‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 78 sur 119 · I. — Article · texte numérisé non relu

I. — Article

A. — Article défini

Il a été formé dans toutes les langues romanes d'un des adjectifs déterminatifs du latin: en langue d'oc comme en français, italien, espagnol, etc., de e/fe ; dans quelques dia-

\8ê DEUXIEME PARTIE

lectes, comme le sarde central et méridional et certaines variétés du catalan, de ipse^.

Grâce à la contraction des prépositions de, a, suppléantes des flexions casuelles disparues, avec l'article masculin, celuici se trouve avoir des formes particulières pour représenter le génitif et le datif. Nous les désignerons sous ces noms pour abréger, comme nous l'avons déjà fait pour les pronoms personnels.

a. — Masculin Sing. nom. lo, le^, l' lou, lu*, l'

* A Mayorque es, sa (V. BoffaruU, Sistema gramatical delalengua catalana, p. 24, 80); en Sardaigne, su (pliir. sos ou is), sa. Un article de même origine a existé, existe peut-être encore, dans quelques variétés méridionales de la langue d'oc. Les Leys d'amors (II, 122) le constatent, car elles blâment ceux qui disent so vergiers, es cavals, sa taula, au lieu de lo vergiers, lo cavals, la taula. On trouve plusieurs exemples de cet article dans Flamenca (v. 1550, 3147, 3554), et le Mystère de sainte Agnès, publié par M. Bartsch en 1869, en offre un assez grand nombre. Il y en a deux dans le Ludus sancti Jacobi, v. 366, 367. Je dois dire que M. Meyer {Rev. critique, 1869, 2° sem., art. 184) considère simplement ces formes comme une particularité de prononciation, comme le résultat d'une substitution bizarre de ski. M. Bartsch n'y voit qu'une faute à corriger. L'une et l'autre opinion me paraissent peu soutenables, surtout en présence de la forme masculine es, attestée par les Leys d'amors.

[ Ceci était écrit lorsque, grâce à une obligeante communication de M. de Tourtoulon, faite d'ailleurs à propos d'une question toute différente, j'ai pu lire dans le Diario de Barcelona. du 25 février 1870, un article consacré précisément à la Sainte Agnès de M. Bartsch et dont l'auteur, M. Milà y Fontanals, exprime, quant à l'origine de ces formes de l'article en provençal, la même opinion que j'émets ici. Je suis heureux de me rencontrer sur ce point avec le savant professeur. — Autre exemple, précieux par son antiquité, à joindre à ceux que j'ai relevés ou signalés ci-dessus : per za ma mi Uns = me tiens par la main. Je le trouve dans un extrait du cartulaire de Ijérins (3* quart du XP siècle), pag. 162 du Recueil d'anciens textes bas-latins, provençiux et français, que M. Paul Meyer vient de publier.]

^ Ces formes n'appartenaient pas à la langue commune. Elles étaient et sont restées particulières au dialecte languedocien. On les trouve ù la vérité, assez fréquerameni. même, dans des documents limousins du

Sing . gén . del, deu, de V del, déu, dôu, dau, de l'

— • dat. al, au, aT au, ou, a l'

— ace. lo, le, V lou,lu,l' Plur. nom. /« ♦, los, les^ loû

— gén. dels, deus,dals dôu, dau.

— dat . als, aus au, ou.

— ace. los, les^ lo.

b, — Féminin.

Sing. nom. la, V, Ihi, li la (lo), l'

— gén . de la, de V de la (lo), de t

— dat. a la, a r a la (lo), a l'

— ace .la la (lo), T Plur. nom. las la

— gén . de las de la

— dat. a las a là

— ace. las là.

OBSERVATIONS

I. — Nous employons l'article contracte devant les noms commençant par une consonne, Tarticle non contracte devant ceux qui commencent par une voyelle, et nous élidons alors, comme le faisait l'ancienne langue, sa voyelle finale tant au masculin qu'au féminin singulier. — Au pluriel, la voyelle étant longue ne s'élide pas, sauf quelquefois, par exception, au féminin (Ex : reigâ =■ les eaux).

XVI" siècle (Registres consulaires de Limoges); mais ce sont ici des formes françaises introduites par les rédacteurs de ces registres, qui, écrivant tantôt en limousin, tantôt en français, écorchaient pareillement les deux langues.

^ Lou et lu s'emploient concurremment, de même que lour et lur, dans les mêmes lieux.

* L'article li a survécu assez longtemps, dans le rôle exclusif de snjpt masculin pluriel, à l'ancienne déclinaison. C'est ce qu'on peut observer dans des textes de la fin du X1V« siècle publiés dans lo Limousin historique, où les règles <le la déclinaison, quant aux nom?, ne sont jamais observées, tandis qu'elles le sont encore (sauf un petit nombre d'exceptions) pou r l'article.

Plus bas que la contrée de Nontron, ainsi qu'en bas Limousin, Ys reparaît pour former liaison, tant aux formes non contractes qu'aux formes contractes.

IL — Dans l'ancienne langue, et principalement en poésie, l'article, comme nous l'avons vu faire aux pronoms personnels, s'affixait, après élision ou (pour H) semi-consonnification de la vojelle, au mot qui le précédait. Ex.: am mais quel rossignol (que lo); els riu son clar (e los); abans queil (que lij blanc puoi sion vert. L'article féminin éprouvait rarement ce traitement au singulier et il ne le subissait jamais au pluriel, ce qui s'explique par le poids de Va, qui rendait cette voyelle nécessairement plus résistante que l'o.

