‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 27 sur 119 · I. — G initial · texte numérisé non relu

I. — G initial

(7 initial devient; ou en prend le son devant a, e, i. Ex.: galbinum, jaune ; — gaudia, jôyo ; — gemere, gemî ; — gentem, gen. Devant 0 et m et devant r, il reste dur. Ex. : gurges, gorjo ; — gobionem, gouyou ; — grana, grâno. Devant / il reste également dur, mais en attirant un y pour former la combinaison triple glh. Cette transformation de gl en glh n'a lieu que si la voyelle suivante est a ou e. Devant i, 0, u et ou, le groupe reste binaire.

IL — G intérieur

A. — (7 intérieur devient /devant a*, e, i. 'Ex.'.riga, rega, rejo; — sanguisuga, sansujo ; — pur gare, purjâ; — gurges, gorjo ; — légère, legî. Entre deux voyelles, il tombe quelquefois. Ex. : ligamen, Itam; — ruga, rua, ruo; — rogationes, roazos, razoû. Son maintien à l'état de g dur est exceptionnel. Ex. : singultus, sangu.

B. — G, comme c, devient souvent y. Nous allons passer les divers cas en revue.

a. — G entre deux voyelles. — Il devient y et reste tel pourvu qu'une voyelle continue à suivre. Mais cette mutation, en pareille position, n'est pas fréquente. Ex.: plaga., plâyo ;— saga, sâyo ; — * faga {fagus), fâyo ; — frigorem, frayour.

Si la voyelle finale tombe, il se vocalise entièrement et s'unit en diphthongue avec la voyelle précédente. Ex. : regem, rei ; — legem, lei; — propago, proubai. Citons encore esmai (du germanique magan), mot de l'ancienne langue tombé chez nous en désuétude ', bien que nous ayons conservé le verbe correspondant eimajâ.

b. — Gl. — Gl, de même que cl, devient Ih (== ly) entre

* Voir, pour l'ancienne langue, la note 2 de la page 62. ' Il doit subsister encore à Limoges, cat on le trouve dans Foucaud (eimai.)

deux voyelles dans velhâ = vig{î)lare, calhâ = coag{u)lare. Plus ordinairement le g de ce groupe se borne, comme en initiale, à attirer un y pour former la nouvelle combinaison glh. Ex.: reg[u]la. reglho ; — segale, seglhe. La même chose a lieu après une consonne. Ex.: singularis, singlhar ; — strangulare, eitranglhâ.

c. — Gr. — Le g de ce groupe s'est vocalisé dans enteira {intégra), en haut et bas limousin entieiro ; mais cette mutation est exceptionnelle. Ordinairement gr reste gr. Ex.: nigrum, nègre ; — migrare, migra.

d. — Gn et ng. — En pareille position, le g devient régulièrement y et s'unit à Tn pour former la consonne composée que nous appelons n mouillée et que les Catalans figurent précisément ny. Nous avons déjà averti que nous adoptons pour ce son complexe la figuration w^, qui est la plus ordinaire dans l'ancienne orthographe de la langue d'oc. Ex. : pugnare, pounhd; — sang{ui)nare , sannhâ; — jungere, junhei; — tingere, tênhei; — plangere, plânhei.

Lorsque, la voyelle finale latine étant tombée, nh [ny) vient à terminer le mot, au lieu de maintenir au n de ce groupe le son mouillé qu'il gardait, souvent du moins *, dans l'ancienne langue, nous transposons Vy, qui se vocalise alors entièrement et s'unit avec la voyelle précédente en une diphthongue qui devient nasale. Ex.: longe, lonh, louen (= loin);

— pugnum, ponli, pouen {=poin). La même chose a lieu, bien entendu, du nh final de toute origine.

En bas limousin, du moins à Tulle et aux environs, le g de ng, au lieu de passer à Yy devant e, devient simplement J selon la règle générale, ^x.: jungere, jounje ; — plangere, planje;

— cingere, cenje. Dans la même contrée, le g de gn s'assimile à w. Ex.: sonna = sang{ui)nare ; — sinna = signare ; — sinne = signum. Cela arrive quelquefois aussi en haut limousin, par exemple pour les deux derniers mots cités.

* Tous les mots en nh final ont aussi une autre forme en in, témoignage de deux prononciations différentes, Tune conforme à la crononciation actuelle du limousin, l'autre analogue à celle des Catalans.

C. — G, de même que c, disparaît quelquefois devant une consonne ou en finale, en laissant à sa place un u qui se diphthongue avec la voyelle précédente. Ex.: sagma, saumo;

— teg{u)lum, teule ; — smaragdus, maragde et maraude ; — fagum, fau. Ces deux derniers mots sont aujourd'hui inusités*. Pour /aw, on dit seulement fâyo ou fayô.

