Pronoms personnels
Les pronoms personnels sont, parmi les mots déclinables, les seuls qui aient conservé jusqu'à nos jours des traces des anciens cas; ils nous offrent encore distinctement des formes de nominatif, d'accusatif, de datif et même de génitif {lour). Mais l'emploi de ces formes, déjà fort confus dans l'ancienne langue, l'est devenu de plus en plus dans la nouvelle.
A. — Première personne
Sing. suj. eu,ieu. y eu, y6u,yau.
— ^ow*. y ou, yo, î.
— rég. me, mi, mei. me.
Plur. nos (nos autres^ ) . noû, nautrei.
OBSERVATIONS
1. — La forme préférée à Nontron est L Yéu, yôu, you et yo y sont également connus, mais moins employés qu'un peu plus au sud et dans l'arrondissement de Périgueux. Yùu est
' Je néglige en général, pour les formes rapportées da':s celle colonne, les variantes orthographiques.
2 Forme récente dans les textes et qui y paraît dialectale. Les formes classiques sont eu et ieu.
' Nos autri, d'après les Leys d'amars (tom. II, p 214).
plus particulier au bas Limousin et aux cantons voisins du Périgord. Yau, renforcement de yôu, dû, à ce qu'il semble, à une influence auvergnate, est surtout usité en haut Limousin. A Limoges même, la prononciation actuelle le réduit à yô.
IL — A Nontron comme en haut Limousin, î et les autres formes tirées du nominatif (e^o) ne servent jamais que comme sujet. Mais dans le bas Limousin, dans l'arrondissement de Périgueux et dans plusieurs cantons de celui de Nontron, on les emploie aussi comme régimes de préposition : a you, per y ou. Cette faute contre la sjntaxe, et dont la langue classique n'a pas trace, est, je crois, commune dans les dialectes méridionaux de la langue d'oc.
IIL — Me (qui traduit à la fois me et moi) et noû peuvent être, comme dans l'ancienne langue et comme en français, régimes directs ou indirects, et, dans ce dernier cas, employés sans préposition avec la signification du datif : vou me donna, dounâ-me = vous me donnez, donnez-moi; — preitâ-noû =prêteznous.
Nautrei (noû autrei, cf. esp. nosotrosj est surtout régime de préposition, et on l'emploie à cet usage aussi souvent que noû; mais il sert aussi parfois comme sujet dans des phrases telles que : quei nautrei que z'an vougu = fr. cest nous qui V avons voulu. Au singulier, c'est aussi en général le cas-régime (me), et non le cas-sujet, que nous employons dans des phrases comme celles-ci : quei me que z^ai dit, me é Jan ou Jan e mé noû anèrem ' = c'est moi qui l'ai dit, Jean et moi nous allâmes. — Dans ce cas particulier, la contrée de Périgueux et le bas Limousin, qui emploient abusivement le nominatif (?/om) comme régime de préposition, parlent en revanche plus correctement que nous, disant qu'ei you que. ., Jan e you.
' Cf. Bernard de Ventadour :
Mon escudler e me Ayem cor e talen.
Bertran de Born :
B vens sni r1 vosfcrc plazor Mi e mos chaiis et mas tors.
B. — Deuxième personne
Sing. sujet. tu. tu,
— rég. te, ti, tu. te, tu.
Plur. vos (vos autres^). vou, vautrei.
OBSERVATIONS
I. — Tu, régulièrement, est sujet; mais il sert encore comme régime de prépositions, abus qui remonte loin dans la langue, car on en a des exemples du XIP siècle. Te sert aussi à cet usage, mais plus rarement, son rôle ordinaire étant celui de régime direct (datif) sans préposition : î te zou dône = je te le donne. Traduisant le fr. cest toi qui, on emploie tu ou te, mais plutôt tu que te.
IL — L'usage de vautrei est plus fréquent et plus étendu que celui de nautrei, et cela provient sans doute de l'emploi abusif que la politesse a fait de vou. Ce dernier, avec la signification du pluriel, ne sert plus guère que comme régime direct ou indirect sans préposition (datif). Les rôles de sujet et de régime de préposition sont presque toujours dévolus à vautrei"^.