‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 37 sur 119 · I. — L initial · texte numérisé non relu

I. — L initial

En règle générale, il reste /. Il est devenu r dans roussinhôu = * lusciniolum (mais la mutation remonte probablement au latin vulgaire), et n dans ne.ntilho=^v. lentilha, et quelques autres mots.

En bas limousin, / initial devant i se fond quelquefois, comme cela arrive souvent à la même consonne dans le corps et à la fin des mots, en un i consonne. Ex.: yinge =z linge; — yibertâ = libertâ. Lorsque Vi dont 17 est suivie précède luimême une autre voyelle, il se confond avec Vy provenant de la fusion de 17. Ex. : youn =iioun ; — yé = lié (lectum).

IL — L intérieur.

A. — Entre deux voyelles, / reste ordinairement /. Mais quelquefois il permute, comme en initiale, avec r ou avec n. Ex.: lilium, iiri; — miular, miôunâ; — calyculum (?), calelh*, chalet à Nontron , à Limoges chonei; — fr. caleçon, canessou.

Nous avons vu tout à l'heure r passer au t. C'est, je pense, moyennant une mutation semblable de 17 cie Fallem. schale

' Ce mot n'est ni dans Raynouard, ni dans Rochegude, mais il est mentionné, parmi les rimes en elhz estreit, dans le Donat provençal .

qu'il faut expliquer le mot eichato (pr. escata) = fr. êcaillp (anc.fr. escale)^.

B. — Entre une consonne et une voyelle, /, en général. reste /, sauf à former, s'il j a lien, avec la consonne, la combinaison double Ih ou Tune des combinai>;ons triples clh ou glh (voir ci-dessus, section P*" du présent chapitre). Ex.: tar b(u)la, taulo; — placere, plazei ; — clavis, clhau; — ungfujla, ounglho; — sit(u)la, selho.

Il est devenu r dans freûle = flebilis, et dans brussî = * blusire i^ouv *bulsire^. Titre, chapitre, apôtre, où la même mutation a eu lieu, sont des mots empruntés au français ; peut-être aussi vôutrâ {*vol(ula7'e), bien que la présence de la diphthongue me porte à considérer plutôt ce dernier comme indigène.

En haut Limousin, /, après r, permute avec n dans perno = perla (à Nontron perlo).

C. — Entre une voyelle ou une consonne, /, à moins qu'il ne se transpose (voir ci-après, chap. VI) se vocalise en u, ou il tombe. Il se vocalise après les voyelles graves ^ (a, e, o], il tombe après les voyelles grêles' {i, u, ou). Ex.: salvia, sauvio; — altare, ôutar ; — melsa {pr.)., meûsso; — esfelnir (pr.), ei-

' La mutation normale serait en d. C'est, en effet, en la douce phitôt qu'en la forte que l, comme r, aime à se changer, quand il passe aux explosives de sa famille Cette mutation, qui ne se constate, je crois, en langue d'oc, qu'accidentellement (p. e. gasc. (laissa = laxare; cf esp. dejar, pg. deixar), est caractéristique de quelques idiomes romans, par exemple, dans le domaine italien, du sicilien, où II devient toujours dd, et du corse, où le même couple se transforme en dr.

' *Bulsire (ou *bulsere) est prouvé par bulsella (fr. brusselles = pince), forme vulgaire de vulsella, qui se lit dans les E|3f/.vîveûpiaTa de PoUux, ouvrage dont M. Boucherie a le premier signalé le haut intérêt et qui vient d'être publié, pour la première fois, par ses soins, avec de savants commentaires, dans le tome xxiii des Notices des manuscrits de la Bibliothèque nationale et des autres bibliothèque <;. ^Qu'elles soient telles d'origineou qu'elles le soient devenues Ainsi, oprétonique devenant ou, selon la règle, molinarium donne mouniê et non môuniê, tandis que moiere, dont l'o, toujours d'après la règle, est resté o, donne maure.

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feûnî; — molfejre, môure; — cultellum, couteû ;— puis, poû ; — cultura, couturo *; — pul{i]cem, pûze.

Dans les mots empruntés au français, / en pareille position ne se vocalise ni ne tombe, mais il se change ordinairement en r. Ex. : armana, recorto, insurtd, carculâ. C'est la prononciation presque constante des gens de la campagne.

