‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 15 sur 119 · I. — / tonique · texte numérisé non relu

I. — / tonique

A. — / bref ou en position est devenu e (changement déjà

PHONETIQUE 37

accompli dans l'ancienne langue d'oc *). Ex. : inter, entre , — simulât, sembla ; — sine, sert; — fmus, fem; — tingere, tènhei;

— siccus, se ; — frictat, frëto ; — jyira, përo ; — bibo , bêve; — vidua, vëvo ; — piper, pëbre ; — plicat, plêjo.

Exceptions : / est resté i :

1° Très-fréquemment devant n. Ex.: minus, min; — lingna, lingo; — spinula, eipinglio; — tinea, tinho; — lineum, linge; — simius, singe. — On s'expliquera cette exception si l'on se rappelle que le voisinage de n est souvent pour les voyelles une cause spéciale d'affaiblissement '. Ici, à la vérité, Yi n'est pas affaibli ; mais il est arrêté, pour ainsi dire, dans son essor naturel et empêché de se renforcer, ce qui au fond est la même chose ;

2° Dans un certain nombre de mots qui paraissent de formation populaire, et dont les analogues changent régulièrement ^ en e. Ex. : villa, vilo ; — vitium, vice ; — liber, libre; — tristis, triste , à côté de illa , elo ; — pigritia , paresso ; — piper, pebre ;

— m^ista, leito (ei = es) ,

3" Constamment, lorsqu'une autre voyelle vient à le suivre immédiatement. Ex.: via, vio ; — invi{d]ia, envio ; — ligat, Ho; ce qui s'explique d'autant mieux que, en pareille^position, Ve lui-même passe kVi. (Ex.: mea, mio.)

Lorsque l'e était suivi en latin, ou immédiatement de et, gd, gt, ou médiatement d'un autre i, il est devenu fréquemment ei dans la langue classique. Ex. : sitis, seit; — piscis, peis ; — frig{i)dus, freit ; — directus (drictus), dreit. — Ce changement de i en ei a dû être consécutif de sa mutation en e.; D'ailleurs,

* Il importe, pour \'i plus que pour toute autre voyelle, de bien distinguer des mots de formation populaire, auxquels seuls s'applique la règle, Tes mots de formation savante , à cause du très-grand nombre de ces derniers qui proviennent de mots latins en i pénultième ou antépénultième. Dans ceux-là, qu'ils existassent déjà dans la langue d'oc classique ou que nous les ayons empruntés au français, \'i bref ou en position est resté i. Tels sont avariço, justiço, et beaucoup d'autres, comme abile, facile, légitime, dans lesquels même Vi était atone.

' Ainsi an iinal devenu en, en ouvert rendu fermé, on devenu oun.

8(t PREMIERE PARTIE

la plupart des mots où on le constate avaient en même temps une autre forme en e sec. Tels sont ceux où la diphthongaison fut la conséquence de la vocalisation de ^ ou de c devant une dentale. Ce sont ces formes sèches que notre dialecte a gardées, par exemple se (sitim), fre (frigidum), dre (drictum). Quant à peis, qui n'avait du reste que cette forme , il la conserve dans le diminutif joe?«ssoM, aujourd'hui seul usité.

B. — / long persiste, mais il s'abrège :

1» S'il est pénultième entre deux consonnes, excepté dans les infinitifs en ire. Ex.: privât, prïvo ; — glirem, lîro; — mica, mïjo ; — spina, eipïno; — audita, ôuvïdo ; — filia, filho ; — pila, pïlo; — crimen, crime; — mais scribere, eicrîre; — dicere, dire, etc. Il reste encore long dans un petit nombre de mots dont les analogues s'abrègent. Ex. : fica, fîjo; — vimen, vîme;

2° S'il est devenu final, dans tous les mots où la consonne qui le suivait n'était ni s, ni r, ni /, ni v. Ex.: vinum, vï; — auditum, ôuvï; — nidus, nï; — picus, pï; — mais filum, fî; — rivum, rî; — sentire, sentî.

Il reste long lorsqu'une voyelle atone le suit immédiatement et que la synérèse n'a pas lieu. Dans ce cas même, il projette en quelque sorte au-devant de lui une partie de sa substance pour en composer sa semi-vojelle (y), qui s'interpose ainsi entre lui et la finale. Ex.: Maria, Marl-yo. C'est de la même manière qu'a été traité Vie de la plupart des mots français de cette désinence que nous avons adoptés. Un y a pareillement été introduit entre la finale et Vé ou Vu tonique, dans les mots en ée et ue de même origine que nous nous sommes appropriés. Ex. : épée, eipêyo; — marée, marêyj; — morue, morûyo.

1 long est devenu exceptionnellement e dans un petit nombre de mots. Ex.: quiritat, credo; — crinem, cren.

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