‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 56 sur 119 · QUATRIÈME DECLINAISON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME DECLINAISON

Je classe sous cette rubrique, ici un peu abusive, les substantifs qui ont au pluriel la même désinence qu'au singulier, soit qu'il en fût ainsi déjà dans l'ancienne langue, soit que, ce qui est le plus fréquent, cette similitude des deux nombres soit propre au limousin moderne, n'étant que le résultat delà chute non compensée de l'y du pluriel.

Ces substantifs sont nombreux ; ils ont tous sans exception, outre la similitude des deux nombres, cet autre caractère commun que la voyelle finale, qui appartient toujours au radical, y est toujours aussi la voyelle tonique. Je les diviserai en deux sections principales, la première comprenant les noms

• Non pas en haut-limousin. Là, selon la tendance habituolle, pesest devenu pei. Cf. ci-dessus, 1" partie, png. 115.

PARTIES DU DISCOUnS 151

terminés par une voyelle longue ou une diphthongue, par une voyelle nasale ou parr; la seconde comprenant les noms terminés par une voyelle brève *. Un certain nombre des uns et des autres étaient déjà, je viens de le rappeler, indéclinables dans l'ancienne langue. Ce sont ceux qui y étaient terminés par une sifflante radicale, précédée ou non d'une autre consonne. J'ai déjà dit que quelques dialectes de notre langue, par exemple ceux du Languedoc, du Quercy, etc., ont rendu ces noms (la plupart du moins) déclinables, en leur prêtant au pluriel la flexion atone es (Ex. : pas, passes*). Mais aucune tentative de ce genre n'a été faite, que je sache, sur aucun point du territoire du dialecte limousin.

A. DÉSINENCK longue, nasale, ou EN R

a. — Désinences à voyelle longue.

1. à (pr. as). Ex. : pa (pas), nâ (nos), brâ (bras ou bratz)^.

2. ê (çv. es). Ex.: francê (frances), angle (angles). Désinence exceptionnelle, es, comme on l'a vu, devenant régulièrement ei et non ê. Cette exception ne se remarque que dans les noms ethniques, et elle n'est pas générale. A Limoges, par exemple, an^ /es donne anglei, comme espes donne eipei. — Pour ê = eu, el, voir ci-après eu.

3. iê ( pr. ier = lat. arium). Ex . : bergiê (bergier), graniê (granier), perte (perler).

' G'e&t d'après la prononciation nontronnaise que j'établis ces catégories; il se peut qu'ailleurs plusieurs des noms de la t section de cette quatrième déclinaison soient plutôt à classer dans la troisième déclinaison, c'est-à-dire qu'ils allongent au pluriel la voyelle du singulier. C'est ce qui, je crois, a lieu, en haut-limousin, pour beaucoup d'entre eux.

* La même flexion a été donnée aussi, dan^ îes mômes dialectes, aux noms à finale chuintante. Ex.: fruch. [ruches.

' Parmi les noms de celte désinence {as) empruntés au français, plusieurs, en perdant Vs, ont aiissi abrégé la voyelle, tant au pluriel qu'ai^ singulier, par suite de quelque fausse analogie. Tels sont cabas, chasselas, nias, matelas, etc., que nous avons traités comme les noms en at.

4. «(pr. isy. Ex.: paradî (paradis), paï(païs), chanteirî (cantairis ou cantairitz), et ainsi de tous les substantifs féminins en airis ou airitz, la désinence is ayant été préférée chez nous à itz, qui normalement aurait laissé, en se réduisant à ^, cette voyelle brève. Cf. ci-dessus brâ= bras et non bratz. Pour ?= m= 2Y ou e'y, voir ci-après iou.

5. d ,pr. os). Ex.: crd f'eros corrosumj, trô (tros ■:=■ thyrsusj, ô (os). Ajoutons pô (:=■ fr. planche), dont je ne connais pas d'exemple ancien et dont j'ignore Tétymologie.

6. oin, (pr. os*, ol, ois ou olz, où o = ou). Il n'y a pas, je crois, de substantif, mais il y a en revanche de très-nombreux adjectifs de cette désinence. Ex.: amouroû (amoros), soû (sol = lat. solus), doû (dolz == dulcis). Ces deux derniers sont, je crois, les seuls dans lesquels Voû provienne d'une autre source que os.

