PREMI
Pëdes
pes
Nont.: pê Lim.
: pei
Pressus
près
prê
prêt
Presbyte?'
pestre
pêtre
peitre
Sincêra
sanciêro
sanchieiro
Primarius
prumier
prumiê
prumiei
Il peut sembler, au premier abord, que le parler de Limoges, s'étant fait une règle plus simple et plus générale que celui de Nontron, et obéissant dès lors, selon l'apparence, à des principes mieux arrêtés, est ici supérieur à ce dernier. Mais c'est le contraire qui est vrai; car le parler de Limoges efface, sous Funiformité de sa règle grossière, des différences originelles essentielles, qu'il est devenu sans doute inhabile à distinguer, tandis que celui de Nontron, qui, plus délicat, en. a conservé le sentiment, continue de les manifester par le traitement divers qu'il fait subir à Ye, selon que cette voyelle était primitivement dans tel ou tel état. Ainsi, à Limoges, debetis etdebes donnent également devei. A Nontron, au contraire, grâce à l'observation plus exacte des règles plus haut énoncées, les deux formes demeurent distinctes. Pareillement, agues (habuissemj et aguei (habui) se confondent à Limoges, tandis qu'à Nontron la distinction persiste (aguê, aguei).
E tonique ou précédant la tonique se renforce en a devant /' final ou suivi d'une autre consonne. Ex. : dubar, vartâ, varmei. Cette mutation est le signe d'un parler très-rustique. Fort commune, presque générale dans la partie limousine ( comme on dit dans le pays) de l'arrondissement, elle n'a lieu. à Nontron, que dans un très-petit nombre de mots, par exemple marce = mercedem.
E se renforce encore en a devant les consonnes simples, soit sous l'accent, soit avant, et cette fois presque aussi fréquemment à Nontron que plus haut. Ex. : devalar, davalâ; — gelar,jalâ; — cremar, cramâ^.
» Le môme renforcement a heu, dans les verbes, à l'imparfait du sub-
PHONETIQUE »
L'e nasal passe rarement à l'a. Ce renforcement ne se constate guère que dans quelques mots, où Ye procède d'un i latin. Originaire, il est plus fixe. Ex. : sincerus, sanciê; — infernum, an fer *.
A côté de ces renforcements, citons quelques affaiblissements exceptionnels en u et en ou : femela.fumelo; — moneda, mounudo ; — enflar, uflâ ; — résina, rousino.
Nous terminerons ce que nous avions à dire de Ve par quelques observations sur les distinctions établies par le Donat provençal entre Ve larg et Ve estreit *. Les diiférences ainsi spécifiées se sont efi'acées dans plusieurs des désinences mentionnées par cet ouvrage ; mais il est possible qu'en revanche, dans celles où elles ont persisté, elles se soient accusées davantage. Énumérons d'abord les rimes dans lesquelles aucune différence ne se fait plus sentir :
1° Ecs larg, ecs estreit. — Aujourd'hui ë uniformément.
2° Els larg, els estreit. — Aujourd'hui ë ou eu par la vocalisation de l. Il j a une exception, mais qui ne maintient aucune distinction entre les deux catégories, car elle est commune à Tune et à l'autre : mels (large) est devenu miau, comme pels (étroit) est devenu piau. — Après els estreit, le Donat mentionne trente et un mots en elz larg, sans leur donner de pendant en elz estreit. Geielz, qui provient de ell's latin, est devenu, chez nous, è ou eu, comme les deux précédents.
3° Ertz larg, ertz estreit. — Aujourd'hui er^, l'un et l'autre, sans différence d'intonation. Il n'y a sous la rubrique ertz
jonctif, où on le constate déjà au reste, partiellement du moins, dans l'ancienne langue. Nous y reviendrons en traitant de la conjugaison.
* Je néglige, bien entendu, les mots empruntés au français ou auxquels s'est imposée la prononciation française, tels que an/"en {enfin), ranfennâ, etc.
^ En général, e larg répond à un e latin bref ou en position ; e estreit, à un e long ou à un i.
* Ou ar, selon les lieux. Voir ci-dessus, IV.
estreit que quatre mots, dont un seul vit encore : c'est vertz, où e provient de i. Les ertz larges proviennent tous d'e latins en position devant rt.
4° Era larg, era estreit. — Aujourd'hui êro.
5° Ela larg, ela estreit. — Aujourd'hui ê.lo.
Il y a lieu de supposer que les différences spécifiées pour chacune de ces rimes devaient être, dès le temps de Hugues Faidit, assez légères. Ce qui semble l'indiquer, c'est que l'on voit souvent figurer, sous l'une des deux rubriques larg et estreit, des mots que l'analogie ferait plutôt classer dans l'autre. Ainsi sous ela estreit, parmi des mots où cette désinence représente généralement èla latin, on trouve estela et donzela, sans qu'on puisse s'expliquer pourquoi ces deux mots, où ela = ella, ne sont pas compris parmi les rimes en ela larg, qui proviennent toutes de ella latin ( classique on vulgaire ). Pareillement els larg, sur treize mots cités, en comprend dix où e = ê, ce qui aurait dû, ce semble, d'après l'analogie , les faire classer parmi les estreits, qui n'en ont que quatre, l'un où e = ?, les trois autres où e = ê. Quoi qu'il en soit, et qu'il y ait eu ou non erreur de classement de la part de l'auteur ou des copistes, ces faits prouvent que la prononciation de pareils mots était au moins incertaine et que, par conséquent, la différence entre chaque catégorie devait être, comme nous l'avons conjecturé, fort peu sensible.
