‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 24 sur 119 · IV. — Addition de voyelles · texte numérisé non relu

IV. — Addition de voyelles

A. — Prosthèse. — La langue d'oc, comme celle d'oil, avait préposé un e à tout s latin initial, suivi d'une autre consonne (sauf ordinairement c doux.) Ex.: scala, escala; — scribere, escriure, etc. Nous en faisons encore autant de tous les mots commençant de même que nous empruntons au français, tels que statue, scarlatine, etc. — Ces derniers se distinguent, en général, des mots où l'addition de Ve est le fait de l'ancienne langue, en ce que Ves initial n'y devient pas ei, comme dans ceux-ci.

Conduits, comme l'ancienne langue l'avait été elle-même dans certains cas*, par une fausse analogie, nous préposons la diphthongue «à quelques mots qui ne commençaient, ni en latin par s suivi d'une autre consonne, ni en provençal par es. Ex. : eimirai = miralh, eiranho = (a)ranha. Ce dernier exemple est remarquable en ce qu'il nous montre la prosthèse compensant une aphérèse antérieure. Ce qui prouve qu'il en ' est bien ainsi, et qu'il ne faut pas supposer ici une mutation de l'a originaire en ei, c'est que les deux formes ranho et eiranho sont concurremment usitées.

Outre la prosthèse systématique de e, le provençal en présente un petit nombre d'autres qui ne sont qu'accidentelles. Telle est celle de a dans agla7i('=glandemj, aujourd'hui chez nous aglian Nous disons de même agoulé -pour g oulé {= go letj, alimâ pour lima (= limac), qui restent d'ailleurs également usités.

Notre dialecte prépose i, ou plutôt la semi- voyelle y, à la

' Ex. : escorsa {corticem), aujourd'hui, chez nous, eicorso.

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diphthongue ou, dans yôu = ovum, et, quelquefois aussi à Vu et à Ye, par exemple dans yun, yunlâ, yueif= unum, ululare, hodie) eiyeilo(=illa). Ces dernières formes sont très-communément employées dans des localités voisines de Nontron, au nord, à Test et à l'ouest ; mais, à Nontron même, on préfère celles en m et en e purs.

B. — Épenthèse. — Il faut distinguer quatre cas:

a. — Entre deux consonnes . — Notre dialecte n'aime pas les concours de consonnes. Aussi insère t-on volontiers, surtout dans les campagnes, une voyelle sourde, e le plus souvent, entre deux consonnes consécutives, lorsque le couple n'a pas été réduit à l'unité par l'élimination ou la vocalisation de la première, ce qui est le cas le plus ordinaire. Ainsi on dit ademetre pour fr. admettre.

L'épenthèse se produit même quelquefois entre une muette et une liquide. C'est ce qu'on voit dans chambarièro (= fr. chambrière)^ qui est la forme correcte et universellement employée de ce mot.

b. — Entre deux voyelles . — L'ancienne langue introduisait déjà dans beaucoup de mots un e entre Vi et Vu (= ou) de la diphthongue iu, d'où résultait la triphthongue ieu. Cette insertion est générale aujourd'hui, et depuis longtemps sans doute, dans plusieurs dialectes de la langue d'oc, non-seulement entre i et ou provenant de u {v, l), mais encore entre i et ou provenant de o . Elle ne se remarque ni à Nontron, ni dans le haut Limousin, mais elle a lieu communément en bas Limousin. Ex.: rivum, riu, rieu; — passionem, passio, passieu. C'est peut-être de ces formes en ieu que dérivent, par réduction, les formes nontronnaises en eû = iu ou io signalées ci-dessus, pag. 49 et 50.

c. — Entre une voyelle et une consonne. — En bas-limousin, on insère constamment un a entre iï et 1'/ du groupe il, soit final, soit intérieur, que Vi soit originaire ou qu'il remplace un e, ce qui est fréquent, cette mutation, rare à Nontron, étant, au contraire, très-ordinaire à Tulle. L'«7 ainsi inséré

forme diphthongue avec V i, et, si celui-ci portait l'accent, il le le lui dérobe ; mais, lorsqu'il le perd à son tour, par suite des accidents de la flexion ou de la dérivation, il s'afib-iblit en e ou en 0. Ex.: villa, vialo ; — Stella, estialo; — cœlum, cial; — filum, fiai; — filare, fielâ; — efiolai^v. effilé).

