I. — 0 tonique
A. — 0 en position est resté o. Ex. : boscum, bô ; — sorba, sorbo ; — corpus, cor ; — grossa, grosso; — portât, porto.
Il n'y a d'exception systématique que pour l'o en position devant m ou n, c'est-à-dire pour l'o nasal, qui est constamment devenu oun. Ex. : frontem, froun ; — somniim, soum ; — longum, loun ; — monstrum, mounstre.
Cet affaiblissement, qui dans le provençal moderne est rare et exceptionnel, était déjà général, du temps de Hugues Faidit,
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dans le dialecte littéraire. On voit, en effet, par le Donat provençal, que Yo nasal devait se prononcer dès lors, le plus souvent, comme You nasal, c'est-à-dire oun, nouvel indice de la conformité phonique de notre dialecte avec la langue classique *.
B. — 0 bref persiste ordinairement, mais en s' allongeant, s'il reste pénultième. Ex. : rota, rôdo; — scola, eicôlo ; — demorat, demôro; — oleum, ôli; — locat, lôjo.
Exceptions :
a. — Il devient io :
1° Devant c final, et c tombe. Ex. : focum, foc, fio ; — locum, loc, Ho; — jocum, joc, jio ;
2° Devant v. Ex. : bovem, bov, biàu; — novum, nou, niôu; — nova, nova, niôvo.
b. — Il devient we, s'il est en position devant c, ou s'il est bref et qu'un i se trouve dans la syllabe suivante. Ex. : coc-
' V. page 54 de la 2" édition. — Les mss. du Donat provençal ne sont pas d'accord à l'égard de ons. Le plus ancien des deux mss. de Florence (n» 187) classe toui; les mots de cette désinence, rapportés dans l'ouvrage, sous la rubrique ons larg. Le plus récent, au contraire (n° 42), les range tous sous la rubrique ons estreit ( = oun, comme M. Paul Meyer l'a démontré), excepté dons et les noms propres Amons, Gions, Fizons (tous les quatre sans représentants actuels en limousin), qui seuls pour lui sont larges. M. Paul Meyer, dont l'unique terme de comparaison et le seul instrument de critique est ici le provençal moderne, croit à une confusion de la part des deux copistes, entre on {larg} = on et on (estreit) == un. Pour moi, qui naturellement n'attribue pas au limousin, dans cette question, une moindre importance qu'au provençal, et qui m'en sers de préférence pour contrôler le Donat, je suis porté à ne voir de confusion que dans le ms. 187, et je la lais consister, non pas en ce que ce ms. a réuni sans distinction dans la même liste des mots en on et en un originaires, tels que fonl'^fontem d'une part, et seyond r^secundum de l'autre, mais seulement en ce qu'il n'a pas mis à part, comme le ms. 42, les quatre mots plus haut cités, en leur réservant la rubrique ons larg, qu'il impose à tort à toute la liste. 11 me semble que le ms. 42, par cela seul qu'il distingue deux catégories de rimes en ons, offre sur ce point plus de garanties d'exactitudo que le ms. 187, et que celte seule circonstance devrait faire exclure, on ce qui le touche, l'hypotlièse de M. Meyer, quand bien même la prononciation actuelle du limousin ne confirmerait pas si parfaitement ses indications.
tum, eue ; — eoeta, eueeho ; — octo, ue ; — eorium, euer. Souvent ^^ se transpose, et la triphthongue uei en résulte. La même chose a lieu quand le c se vocalise. Ex. : hodîe, uei; — in odio, einuei; — coxa, cueisso ; — oc(u)lus, uei. — La triphthongaison se fait en ouei si, après le déplacement de Yi, la voyelle finale reste en place*. Ex. : *bodina, boueino ; — foria, foueiro.
0 bref ou en position devient aussi eu, qui est, comme on sait, dans l'ancien français, l'équivalent de ue. Ex. : folia, fuelha, feulho. Cette mutation est constante dans les verbes où Vo radical atone s'est changé en u. Ex. : surtî, seurte; — jugâ, jeugue, — durmî, deurme. Il faut excepter ceux où Vu est nasal. Dans ceux-ci, cette voyelle ne se modifie pas, notre dialecte n'admettant pas Veu nasal. Ex. : *impromptuare, emprunta, emprûnto ; — de même le substantif emprûn, dans la vieille langue, emprumpt.
L'e tonique suppléant o, que l'on rencontre quelquefois, mais plus souvent dans le haut Limousin qu'à Nontron, n'en provient pas immédiatement. Ce n'est qu'un résidu de la diphthongue ue. Ex. : noctem, nuech, nue et ne.
c. — Devant n, Ô devient ou, et reste nasal si n est final. Ex. : bonum, bon, boun; — sonum, son,soun; — bona, boûno; — tônat, toûno. — Il persiste quelquefois, mais très-rarement et seulement s'il est pénultième. Ex. : sonat, sôno, que l'on dit aussi souvent soûno.
G. — 0 long devient ou, en s' abrégeant toujours, sauf en finale devant / et s. Ex. : corona, couroûno ; — tolum, tôt, toû; — rationem, razo, razoû; — hora, oûro ; — sola, soûlo ; — solum, sol, sou; — amorosa, amour oûso; — amorosum, amoros, amouroû; — nos, noû; — mansiones, maisos, meijoû.
Dans l'ancienne langue, tous les mots en iosus, a, um, et un grand nombre de ceux en tio, sio, au lieu de rejeter Yi, comme razo, cité tout à l'heure, l'avaient conservé. Cet i s'étant uni en diphthongue avec Yo suivant devenu ou, et ayant dès lors,
* Parce que alors l'a, s'allongeant selon la règle, est traité comme s'il était long d'origine, c'est-à-dire comme s'il était devenu ou. Or, en se diphthonguant avec t , ou devient ouei, comme o devient uei.
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suivant la règle, pris la prépondérance, a fini, après l'avoir dépouillé de son accent, par Téliminer complètement. Ex. : passionem, passios, passt ; — curiosus, curios, curî. Nous reviendrons là-dessus quand nous traiterons des vicissitudes des diphthongues.
Cette mutation en om, tant de Yo tonique que de Yo antétonique, dont il va être question tout à l'heure, était déjà accomplie dans la langue classique, ainsi que M. Paul Meyer l'a, à notre avis, parfaitement démontré, en prouvant que Yo qualifié estreit par le Donat provençal devait se prononcer ou.
IL — 0 après la tonique
L'o final atone, dans le dialecte limousin comme dans la langue classique, est toujours tombé ou s'est changé en e (ei). Ex. : lupos^ lobs, loû ; — presbyteros, pestres, pêtrei.