L intérieur se vocalise aussi quelquefois en i. Il faut remarquer que là encore — comme du reste dans tous les cas de vocalisation d'une consonne — la voyelle qui remplace / n'est pas une voyelle franche, mais une semi-voyelle. C'est en réalité avec Vi consonne (qui dans quelques mots se vocalise entièrement pour former diphthongue avec la voyelle précédente) que / permute dans le cas qui nous occupe, comme nous l'avons vu faire, à Tulle, en initiale. Cette mutation de / en i consonne est caractéristique de certains idiomes, par exemple de l'italien, et, parmi les patois d'oil, du saintongeois. Mais, là, c'est après une muette et devant une voyelle qu'elle se produit. Ex.: planta, it. pianta, saintong. pian^e. En limousin, elle n'a lieu, au contraire, qu'après une voyelle et devant une consonne. C'est principalement, presque unique ment, quand / se précède lui-même, qu'il passe ainsi à l'î '. S'unissant sous cette nouvelle forme à son^ compagnon, il se fond avec lui en Ih. C'est ce qu'on voit, par exemple, dans bQlhir{bullire). colhir {colligere), formes que l'ancienne langue nous offre simultanément avec Imlir, culir, que notre dialecte connaît seules. L'/ géminée des Anales latines enall.., ell.., ill.., oll.., ull.., subissait souvent cette modification. De là, pour la plupart des mots de l'une ou l'autre de ces désinences, deux formes distinctes, résultant l'une de la fusion des deux / en Ih {il), l'autre de la chute pure et simple de la seconde, par

» Par exception, l après o est tombé dans co = col(a)phum (pr. colp) «t s'est changé en r, après ou, dans ourme =i ulmus Cpr. olm) .

' La tn'itation de l en i peut avoir lieu après toutes les voyelles, sans distinction de graves et de grêles .

exemple, pour castellum, castelh et caste l ; pour metallwn, metalh et métal; pour *follum, folh et fol; pour nullum, nuil ou nulh et nul. C'est de la forme en / pure de l'ancienne langue que dérive la forme nontronnaise et, en général, limousine de pareils mots. Mais la forme en Ih, réduite à i^, a laissé quelques traces en haut et bas Limousin.

En dehors du cas précédent, c'est-à-dire ailleurs que dans les désinences en all..,ell.., etc., / s'est rarement changé en i. On peut citer les formes de l'ancienne langue aitan, aital et aitre (alterum)^ qu'on trouve déjà dans Boëce'. Le limousin actuel n'offre que peu d'exemples de cette mutation dans le corps d'un mot. Je ne sais si les suivants ne sont pas les seuls*: coueijâ (b . 1 . couija] = collocare (pr . colgar); — coueissi (b . 1 . couissi)^ =*culcitinum (pr. coissi).

in. — L final

L provençal, suivant à la fin des mots la même loi que devant les consonnes, est tombé chez nous après les voyelles grêles et s'est vocalisé en u {ou) après les voyelles graves. Ex.: solum, sol, soû; — filum, fil, fî; — culum, cul, cû ; — natale, nadal, nadau ; — cultellum, coutel, couteû ; — collum, col, côu. La règle est sans exception après a et o d'une part, w et ou de l'autre ; elle en souffre au moins d'apparentes après e et i. Ainsi les formes telles que coûté, mante = pr. coltel, mantel, signalées ci-devant, chap. III, Diphthongues, pourraient, à la rigueur, s'expliquer par la chute pure et simple

* Ex.: ei <=elh (ille), comme on dit, par exemple, à Rochechouart ; — coué (pour couei. coui) = colh (collum), à Treignac ; — dei = deUi {deW), à Tulle, etc.

^ Gf. le portug- muito {multum). Une forme pareille, en espagnol, a donné mucho, par méthathèse et durcissement de Vi.

3 La vocalisation de t en m n'est pas moins ancienne dans la langue. Voir le fragment de la trad. de l'Evang. de saint Jean (Xl° s.) reproduit dans Bartsch, Chrestom., col. 7 et suiv.

* Il faut peut-être y ajouter ftoueifâ et boueissâ. Voir la noie 3 de la p. 89. ' Sur ce mol, voir ia remarque de ia page 48.

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de 17, bien qu'il soit préférable d'en considérer l'e final comme une réduction de la diphthongue eu, la même désinence ne pouvant avoir dans d'autres mots, tels que mê = meum, que cette origine. Mais, d'un autre côté, les formes telles que abreû = pr. abrieu, déjà signalées à la même place, résultent évidemment de la vocalisation préalable de 1'/ après i, et il est même probable que dans ce mot-là et dans tous ceux qui ont en provençal la double forme il et iu, notre î est plutôt un résidu de iu que de il, la diphthongue pr. iu, quelle qu'en soit l'origine, s' étant toujours chez nous réduite à z, quand elle n'est pas, probablement par l'intermédiaire de ieu, devenue eu.

En bas limousin, 1'/ finale*, en général, ne se vocalise ni ne tombe ; mais elle a une tendance marquée à passer à Vr, tendance à laquelle on la voit céder de plus en plus à mesure qu'on s'approche de l'Auvergne, où cette mutation est ordinaire et caractéristique. En haut limousin et à Nontron, mais ici plus rarement encore, / final ne devient r que dans un très-petit nombre de mots, et, dans la plupart des cas que j'ai notés de ce changement exceptionnel, / est le résidu d'un Ih provençal. Ex.: bullit, hulh, bur^; — melius, rnielhs, mier (Limoges); — * peducfujlus, pezolh, pur ' ; — milium, milh, mir ; — embonilh, umbounir''.

