et d'attraction.

La conséquence en est que, non-seulement l'accent de la 2* personne du pluriel ne recule pas toujours sur la pénultième, mais encore que celui de la 2" personne du singulier avance souvent sur la finale.

Il est très-rare que ni l'un ni l'autre de ces phénomènes ne se produise, c'est-à-dire que l'accent reste, dans chaque personne, à sa place primitive. Cela ne se voit guère qu'à l'indicatif présent des verbes de la 2® et de la 3^ conjugaison, où, à Nontron du moins, la différence de flexion (sing. ei, plur. è), en empêchant les deux personnes de se confondre, forme en même temps un obstacle à leur assimilation au point de vue de l'accent. Mais, là où cet obstacle n'existe pas, c'est-à-dire partout ailleurs, l'assimilation complète a toujours lieu.

A l'imparfait de l'indicatif et aux deux imparfaits du subjonctif, c'est la 2" personne du singulier qui paraît toujours imposer sa loi; en sorte que l'accent y recule à la 2" comme à la V personne du pluriel *. Ainsi nous disons plutôt vou clian-

* On remarqunra qu'il en est de même en espagnol, en portugais et en

tdvâ, vou véndiâ, vou chantéssâ, vou chantera, que vou chanlavâ, vouvendiu, vou chantéssâ, vou chantera. Au présent de Tindicatif et du subjonctif, il y a moins d'uniformité; et, bien que le cas le plus fréquent soit celui de l'assimilation du pluriel au singulier, le contraire se produit aussi quelquefois, particulièrement quand, la flexion étant en a, la pénultième est une voyelle grêle et brève. Ainsi on dit iou trôbe, tu troubâ; mais au contraire vou chanta, vou refusa, au lieu de vou chanta, vou refusa, parce que, dans chanta, la voyelle est grave, et qui plus est en position, et que, dans refusa, elle est grêle à la vérité, mais longue.

Remarque P" . — En traitant, plus haut, des modifications euphoniques du radical (section II du présent chapitre), j'ai rappelé que la présence d'un a atone, mais long ou nasal, à la finale, produisait sur la pénultième les mêmes eff'ets que la perte de l'accent. On a déjà vu des exemples du même phénomène dans la déclinaison: aigo — eigà; aucho — ôuchà;râùo — robâ (à Limoges). Il ne faut pas perdre de vue cette influence de l'a final sur la pénultième, si l'on veut se bien rendre compte des mouvements de l'accent. Qu'on se, garde donc d'attribuer à un déplacement de ce dernier l'affaiblissement de la voyelle tonique dans les formes où la flexion est â ou an. Les deux phénomènes peuvent être simultanés*, mais ils ne sont pas nécessairement connexes. Dans iti leissà, par exemple , la diphthongue radicale, bien qu'affaiblie, conserve l'accent ; et, inversement, c'est sans se modifier qu'elle s'en empare à la 2® personne du pluriel vou leissà, comme on prononce le plus souvent, ^omvvou leissà. C'est tout le contraire, remarquonsle, à la première personne du pluriel, où le même transfert de l'accent sur la pénultième a lieu, mais où la flexion, n'étant

catalan. Poi-r ne citer que l'espagnol, amabamus, amabatis, — arnassemus, amassetis, — amaveramus, amaveratis, y sont devenus amàrbamos, amâbais, ~ amâsemos, amâseis, — amâramos, amàrais. — 11 en est aussi de même en italien, mais seulement à l'imparfait du subjonctif : amcissimo, amaste.

1 Par exemple dans tu troubâ, cité tout à l'heure

pas en a, n'atténue pas les effets de ce déplacement; le renforcement normal de la diphthongue s'y produit, et leissém devient laissem.

Remarque IL —Je crois devoir répéter, en terminant, que les déplacements de l'accent tonique, étudiés dans ce dernier paragraphe, si assurés qu'ils paraissent souvent, ne peuvent néanmoins être constatés que rarement avec certitude. Il est presque toujours sensible à l'oreille que, même dans les formes où ils se produisent avec le plus de constance, l'accent n'a pas encore accepté définitivement sa nouvelle place et qu'il hésite entre celle-ci et la première, si bien que trèssouvent il paraît presque impossible de déterminer sur quelle syllabe, de la dernière ou de la pénultième, la prononciation le fait porter. -Aussi ne saurais-je dire à cet égard rien de certain ni d'absolu, rien surtout que je puisse donner comme applicable à toutes les variétés du dialecte, puisqu'il n'est pas rare de surprendre dans la bouche d'une même personne deux accentuations différentes de la même forme.

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