IIL — Les formes résultant de la vocalisation de 1'/, deu, au, deus, aus, sont fort anciennes dans la langue. On les constate dès le XP siècle, dans des textes dont l'origine limousine paraît certaine *. Elles abondent, sans y régner pourtant exclusivement, dans les documents des XIV®, XVetXVP siècles, tirés des archives de Limoges, et publiés par Lejmarie et Ruben*. Bôu, unique forme usitée aujourd'hui à Nontron pour le génitif des deux nombres, et qui est née de deu, comme le pronom ou de eu (el), n'apparaît qu'une fois dans ces documents 3. La Vie de sainte Valérie (1641) n'a encore elle-même que la forme deu. Au contraire, le datif des deux nombres 6u, qui est aussi pour ce cas la seule forme nontronnaiso, commence, dès le XIV® siècle, à alterner avec au.

* Anciennes poésies religieuses publiées par M. Paul Meyer, dansles pièces In hoc anni circula et Versus sancte Marie, tirées l'une et l'autre d'un ras. de Saint-Martial de Limoges.

- Limousin historique et Registres consulaires de Limoges.

^ Doudiz = desdits (Reg. consul., pag. 75, année 1514). Il est remarquable que celte forme dou so trouve (une fois seulement) pour del, employé partout ailleurs, dans le poërao de Blandin de Cornouailles, v. 350:

Per re dou mond(e) chc poges far

A rapprocher do ce fait que, dans le mémo poëme, le pronom singulier sujet de la première personne est toujours iou (pour ieu).

PARTIES DU DISCOURS l9l

C'est pourtant ce dernier qui a prévalu en haut-limousin, où deu s'est de son côté, probablement sous l'influence du dialecte auvergnat, renforcé en dau. Cette forme est déjà la seule, tant pour le pluriel que pour le singulier, qui se rencontre dans des lettres de 1666-1668, publiées par Ruben, dans son édition de Foucaud, pag, iv-vi. Elle est constante, ainsi que au, dans les œuvres des poètes du haut Limousin qui ont écrit au siècle dernier et au commencement de celui-ci. Aujourd'hui, j'en ai déjà fait l'observation, grâce à la réduction de la diphthongue , dau et au ne se prononcent plus, à Limoges, que dô et û.

A Tulle, 1'/ de del ou reste sans se vocaliser, et alors le plus souvent on prononce der, ou se vocalise en i. Au pluriel, la vocalisation se fait toujours, mais elle se fait en u, d'où naît , au contraire de ce qui a lieu chez nous, la distinction des nombres. — Il en est de même au datif, qui, dans cette variété du dialecte, est, non pas al, mais el, le vrai datif j ayant été supplanté, au singulier du moins, par le locatif de l'ancienne langue [el =: en lo, els = en los). Les formes correspondantes à dôu et à 6u, de Nontron, y sont donc, pour dôu, dei et dous; pour ou, et et ôus. L's du pluriel ne sonne qu'en liaison.

IV. — Dans l'ancienne langue, l'article se contractait nonseulement avec de, a, en, mais encore avec deux autres prépositions, per et sur: pel, pels; sul, suis. C'est ce quia lieu encore en bas Limousin et dans les cantons voisins du Périgord. De là les formes pel ou pei = pour le, peus = pour les, pella ==■ pour la, sul = sur le, etc.

V. — On sait qu'en français quelques substantifs se sont si bien agglutiné l'article que, la valeur de ce dernier ayant cessé d'être sentie, on a dû leur en préposer un autre ; tels sont loriol, lierre^. Ces mêmes mots présentent chez nous le

' Ex.duphéaomèae inverse recueilli en Saiotonge: de la belle vande= de belle lavande.

même phénomène. On y dit la Ihêdro fhederaj, usité surtout au pluriel, pour l'yêdro, lou lôuriôu pour Vôuriôu (auriolj, lou landiêT^onr l'andiê. L'âgglxitinaition de l'article n'est pas encore achevée dans l'endemo ; mais elle est en train de s'accomplir, car beaucoup disent lou lendemo, à l'exemple du français (le lendemain).

B. — Article indéfini

Sing. masc. suj. us, uns, réy. «, un. un.

— fém. suj. et rég. una. uno.

Plur. masc. suj. u, un, rég. us, uns. û.

— fém. suj. et rég. Mna.«. unâ.

L'article indéfini n'est autre que l'adjectif numéral un, una, et il se décline absolument de même dans les deux acceptions. L'aphérèse lui enlève ordinairement son u initial : 'n ôme, 'no fenno = un homme, une femme ; unâ forcei =■ des cisailles (forfces). Ce dernier exemple montre dans quel cas on l'emploie au pluriel : c'est quand il se rapporte à un substantif usité seulement au pluriel, ou qui, l'étant aussi au singulier, reçoit au pluriel une signification plus ou moins diff'érente, mais désignant d'ailleurs dans les deux cas une chose unique. — Dans l'ancienne langue, cet article avait au pluriel un emploi un peu plus étendu. On s'en servait pour rendre l'idée que nous exprimons en français par le génitif pluriel de l'article défini. Ex. : unas novas vos vuelh contar (R. Vidal de Bezaudun, dans Raynouard, L. R., V, 446); — avian unas autras doublas (Forleaux de Limoges, 1489, dans Lim. hist., pag. 486). Aujourd'hui, en pareil cas, nous suivons l'usage français: dôu hômei, de la fénnà^. C'est aussi, comme en français, du génitif de l'article défini que l'on se sert pour rendre la signification partitive : dôu po, dôu vi^.

' Per deu diableys —pour des diables (Vie de saintn Valérie, 1641).

^ Exemple dii XV* siècle (1436) : am deu pa e fromage ho am deux especis (Lim. hist, pag. 413). J'en trouve môme un dans G. do Roosiilon, V. 4039 : ilh demandcn de Vaigua.— Dans les dialectes plus méridionaux

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