7. û (pr. us (ux) ou ust, ul). Désinence fort rare. Les noms en us originaire paraissent provenir en majeure partie du français. Ex. : refû (fr. refus), flû (flux), fù (fust), en (cul). Par exception, nous avons conservé Ys dans/Jûs, que l'on prononce plutôt jOMr, et r/dans carcul{= fr. calcul). Par exception encore, Vu s'est abrégé dans Jiesu (■=. Jesûs), et, tant au pluriel qu'au singulier, dans ju (jus), ainsi que dans les adjectifs court fu, perdu (■= . . .ûouiu), et semLlables, ce qui paraît dû à l'influence des participes en u (= ûtum), qui, d'après la règle, sont brefs aux deux nombres.

b. — Désinences à diphthongue 1. ai (pr. ai, ais, alh). Ex.: eimai (esmai), chai (cais =

* Par exception, Ys a été conservée dans lis (lilvim), peut-être sous l'influence du français. Dans les campagnes, on jiréfèrela forme leri ou liri. — La plupart des noms en is empruntés au français ont été traités comme les noms en i indigènes, c'est-à-dire que leur i, laissé ou rendu bref au singulier, a été allongé au pluriel. Ainsi nous disons surpeli — suripéli {surplis), comme vezi — vezi.

« Fr. euœ.

capsus), fai (fais--= fascemj, dai (dalh), mirai (miralh). Ajoutons yoroM6a2 f=propagoJ, forme du cas sujet exceptionnellement conservée dans notre dialecte et qui n'a pas été, que je sache, retrouvée dans les textes classiques. Raynouard ne donne pour ce mot que la forme du cas régime probage f^=propaginem), que nous n'avons plus.

2. au ( pr. au, al, suivis ou non d'une consonne). Ex.: clhau (clau = clavem), chavau {caval), /au (jal = gallusj, fau (fais = falsum), chau (cald) .

3. ei (pr. ei, eis, elh, es*, er*). Ex.: lei flei :=legemj, rei frei=- regemj, piei fpeis ^=-pectits), soulei fsolelhj, pei fpes = pensum), mei (mes =. mensis), devei (dever), set (ser) .

4. ouei ou uei (pr. oi ou ois, olh, ueg, uelhj, bouei (bois), bruei (bruelh), janouei (genolh), einuei (enuey).

5. eu (pr. eu, el). Ex.: seû (seu = sébum), empeû (empeut), manteû (mantel), gouneû (gonel). Les noms de cette désinence s'abrègent souvent, je l'ai déjà dit, en ê. Ex.: manie, chape. Par exception, seû fait si et non se.

6. iou, iéu ( pr. iu (iv, il), ieu, io). Désinence propre au bas Limousin et aux parties du Périgord plus méridionales que la contrée de Nontron. Ici, je l'ai déjà dit, iou s'est réduit à î^ ou est devenu eu, probablement par l'intermédiaire de la forme léu. Ex.: ri et reû, b.-l. ïHéu (riu = rivum), passî et passeu, b.-l. passiéu (passio =. passionem), abri et aby^eû (abriu = aprilem).

7. ôM(pr. ou (ov^), ol). Ex.: yôu (ou = ovum), biùu (hou = bovem), cou (col), sou (sol = sôlidum), vervôu (vertibolum).

Remarque. — En bas-limousin, les noms dont la diph-

' Bas-lim.,é; rm (mensis), pé {pensum) (v. P/»on., pag 80).

2 Bas-lim., er : plaser, dever (Phon., pag. 93).

3 La réduction à i doit être fort ancienne. On la constate déjà au XII" siècle dans des noms où iu provient de iv. "Voir, dans Gérart de Rossillon (v. 3,711 — 728), une laisse en is où l'on trouve uis(— vins), ris ( = rins), estis ( =estius), caitis (= caitius,.

* En bas-lim., ô« = ou devient eu béu = bovem, eu -— ovum, néu ~ novum. ( Plionét., pag. 51.)

thongue finale provient chez nous de la vocalisation d'une l conservent la distinction des nombres, parce que 17 ne s'y vocalise qu'au pluriel *. Ex.: choval — chovau, fiai — fiau, chopel — chopeu. — La plupart de ceux en ai, ei, ouei, où 1'/ est un résidu de Ih, y sont en al, el, oui (mirai, coussel, jonoul), Ih, dans ce sous-dialecte, se réduisant non à i, comme en haut-limousin, mais à / ( v. Phonétique, pag. 99), et ils restent tels au pluriel, au contraire de ceux, tels que choval, chopel, dont VI est originairement pure.

c. — Désinences nasales.

1. arn et an (pr. am ou an = lat. an, suivi d'une consonne ). Ex.: ram (ramus), liam (ligamen), eissam f examen J , fam (famés), cham (champ = campus), san (sang = sanguisj, an (annus).

2. em et en (pr. em ou en). Ex.: fem (fimus), tem (tems = tempus), g en (gens), den (dens).

3. ouen (pr. onh ou oin). Ex.: pouen (ponh = pugnum), couen (conh = cuneus), besouen (besonh).

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