D. — Changeant de famille, dans la même classe et le même degré, g deviendrait d. L'ancienne langue d'oc offre quelques exemples de cette mutation, tels que erdre = eng(e)re. Mais on ne peut, je crois, la constater en limousin moderne que dans des mots empruntés au français, où l'on sait qu'elle est trèsordinaire devant r.

Y (/ latin ou i consonne )

Le y latin, en initiale, s'est renforcé en /. Ex.: jacere, jaire;

— jocurn, jio ; — juvenca, junjo . Entre deux voyelles, il a conservé le son primitif, en se vocalisant complètement dans les cas où il devient final. Ex. : troja, trôyo ; — j>ejus, piei. Après une consonne, même quand cette consonne est tombée, il se renforce en/. Ex. : *adjuxtare, ajostar, ajouta; — subjectum, subjet, sujié.

LH consonne, dans la plupart des mots où il reste fluide à Nontron et, en général, dans le haut Limousin et le Périgord limousin, se condense en / dans le parler de Tulle. Ceci est à rapprocher de ce fait signalé plus haut que le g, dans la même contrée, ne se fond pas en ?/, comme chez nous, après n, plangere, par exemple, y éta.nt p lange et non planhe. Ex.: radiare, raya, rajâ; — *habiamus, ayam, ajam; — pluvia, plueia {t^t.), plejo ; — troja, trueia (pr.), îrejo*; — esglayar (pr.), eiglayâ, eglojâ; — tutiâ {tutoyer), tujâ.

On connaît la mutation, si ordinaire en français dans la prononciation de beaucoup de gens, de Ih en y (Ex.: paye = paille, bouyi =■ bouilli). Elle n'est pas rare en bas limousin, comme on

' Fau existe encore en bas limousin.

«A Nontron. on dit seulement flôvio et trôyo, qui représentent des formes dont la voyelle radicale ne s'était pas diphthonguée.

PHONETIQUE 71

le verra plus loin. La mutation inverse se remarque dans boulhôu, forme qu'a prise chez nous le pr. boyolh (= moyeu, jaune d'œuf) .

Remarquons, avant de terminer, que Yy^ quelle qu'en soit la source, reste chez nous mieux limité qu'en français, où il déborde presque toujours plus ou moins sur la voyelle précédente pour la diphthonguer en i. Ex. : payer (prononcez paiyer), pa-yâ; — ennuyer (pron. ennui-yer), einou-yâ; — éloigner, eilounhâ ; — saigner, san-nhâ.

Ch, J

Ch et /, d'où qu'ils proviennent, passent toujours à Nontron, je l'ai déjà dit, dans la famille des dentales, ch s'j prononçantes^ et y, dz. Il en est de même dans le reste du Périgord et en bas Limousin. Mais à Limoges et en général dans le haut Limousin, ces consonnes, tout en s' adjoignant une dentale, restent principalement palatales. On les prononce tch et dj, le t eile d devenant même en quelques endroits à peine sensibles. — Dans certaines parties de la même contrée, par exemple St-Junien et les cantons voisins de la Charente, on les mouille ou pour mieux dire on les empâte d'un i consonne. Ex. : tchiâsso = chasse ; — djiamai --= jamais. J'ai déjà fait cette observation au chapitre premier du présent ouvrage .

Ch et ;, étant respectivement égaux à ^s et à dz, sont susceptibles de se réduire à l'un ou à l'autre de leurs éléments. La réduction àe ch kt et celle de ; à d, surtout cette dernière, sont assez fréquentes dans le bas Limousin. Mais c'est presque toujours, sinon exclusivement, devant i qu'elles ont lieu. Ex.: tiche = chiche ; — tivôujâ = chivôujd {chevaucher) , — dimo == jemo (poix) ; — dinhoû = ginhoû {ingeniosus) ; — dondié =■ dangiê ; — ledi = legi {légère). La variété nontronnaise ne connaît pas de semblables formes. En haut limousin on en rencontre exceptionnellement quelques-unes, par exemple duchâ == fr. jucher.

La réduction de ch k s et de ; à 2 n'a lieu nulle part, à ma

connaissance, d'une manière caractéristique. Elle doit tenir, quand elle se produit, à un vice individuel de prononciation ou à la prétention de parler fin, comme disent nos paysans. Je relève pourtant dans le Dict. de Béronie les formes messan, mousso, quesso = meichan, moûcho, cuêcho, qui prouvent que la mutation de ch en s s'est opérée communément dans quelques mots, en bas limousin.

DEUXIEME SECTION. — dentales

\. — T initial

T initial reste ^ selon la règle générale : ^a6«7a, taulo; — tradere, trahi. Exceptionnellement il a passé, comme en français, à la gutturale de même degré (ce qui est un renforcement) dans cremer = tremere, dont nous n'avons plus que le substantif verbal crèmo *.

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