‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 69 sur 119 · ijo, ijâ (lat. iciis, pr. k — iga ) : ami— amijo · texte numérisé non relu

ijo, ijâ (lat. iciis, pr. k — iga ) : ami— amijo

9. i — ido, idâ ( lat. itus, pr. it, ida ) : fini — finido, et de même tous les participes passés des verbes en ir. — L'adjectif subi, étant emprunté au français, garde le t au féminin. Il en est de même de piti, qui fait à Nontron, au féminin, pîto, par contraction depifito^, forme complète usitée en haut-limousin. L'ancienne langue gardait aussi le ? au féminin {petit — petita), probablement parce que ce t était dans l'original, celtique ou

' C'est uno habitude de notre dialecte de féminiser les substantifs pour exprimer une augmentation de volume des objets qu'ils désignent. On en a vu ci-dessus d'autres exemples dans cacaudo (grosse noix), sôuno (pièce de deux sous), osso (gros os).

^ Ce participe avait aussi une forme en ai: fail^faita. Nous avons, à Nontron, pris le masculin de celle-ci, le féminin de l'autre. Ainsi on dit chez nous fai — fâcho; à Limoges, fa — fdcho.

3 11 se pourrait, néanmoins, que pîto ne fût pas une forme contracte, et que nous eussions dans piti — pito un autre exemple ( V. ci-dessus rousseii — rousso ) d'adjectif irrégulièrement constitué, conservant au féminin la forme primitive et nyant adopté au masculin une forme dérivée à inflexion dirainutive. (Voir Littré, au mot Petit.)

autre, précédé d'une autre consonne. C'est ce que semblent indiquer les formes à t redoublé de l'italien pitetto, petitlo.

10. ou — oubo, oubà. Je ne trouve ici à citer que les substantifs lou — loubo (pr. lob — loba) du latin lupus — lupa.

11. û — udo, udà (lat. utus ou udus, pr. ut ou ud, uda) : mu — mudo; pounchu — pounckudo; vengu — vengudo, et tous les participes en u f = ut). Dans les adjectifs qui avaient d eu latin, cette consonne tombe souvent. Ainsi on dit au moins autant nwo (monosyllabe) que nudo. Pour cruda, on ne dit plus que cruo.

12. û — ûso, ûsà ( lat. usus, pr. us ) : counfu — counfûso . Contrairement à la règle générale, Yu, dans cet adjectif et dans quelques autres {perdu, par exemple, pris du français), a été traité comme s'il eût été suivi, non d'une s, mais d'une consonne explosive.

13. û ~ uyo, uyâ : blu — bluyo. Cet adjectif, qui est, je crois, le seul de cette désinence, vient du français bleu — bleue et non du blau — blava de l'ancienne langue ( cf. uroû = heureux, estatûyo =rz statue).

Remarque. — Toutes les observations que nous avons faites au chapitre précédent concernant les substantifs, et particulièrement les remarques I et II sur la pi^emière déclinaison, II et III sur la seconde, s'appliquent également aux adjectifs. Ainsi, par exemple, raucho, féminin de l'adjectif raMcAe, fait au pluriel rôuchâ, comme aucho fait ôuchâ.

Degrés de comparaison

A. — Comparatif

Le comparatif dans le limousin moderne, comme dans la langue classique, s'exprime par pu (plus) et le positif: beû, pic beû; — grando, pu grando. Si l'adjectif est remplacé par un pronom neutre, on substitue mai fmagisj à pit *. Exemple : tu se pu for que mé, ma Jan z'ei mai que tu.

* Mai s'emploie aussi devant l'adjectif, mais non pas à Nontron.

L'ancienne langue avait conservé un certain nombre des comparatifs organiques du latin [ior, iorem) et en avait ellemême forme quelques-uns sur leur modèle (par ex.: nuallor, gensor, belazor). Ces comparatifs suivaient la quatrième déclinaison des substantifs; mais, pour plusieurs, on ne trouve dans les textes qu'une seule forme, soit celle du sujet singulier, en er (atone) ou re, soit celle des autres cas, en or. Ils étaient naturellement des deux genres, sauf que, au sujet pluriel, conformément à la règle générale, le féminin conservait Ys, que rejetait le masculin.