Le parler de Nontron n'a reçu que deux de ces formes en ial[=- eloxx il), qui se trouvent si nombreuses en bas-limousin* : c'est pial [pilum] et mial {meli), que nous prononçons piau et miau, VI finale se vocalisant toujours chez nous après une voyelle. Mais, dans les contrées du Périgord et du haut Limousin qui avoisinent la Corrèze, par exemple à St-Yrieix et à Excideuil, ces formes sont très-communes. Seulement là, comme chez nous dans mial et pial, Yl se vocalise.

Rappelons ici que le même phénomène, je veux dire l'épenthèse de l'a, a lieu aussi en langue d'oil entre Ve et F/ du suffixe ellum. De là les formes telles que beal, casteal, d'où en français beau, château, en poitevin beâ, clidteâ, en saintongeois bid, chatid, l'/qui s'est vocalisée en français étant simplement tombée dans les deux autres dialectes*.

On remarque dans un petit nombre de mots l'insertion d'un u après a. Ex. : malautru (pr. malastruc); — pauto (fr. patte). Ajoutez les deux mots de l'ancienne langue lauzert {lacerta)^ réduit chez nous à luzer, et mausti ( = fr. matin), qui ne se dit chez nous que mdti.

d. — Entre une consonne et une voyelle. — C'est en pareil cas un i, mais plutôt Vi consonne que ^^ voyelle, qui s'introduit. Cette insertion est de règle devant 6 tonique suivi de c ou de

* Ces formes sont également exceptionnelles dans la langue classique. Nouvelle preuve de la correction, déjà plusieurs fois signalée, du parler nontronnais.

^ Ce sont là des espèces de gunas inverses, c'est-à-dire où Va, au lieu d'être préposé à la voyelle qu'il doit renforcer, est inséré à sa suite. Le même phénomène se remarque en roumonsche (ex. : Mal = hélium (fr. beau)) et en roumain (ex.: viatza == vita). Dans quelques variétés du poitevin, par exemple le parler des Sables, on insère régulièrement un o devant Ve de plusieurs mots et non à la suite. Ex. : haé — hé ( hene) ; — aest "^ est; — laes = les. C'est le vrai gtma.

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V. (V. ci-dessus, page 33.) Ex.: locum, lio; — novum, niôu. Elle l'est encore après cl ou gl devant a, e, o. (V. ci-après, Consonnes, à l'article du C, II, C.)

Accidentellement Vi s'introduit encore dans quelques autres mots, devant o final atone : boueitio (fr. boîte) ; — coueitio (fr. couette] ; devant e : texere, teisser, tieissei; — tepidum, tebe, têbie. Ici comme tout à l'heure Fiinséré est plutôt Vi consonne que Yi voyelle. Dans tous les cas, tio, bie, tie, ne forment respectivement qu'une sjllabe.

Remarque. — Les mots tels que biôu, fio, etc., c'est-à-dire ceux en ou. . ou 6c. . originaire, avaient, dans l'ancienne langue, une autre forme, où c'était non pas Yi, mais Yu, qui s'était introduit : buov, fuoc. Je ne sais à quel dialecte appartenait plus particulièrement cette forme. On la constate aujourd'hui dans plusieurs, mais elle est étrangère au limousin.

Les mots en oc. . en avaient encore une autre résultant de l'insertion de Yu et de la mutation simultanée ou consécutive de Yo en e : luec, fuec. C'est de cette dernière que dérive par réduction la forme en e que revêtent ces mots en haut et bas limousin ( fe, /e), mais que la variété nontronnaise ne connaît pas.

C— Paragoge. — Il n'y a guère en limousin, non plus que dans la langue classique, de voyelles paragogiques proprement dites, c'est-à-dire qui soient purement adventices et dont l'adjonction n'ait d'autre but que de satisfaire à un besoin d'euphonie. Sauf deux ou trois exceptions (ma mémoire ne m'en fournit qu'une, peut-être unique : coumo = cum ( fr. avec), toutes les fois qu'on a ajouté une voyelle à la fin d'un mot, c'a été dans une intention grammaticale et afin de lui rendre une flexion perdue. C'est ainsi que am, formé de amo, est ensuite devenu ami, chez nous aime.

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