SOS
soû.
Fém. sing.
sa
sa (so).
plur.
sas
sa.
— Masc. sing. suj.
rég.
sens, siens '^ seu, sieu
seu, se.
plur. suj.
rég.
soi^ sei, siei, si sens, sieus
seii, se.
Fém. sing.
soa, sieua
souo (monos.)
plur.
soas, sieuas
souâ (Id.).
' De voster, forme archaïque et vulgaire.
* Réduit à si devant dons, comme mieu à mi. (Voir la note de la page précédente.)
OBSERVATIONS
I. — Le latin, on le sait, ne distinguait pas, à la troisième personne, entre un et plusieurs possesseurs; aussi n'avait-il pas pour cette troisième personne de forme correspondant à noster et vester. Pater suus signifiait également son père et leur père. Il en est encore de même en espagnol et dans les dialectes méridionaux de la langue d'oc, le gascon, le languedocien, le provençal; mais la langue classique n'employait son, sa, que pour un seul possesseur, réservant pour plusieurs le génitif pluriel conservé du pronom ille (lor = illorum). C'est encore la règle également dans le limousin moderne.
II. — Mon, ton, son, aux premiers âges de la langue, pouvaient recevoir l'article. C'est ce qu'on voit dans Boëce, dans le fragment de traduction de l'Evangile de saint Jean, dans la pièce In hocanni circulo, publiée par M. P. Mejer, tous textes que je crois d'origine limousine*. Mais les troubadours ont laissé ces adjectifs sans article. C'est ce que nous faisons toujours aujourd'hui. — Grâce probablement à l'influence française, c'est sous la forme masculine que ces adjectifs sont employés au singulier, devant les noms féminins commençant par une voyelle : moun armo = mon âme; soun eipêyo =■ son épée. Cet abus date de loin, car je le constate déjà dans des textes du XV» siècle. Une trace de l'ancien usage correct
* Cet usage de mon, ton, son, avec l'article, rejeté delà langue littéraire, paraît, s'être maintenu en Limousin, dans le langage populaire, jusqu'à une époque relativement récente. La Vie de sainte Valérie (1641) offre un exemple de son accouplé avec rarlicle indéfini : un son nebout (fr. un sien neveu). Je lis lo ton bon char filh dans un texte antérieur d'environ deux cent cinquante ans {Prière à N.-D. des Sept- Douleur s, Remania, L 409), dont l'origine limousine, je l'ai déjà dit, me paraît probable —Quant aux documents imprimés tirés des archives de Limoges, ils ne présentent pas trace d'un pareil emploi de mon, ton, son.
(élision de Va) nous reste dans Texclamation marmof = (par) mon âme! qui, du reste, à présent ne se dit plus guère ^
III. — Meû, teii. seû, plus fréquemment employés à Nontron sous la forme réduite mê, tê, se, ne précèdent plus jamais, comme ils faisaient souvent dans l'ancienne langue, le substantif auquel ils se rapportent. Ils prennent l'article, que ce substantif soit exprimé dans la proposition ou sous-entendu, sauf le cas où ils correspondent au français à moi, à toi, à lui h queû pra ei meû = ce pré est mien, mais guet lou meû c'est le mien; ou queû pra ei lou meû, queû-qui ei lou seû = ce pré est le mien, celui-ci est le sien. — Nùtre, vôtre etlour, après leur substantif, prennent ou rejettent l'article d'après les mêmes règles. Placés devant, ils suivent la règle de moun, toun, soun, c'est-à-dire qu'ils rejettent toujours l'article.
IV. — On a vu plus haut que l'article remplace souvent le pronom démonstratif devant les prépositions. Ex. : vei-qui ta coueifo é la de ta mai =:^ voici ta coiffe et celle de ta mère. C'est aussi, ce me semble, comme suppléant le pronom démonstratif qu'il faut le considérer, lorsqu'il est suivi d'un adjectif possessif; car si, au lieu de la de ta mai, je dis la souo, le rôle de la est toujours le même, puisque souo = de ta mai. Et ce qui vient encore à l'appui de cette opinion, c'est que les adjectifs possessifs s'unissent souvent au pronom démonstratif neutre co ou aco : co meû, co seû, co vôtre, co lour, etc . ; ce que les paysans de chez nous qui veulent parler français traduisent naturellement par ça mien, ça sien, etc. Ces expressions s'appliquent soit, en général, au bien de la personne {quel ôme o minja co seû = cet homme a mangé son bien)., soit à une chose
' On trouve dans Richard (né en 1730) deux ou trois exemples isolés du ciainticn de la forme féminine avec élision, seulement devant le mol eichino : ira m'eichino, ira s'eichino Je ne sais si ces expressions ont encore cours dans quelques endroits.
' Excepté aussi, pour meu, mia. le cas d'ailleurs assez rare oii ils sont employés, sans substantif exprimé, au vocatif : meû, mio, comme on dirait, en français : mon ami, ma bonne.
particulièrement désignée [quei co meû = c'est à moi, cela rn appartient]^.
V. — Dans la contrée de Tulle et dans quelques parties du Périgord, nostre et vostre gardent leurs intérieure. A.u pluriel, la finale es n'j devient pas ei, et Vs, tant au féminin qu'au masculin, se fait sentir en liaison. Il en est de même au pluriel des autres adjectifs possessifs, comme au reste de tous les pronoms et de l'article.