Dans les mots empruntés au français, sauf après i, où il tombe toujours, / final persiste ^. Il se maintient aussi en état

' 11 faut entendre 17 réellement finale, par exemple, au singulier des noms en ai, el, ol, car au pluriel, grâce à l's qui suit VI et bien qu'on no fasse plus sentir cette s, au moins le plus souvent, 17 se vocalise selon la règle ordinaire.

^ Un peu plus bas, à Ribérac, par exemple, on dit bû, selon la règle.

' On dit aussi et plus souvent, à Nontron, pei. Ces deux formes doivent provenir, par bifurcation, d'une forme intermédiaire, elle-même déjà fortement contractée, "peulh, réduite dans le premier cas à pulh, dans le second à pelh.

•* On dit aussi mi, embouni, selon la règle. — Pour mi. on trouve à Limoges la forme mei, qui suppose melh au lieu de milh.

s Dans les campagnes, il passe le plus souvent à i'r: carnavar, parasor. Cela a lieu surtout après a. — Lh final d'origine française subit aussi

dans bal* et dans le ronom démonstrditif fajquel , mais, dans ce dernier mot, seulement quand le mot suivant commence par une voyelle. Ex.: quelôme, msih queûchavau. Soûl, bel, tal,qual, en pareille position, gardent aussi quelquefois leur /finale.

Lh

On a déjà vu les origines diverses de cette consonne double ; récapitulons-les ici.

Lh provient :

1° De /i (quelle que soit dans cette syllabe la source de Vi) suivi d'une voyelle. Ex.: filia, filko ; — palea, palho; — papilionem, pavilhou. Cette condensation de H en lh se produit dans notre dialecte, en initiale comme dans le corps des mots; ainsi, nous prononçons Iham, llioun, ihé, les mots que, pour ne pas dérouter le lecteur, nous continuons d'écrire, d'après l'orthographe classique, liam(ligamen), lioun (leonem), lié (lectus) ;

2° Do z7 ou y/ suivi d'une voyelle. En ce cas, e (voyelle ou consonne) se transpose. Ex.: bajfujlare, balhd. L'ancienne langue avait pour ce mot une autre forme plus usitée, à ce qu'il semble, où Vi, ne s'étant pas transposé, s'était uni, non à 1'/, mais à l'a .• bailar. C'est cette dernière forme qui est restée en bas limousin [beila) ;

3° De cL gl, tl, pi ( ces deux derniers couples préalablement changés en cl). Ex.: *acucla, (a)gulho ; — coagulare, calhâ ; — *stupfu)la, eitoulho; — siffujla, selho;

4° De //. — Nous avons vu ci-dessus (p. 96) que le lh de cette dernière origine est fort rare, sinon tout à fait inconnu, à Nontron,mais qu'il a laissé en finale, sous sa forme réduite (e),

parfois la même mutation. Ex.: fouteur ( — fr. fauteuil), qu'on dit vers Limoges pour foutuei, qui est la forme indigène el correcte, usitée à Nontron.

' Ce doit être à l'influence française que VI, dans ce mot, a dû de ne pas se vocaliser. Peut-être aussi, et cela paraît même plus probable, notre dialecte, après avoir laissé périmer ei oublié son propre bal ( bau ? ), a-t-il emprunté plus tard celui du français.

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des traces plus ou moins nombreuses sur d'autres points du domaine de notre dialecte.

En limousin, et aussi, je crois, en général dans les autres dialectes de la langue d'oc, Tancien ih final est toujours décomposé en ses éléments constitutifs (/ et i consonne), dont on rejette ici l'un, là l'autrs. A Nontron nous rejetons 1'/ et nous gardons ïi, qui, complètement vocalisé, forme diphthongue avec la voyelle précédente. Si cette voyelle est un i, Ih tombe tout entier. Ex.: miralh, mirai; — artelh. artei; — ginolh, janouei ; — milh, mi. lien est de même en hautjimousin, sauf l'exception, déjà mentionnée ci-dessus et moins rare là qu'à Nontron, ou Ih, préalablement réduit à /, devient r*. — En bas limousin, c'est au contraire, en général, Vi qu'on rejette pour retenir 1'/', qui, d'après la tendance déjà signalée, passe ordinairement à r. Ex- : uelh (ocutum), el; — soMh *(soliculumJ, soûle l ; — trabalh, trobal; — ginolh, janoul.

Comme en finale, Ih entre deux voyelles peut se réduire à i (consonne). Cette réduction est habituelle, en français, dans la prononciation parisienne (Ex. : Versaye, bouyi ■= Versailles, bouilli); en langue d'oc, on la remarque dans le dialecte provençal, où elle paraît constante (Ex.: bataio, Mireio). Elle est assez ordinaire en bas limousin (Ex . : vouyo = ôuvelho du haut limousin ; — souyé = fr . soulier ; — touayo = pr . tnalha) ; mais on ne la pratique nia Nontron, ni dans le haut Limousin.

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