Les rimes pour lesquelles la distinction établie par le Donat s'est maintenue senties suivantes : eis, ielz — elhz, ers, es, ethz. Nous en formerons deux groupes, eu égard à la manière différente et tout opposée dont l'e large et l'e étroit s'y comportent.
Premier groupe. — Ers, es. — Les rimes larges ont gardé Ye pur ; les rimes étroites l'ont changé en e^ *. Les ers larges provien-
1 Sauf, à Nontron, dans les noms ethniques en es= ensis, et, de plus, dans ceux où s n'appartient pas au radical ; savoir, hes {pêne), fes {fides), fes ifenum), où l'e a pris le même son bref et sec (6e, fé) que dans pes (pedem), qui est large. Mais, au pluriel, la distinction reparaît, preuve que l'e n'a point des deux parts la même qualité.
PHONETIQUE 31
nent d'e en position devant r, sauf un seul, qui provient d'un ebref*. Tous les er& étroits proviennent d'un e long. — Es large n'a que quatre mots. E j représente ë ou e en position devant ss. Es étroit en comprend un grand nombre dans lesquels e provient de î ou de e long '. Un seul provient de p ( bëne ).
Deuxième groupe. — Eis, ielz —elhz, ethz '. — Ici les rimes étroites restent sans modification, tandis que les rimes larges préposent un i k ei om à e *. Ex.: seis. siei; — despethz, deipié. La différence devait, au reste, être la même du temps de Hugues Faidit, au moins dans la plupart des cas, comme en font foi les textes classiques et comme il le constate lui-même, en opposant elhz étroit à ielz (lisez ielhz) large ; par exemple, vermelhz à vielhz (aujourd'hui vermei, viei). — Observons que Ve des eis, elhz et ethz étroits, représente un i latin, excepté dans deux mots, où il correspond à ê, savoir lei {lêgem] et rei [rëgem). Quant à eis, elhz et ethz larges, ils répondent à des e latins brefs ou en position.
Le Donat provençal n'introduit aucune distinction parmi les rimes en en, qui, pour lui, sont toutes étroites. M. Paul
' Fers = férus — Nous l'avons diphthongué en te.
'Je compte parmi les e longs celui des mots en ens. .. originaire, devenu es... en latin vulgaire.
^ Les mots en ethz cités par le Donat se présentent ordinairement dans les textes sous la forme eitz, et peut-être que ethz n'en est qu'une variante orthographique, comme elh de eil. Une preuve de la ressemblance, sinon de l'identité des sons qu'on figurait de ces deux manières, c'est que le Donat mentionne deux fois les mots correspondant à lectus et à lex (celuici étroit, l'autre large), la première fois parmi les rimes en eis, la seconde fois parmi les rimes en ethz. Dans tous les cas, les mots en elhz ou eitz, tous ceux du moins dans lesquels la diphthongaison n'était pas due à l'attraction d'un i, avaient encore en provençal une autre forme, incontestablement sèche, en etz. C'est celle-là qui, réduite à è, est restée usitée chez nous.
* Parce que ces rimes larges proviennent d'e latins en position et que, gomme nous l'avons vu précédemment, e en position, quand il se diphthoncue, devient te, tandis que la diphthongaison normale de e'est ei.
Mejer suppose que c'est par erreur, et il fonde son opinion sur ee que, des mots en en, cités par le Donat, qui ont survécu, deux seulement, cren et bren, sont fermés (étroits) dans le provençal moderne, et que les autres sont ouverts. Mais cette diiférence qu'il constate, dans ce dernier idiome, entre cren et bren d'une part, et de l'autre entre jazen, luzen, saben, etc., n'existe pas eh limousin, du moins à Nontron. Cela permet d'admettre que l'erreur supposée par M. Paul Mejer n'a pas eu lieu, et que, dans le dialecte d'Hugues Faidit, ou dans le dialecte prépondérant de son temps, le limousin par hypothèse, en final était en effet toujours étroit.
0, dans l'échelle des sons, est placé entre a et ou, comme e entre a et i. Mais, tandis que 1'^ passe assez fréquemment à Va, ce renforcement est pour l'o tout à fait exceptionnel. On s'expliquera cette différence si l'on se rappelle ce que nous avons dit, en traitant de la quantité, de la double manière d'être de Ve, qui le fait souvent se comporter comme les voyelles grêles. L'o, dont la nature est plus franche, suit, au contraire, constamment la loi des graves, et tend conséquemment toujours à descendre, c'est-à-dire à s'affaiblir, soit en s' allongeant, soit en se transformant. C'est à ou, dans ce dernier cas, qu'il passe le plus souvent ; mais l'affaiblissement s'arrête quelquefois à u ou même à eu.