De ces comparatifs, dont il n'y avait guère plus d'une vingtaine *, et dont la plupart paraissent n'avoir été usités que rarement et seulement en poésie, il ne reste aujourd'hui comme tels ®, dans notre dialecte, que melhour — miei, mindre etpiei, le premier survivant à la fois dans la forme du masculin-féminin (cas oblique) et dans celle du singulier neutre; le second dans la forme du cas-sujet singulier, masculinféminin; le dernier seulement dans la forme du singulier neutre. Melhour continue d'être employé à peu près exclusivement comme comparatif de boun ^, et il est resté invariable au féminin comme il l'est devenu au pluriel. Mindre ne sert plus guère qu'au superlatif (voir ci-après), et il prend au féminin la flexion o-à. — Quant à miei et piei, on les emploie de la même manière que les correspondants français mieux et pis, quand on veut exprimer l'idée de chose meilleure ou de chose

• En voici une liste, d'après Raynouard, Bartsch et mes propres notes : ausor ( altiorsm ) ; belaire, belazer — belazor { * bellatior — orcm, de * bellatus, de bellus) : génser — gensor (positif gens, de genitus probablement, comme le croit Diez) ; grandior (grandiorem); gréuger (gravior) ; leuger (lévior) ; forsor (fortiorem) ; lon'sor ( longiorem ); menre — mener [minor — orein, ; majer — major ( major — orcin) ; melher — melhor {melior—orem); nuallor ; péjer—pejor {péjor—orem); sovdéjer—sordejor i^ordidior—orem).

' Jo ne compte pas en effet ceux qui sont devenus substantifs, comme senhour, ou adjectifs ordinaires, comme minour.

' Dans les campagnes, pourtant, beaucoup disent pu boun.

17à DEUXIEME PARTIE

pire : Jan et miei que soun frai ; quelo fenno et piei quunojasso ; quel piei que jamai (en fr. Jean est mieux que son frère; celte femme est pis qu'une pie; c'est pis que jamais).

La relation entre les deux termes de la comparaison s'établit aujourd'hui exclusivement par que. Mais l'ancienne langue, outre cette conjonction, employait aussi au même usage la préposition de, comme l'italien emploie encore la préposition di. C'est ainsi que Richard de Barbezieux appelait sa dame Mielz de domna, c'est-à-dire Mieux que dame, expression que plusieurs de ceux qui se sont occupés de ce troubadour paraissent n'avoir pas comprise *.

B. — Superlatif

L'ancienne langue exprimait le superlatif absolu par molt^ et plus rarement par fort ou ben, précédant le positif. Nous employons encore les deux derniers à cet usage {ben sous la forme française bien) , mais nous avons perdu molt. Par compensation, nous avons pris le très du français, qui nous sert concurremment avec bien et fort, mais plus rarement que ces derniers.

Le superlatif relatif s'exprimait dans l'ancienne langue, et s'exprime encore en limousin, par le comparatif, composé ou simple, précédé de l'article : loupû gran, la pu forto, lamelhour, lou mindre, lou piei. Ce dernier, bien que neutre d'origine, s'emploie aussi pour le masculin et le féminin, et traduit ainsi le français le pire ou la pire, comme dans ce vers de Richard :

[Lou vi) lou pu pebra n'ei pas lou piei.

Il n'est pas rare d'entendre dire lou pu melhour , lou pu piei, loupû mindre. Ces sortes de pléonasmes sont habituels, comme on sait, au langage populaire.

La vieille langue avait quelques superlatifs simples, tels que

1 Entre autres, M. Baret. Voir son livre intitulé les Troubadours et leur influence sur la liUérature du midi de l'Europe, ;/ édition, iii-12. p. 72.

PARTIES BU DISCOURS l'S

alHsme, carisme, santisme. Nous n'en avons conservé aucun. On dit bien quelquefois grandissime, réduit à dissime par une violente aphérèse ; mais cette forme nous vient du français, où elle est d'origine savante.

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