II. — R intérieur
A. — Le plus ordinaire est qu'il reste r; mais, entre deux voyelles, il permute assez fréquemment avec l'autre liquide (/), et aussi quelquefois avec les autres consonnes de sa famille , 71, s, d on t.
a. — Avec /. Ex.: arista, fajleito; — <contranum, countrâli.
b. — Avec n. Ex.: ros marinus, roumani.
c. — Avec s*. Ex.: prurire, pruser, mot éteint, et prusour, substantif correspondant encore usité. Cette dernière mutation a lieu même parfois entre une voyelle et une consonne. Ainsi plusieurs disent mistre = fr. myrte.
d. — Avec d ou f. ~~ La mutation de r en d se remarque, en italien, dans un assez grand nombre de mots, tels que dietro ==■ rétro, chiedere = quœrere, fiede = ferif^. On la con-
* Cotte mutation est très-fréquente en français, où, à une certaine époque (fin du XVI' siècle), elle avait pris un caractère pour ainsi dire épidémique. C'est d'alors, pour citer un exemple, que date la forme chaise, qui a supplanté chaire dans l'usage commun.
' Le phénomène inverso a lieu dans le latin meridies = medidies, ar~ guère == adguere, arbiter == adbiter, etc.
state aussi dans quelques variétés du dialecte languedocien*. Mais, en limousin, IV, lorsqu'elle passe aux explosives de sa famille, ne s'arrête pas au d; elle monte jusqu'au t*. Cela se voit dans la conjugaison, où quelques variétés de notre dialecte, mais non pas la nontronnaise, changent constamment en^Tr flexionnelle du prétérit, disant, par exemple, w?m^e/en, begueten, au lieu de mingeren, begueren, formes régulières. Cf. l'italien allotta ■=■ allora.
B. — R s'est vocalisé quelquefois en m. Ex.: carpinum, chaupre;mais ce n'a dû être qu'après son changement préalable en /. On en est certain pour aubre s= arbor, puisque la forme albre se rencontre.
On voit r remplacé par i dans eimari ■=■ pr. armari, et dans les formes aybre, poyre = arbor, porrum, qu'on trouve dans Raynouard, mais que nous n'avons pas. Ici encore une mutation en / a dû précéder, parce que, comme on le verra plus loin, / se vocalise aussi en i.
Pour les chutes, insertions et transpositions de r intérieur, voir le chapitre VI ci-après.
m. -- fi final
B persiste en finale dans tous les mots qui se terminaient par cette consonne dans l'ancienne langue, excepté : 1° les infinitifs de tous les verbes ; 2° les mots en ier = atius, tels que cavalier, bergier, où elle s'est complètement oblitérée. Par compensation, l'e des infinitifs en er, tonique ou non, s'est, comme on l'a déjà vu, diphthongué en ei; mais cela n'a pas lieu partout. Dans le parler de Tulle et d'une notable partie de la Corrèze, aucune modification de Ve ne compense la chute
» Voir, dans la ïieoiie des langues romanes, tome I", page 123, la notice de M. de Tourtoulou sur le sous-dialecte de Montpellier.
' Pareillement, nous n'avons pas constaté de mutation de d en r (voir, ci-dessus, Dentales ); mais nous en avons relevé une de t en r.
PHONETIQUE 93
de IV. Dans la même contrée, IV, tombée aux infinitifs en ér, persiste dans les mêmes formes quand elles sont prises substantivement.
R final tombe encore accidentellement dans quelques autres mots, par exemple dans pou = paor = pavorem ; — à Nontron, dans set = se?' = sero, qui se dit ser à Tulle et même dans certains lieux du haut Limousin ; — à Tulle dans au = aur = aurum, qui se dit, à Nontron , or, comme en français.