‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 29 sur 119 · II. — D intérieur · texte numérisé non relu

II. — D intérieur

A. — Tandis que t entre deux voyelles ne fait que s'affaiblir en d, d en la même position tombe le plus souvent. Ex.: * fodire , foueire ; — medulla, meûlo; — sudare, sud; — média, mieia, mia ; — fidare, fid; — bodina, boueino ; — podium, puei ; — nodare, noua. Cette chute avait déjà eu lieu dans Tancienne langue, car les mots où nous la constatons ont généralement deux formes dans les vieux textes, Fune où c? a disparu, l'autre où il s'est maintenu, pur ou transformé en z.

D est encore tombé quelquefois par exception entre n et une voyelle. Ex. : prendere, prenei ; — respondere, reipounei ; — emundare, emouna (bas lim.). — Par une exception inverse, d, entre deux voyelles, a persisté dans quelques mots tels que tj'ido (fr. grive), qu'on dit aussi trio. Son maintien est de règle entre une consonne et une voyelle ou entre deux consonnes. Exemples : tardare, tarda : — secunda, segoundo ; — exscindere, eicendre ; — ordiri, urdî ; — *tundire (tundere), tundî.

B. — Entre deux voyelles ou entre n ou retune voyelle, d devenait régulièrement z dans plusieurs dialectes de la vieille langue. Les mots où cette mutation se rencontre sont fort rares chez nous. On peut citer tarzâ et lenze, qui se disent concurremment avec tarda et /en('fe(lat. lendem). De même guizaubo à côté de vidaubo (vitis albaj. Ajoutons beneizî (benedicere) et la plupart des formes de creire (credere) et de veire (videre), dont le d, vocalisé à l'infinitif, reparaît transformé en z au présent de l'indicatif et aux temps qui en dérivent.

C. — Presque toujours, les voyelles que le d séparait se sont unies en diphthongue après sa chute. Mais, dans plusieurs mots, elles sont restées distinctes. Alors l'aspiration s'est introduite entre elles, et, ou elle est restée pure {ôubahî =:= obedire; trahi =.*tradire), ou bien elle s'est fortifiée en attirant à elle l'élément labial (6) qu'elle aime à s'adjoindre, et

\inv{= b -\- h) en est résulté '. Exemples : *gaudire, jôuvî; — *alaudetta, lôuveto. Cette substitution du v au d, en de pareils mots, est fort ancienne. Elle remonte même, selon toute apparence, au premier âge de la langue, car on la constate dans le poëme de Boëce et dans d'autres textes qui ne sont guère plus récents *. Je crois qu'il faut la considérer comme un indice, ou du moins comme une forte présomption de l'origine limousine de ces textes.

D. — D intérieur s'est exceptionnellement renforcé en t dans un petit nombre de mots. Ex. : virida, verto, qu'on dit aussi et mieux verdo ; — pr. pedassar, petassâ; — profunda, prigounto ; — unde, ounte.

E. — De même que le t, d peut aussi passer aux gutturales. C'est après une voyelle et devant une liquide que cela lui arrive. Ex. : cathedra, chadiegro. Il s'arrête au g dans cet exemple, peut-être unique ' ; mais en règle générale il va, comme le ^, jusqu'à Vi. Ex. : quadrare, queirà, — videre, veire; — credere, creire; — sedere, sieire *. Ajoutons nouei (hautlim.) dérivé de nodulus. comme viei de vetulus par veclus, moyennant une forme *noclus, prouvée d'ailleurs par l'italien nocchio (Cf. occhio de oculus.)

' C'est de la même manièro que *potere, en français, a donné pouvoir.

' Boëce, V. 23, auvent (audientes); — Trad. de l'évangile de saint Jean (fragment publié par Hofniaim et Fr . Michel et reproduit par Bartsch, Chrestomathie, col. 7 à 16), auvida, auvisz, auvii, auvirâ. esjauviraz, jauvirà, esjauvirâ; — Anciennes poésies religieuses, pub. par Paul Meyer, Confession, v. 40, hauvir [audire). — D'autres faits, que ce n'est pas iei le lieu de détailler, se joigaent à la présence de ces formes en r ( = 3 = d ) pour me déterminer dans l'attribution que je crois pouvoir faire au dialecte limousin des textes mentionnés dans la présente note. Je r-eviendrai d'ailleurs sur es sujet, dans un travail que je prépare sur le poëme de Boèce.

3 On dit aussi chieiro, où le d de cathedra, selon la règle générale, s'est complètement vocalisé.

* Bas lim. — Ce mot est inusité à Nontron, où l'on dit seulement sietd.

PHOMÉTIQUa 77

F. — Relevons ici quelques autres mutations , rares ou uniques : i° en // cicada, cigala, cigalo. C'est par un pareil changement qu'on appelle en bas limousin pielali ce qu'on dit à '^ouivoii peladî (pelure, spécialement de châtaignes) ; — 2° en nh : incudem, enclunhe. La mutation normale serait en n pur. Cf. fr. ornière =^ or dièr e ; — 3° en m ; vado, vau; — crédit, creû. Cf. pr. raure à côté de i^ire, dérivés Fun et l'autre de radere. On voit par là que le d, de même que les gutturales, peut se vocaliser également en u et en i. Rappelons que cette mutation de d en M est, comme aussi celle de t, très-fréquente en catalan ; c'est un des caractères distinctifs de ce bel idiome.

Remarque.— Le t et le d, intérieurs ou en initiale, quand ils sont suivis d'un i ou d'un u, aiment à se doubler, dans le parler du bas Limousin, spécialement de Tulle, d'un i consonne, qui parfois reste tel, mais qui le plus souvent se condense en ch, /, s ou 2 *. Ex. : tyu, tchu, tsu=tu ; — partyi, partsi=partir ; — Ichialo, tsialo = tela; — poudzio=poudio {*potebat); — redzu ■= rendu (redditum) ; — modzur = maturus ; — coumedjio = comœdia ; — estyudio = studia ; — estchimo = fr. estime.

l. — S initial

iS initial reste s. Exceptionnellement, il est passé à l'explosive correspondante de sa famille dans terigô = serigot de l'ancienne langue, qui se rattache à sérum.

' Ces sortes de prononciations sont inconnues à Nontron , où l'on articule le t et le d, devant 1'/ comme devant Vu, avec une parfaite netteté. Mais un peu plus haut, vers Piégut, on insère quelquefois Vi consonne devant u, disant |)ar exemple tyuâ =■ fr. tuer. Le t, dans cette combinaison, a déjà complètement perdu sa qualité de consonne explosive, ■ t l'on s'explique très-bien, quand on l'entend prononcer dans de pareils mots, comment le ti des syllabes latines tia, tio, tiu, certainement dur à l'origine, a pu devenir, selon les lieux, dz, tch, ts o\i s. — Notons ici que, comme le bas-limousin, la langue valaque ou roumaine change t en ts et d en dz devant i .

Page 1