‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 74 sur 119 · III. — Pronoms démonstratifs · texte numérisé non relu

III. — Pronoms démonstratifs

Nous n'avons plus aujourd'hui, pour le masculin et le féminin, de pronom éémou%iv2ÀSî f[\Jie aqueû (aquel) — aquélo, aquî— aquélâ, réduit le plus souvent par aphérèse à queû-quelo, quîquélâ. Mais ce pronom est également adjectif, et, comme nous devons le retrouver tout à l'heure, je remets à ce moment, pour éviter de me répéter, les observations qui le concernent.

Outre aquel, l'ancienne langue employait aussi tour à tour, comme pronoms ou comme adjectifs, aicel, dérivé de même de ille, et est, cest, aquest, qui viennent de iste. Elle avait en outre cel, qui ne servait que comme pronom.

Au lieu de queû — quelo, nous employons souvent lou— la, qui est l'article (voir ci-après), lorsqu'un pronom relatif ou une préposition suit immédiatement * : lou qu'eivengu = celtd qui est venu; — là que v'avê = celles que vous avez : — là de Piêre, loû de Francei = celles de Pierre, ceux de François.

Au neutre, les formes du pronom démonstratif sont comme

' Cet usage est ancien, comme en témoignent les Leys d'amors (II, 222), mais il paraît étranger à la langue des Troubadours. Les deux seuls exemples qu'en rapporte Raynoiiard (L. R., IV, 2) sont tirés d'un texte {Elucidari de las proprietatz de totas res naturals), dont le caractère dialectal a été établi par M. de Tourtoulon dans la Revue des langues romanes, t. I". p. 7.

dans l'ancienne langue so (çoj et aco (oco), souvent réduites à co (quo) *. J'ai déjà dit que ce dernier usurpe souvent le rôle de pronom personnel. Dans ce dernier cas, à Nontron, on le renforce en ca fca fai fré = il fait froid). Les formes aisso, aizo sont périmées*. — Ço (ou ce, comme quelques-uns prononcent) n'est jamais employé qu'avec un pronom relatif. Aco et co remplissent toutes les fonctions des pronoms français cela, ça, ce. — Co, sujet et précédant le verbe, se renforce en ca. Si le verbe est ei (est), il reste co, mais il contracte sa voyelle et quelquefois l'élide. Aco en fait autant de la sienne, mais pour celle-ci la contraction est beaucoup plus fréquente que l'élision : acouei aco = c'est cela; — qu'ei co qui disio = c^est ce que je disais; — ca ne vaipâ bien; — tout aco vaimau.

Au pronom démonstratif, pour le déterminer plus précisément, nous ajoutons souvent les adverbes de lieu qui, d'aqui^ (= fr. ici, d'ici), ou lai, d'alai (= fr. là, de là). Au masculin et au féminin, cette adjonction est forcée, quand le pronom, sans être suivi d'un relatif, précède le verbe; elle ne l'est pas si le pronom suit le verbe : queû-qui ei parti; — qu'ei quelo ou quelo-d'aqui^= c'est celle-ci.

Par suite d'une méprise singulière, nous allongeons ordinairement aupluriel Yi, bref de sa nature, de Tadverbe ajouté, comme s'il était un second pronom, disant queû-qui^ mais quiqui; qaélo-d'aqui, mais quélâ-d'aquî.

' On trouve déjà quo dans un texte limousin du XP siècle (P. Meyer, Ane. poésies religieuses en langue d'oc, p. 18). So est le latin ecce hoc ; aco eccum hoc. Une autre forme de so est zo (zou), qui ne sert plus que comme pronom personnel : zou vole =je le veux.

^ Aisso est un renforcement de eisso [ecce hoc). On le trouve encore sous cette forme primitive dans la Vie de sainte Valérie (1641). Dans les textes de Limoges des X1V% XV" et XVI" siècles, aysso et eysso sont employés concurremment. Tous deux se lisent également (sous les formes aizo et eyzo) dans le fragment de traduction de l'Evangile de saint Jean (XIP siècle) reproduit dans Bartsch.C/iresfom.,7-16, et qui, je crois, appartient au dialecte limousin.

^ Exemple de 1589 [Lim. hist., p. 28); aqueu d'aqui que ly bailhoro. Je n'en trouve pas de plus ancien.

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