III. - Adjectifs démonstratifs
Le pronom latin ille fournit à l'ancienne langue, outre l'article et le pronom personnel e/ — ela, trois pronoms ou adjectifs démonstratifs, en se combinant avec les adverbes ecce et eccum. Ce sont cel [ecc'ille), aissel [ecc'ille encore), et aquel [eccu'ille). — fste donna pareillement, outre le simple est, deux formes composées avec ecce et eccum; ce sont cest {ecciste) et aquest [ecciCisté). De ces six adjectifs il ne nous reste plus que aquel et aquest^, et il n'y a plus, du moins en haut Limousin et dans la contrée de Nontron, que le premier qui soit en même temps pronom.
Aquel
Masc. sing. aquel, aqueu, aquelh aquel, aqueii.
plur. suj. aquil, aquilh, aquelh aquî.
rég. aquels, aqueus aquî, aquéu.
Fém. sing. aquela aquélo.
plur. aquelas aquelâ.
Aycelse déclinait comme a^^Me/; mais ce/ était beaucoup riche
* Ces expressions sont anciennes, du moins dans la première acception. Je trouve aguo se» dans un texte périgourdin de 1383 (Dessales, iïjstotr? des comtes de Périgord, Preuves, p. 2) et d'aquo lor dans un document limousin de 1371 {l.im. hist . p. 622).
' Est et cel figurent encore quelquefois dans des documents du XV* siècle (Lim. hist., passim); mais je ne trouve ni cest, ni aycel, dans aucun de ceux qui ont été publiés dans ce recueil.
en flexions que ces deux derniers. Je donne ici le tableau de ses formes principales :
Masculin Féminin
Sing. suj. cel, celh, ceu cela, celha,cil, cilh.
rég. cel, celh, celui cela, celha, celei, celeis.
Plur. suj. cil, cilh, celh, cels, cens celas.
rég. cels, cens celas.
Cel au masculin n'était presque jamais employé que comme pronom.
Aquest
Masc. sing. aquest aquéte.
plur. suj . aquist, aquest .
rég. aquestz, aqueszS aquetei.
Fém. sing. aquesta, aquist aquéto.
plur. aquestas aquétâ.
Ni est ni cest n'ayant été plus variés dans leurs formes que aquest, le paradigme de ce dernier peut servir pour les trois.
OBSERVATIONS
I. — A quel et aquete subissent presque toujours l'aphérèse de l'a. Ceci est, dans notre dialecte, une habitude fort ancienne, car on trouve déjà queu fruit dans un texte limousin du XP siècle *.
IL — lil de aquel persiste devant les voyelles. Elle se vocalise toujours, comme elle faisait déjà souvent dans l'ancienne langue, devant les consonnes*. Il faut remarquer que, contrairement à ce qui se passe dans les autres mots en eu, cette
* Versus sancte Marie, V. 22, dans Paul Meyer, Anciennes Poésies religieuses en langue d'oc.
2 Dans les textes de Limoges des XIV', XV% XVI' siècles, on voit VI tantôt se maintenir, tantôt se vocaliser. Le dernier cas se présente do plus en plus fréquemment à mesure qu'on se rapproche de l'époque actuelle. Dans la Vie de sainte Valérie (1641), la vocalisation est constante.
diphthongue, ni dans aqueû, ni dans le simple eu (el), ne se réduit jamais k ê. — La forme aquelh modifiée en aquei, selon la règle, a persisté en quelques endroits, comme nous avons vu que l'a fait elh, moyennant la même modification*. — En haut Limousin, queû devient souvent quiau, comme eu {el) devient yau, probablement par l'intermédiaire de quiôu, qui existe aussi. Quieu, qui a nécessairement précédé l'un et l'autre, se lit deux fois dans le Testament de J. Faulcon (1475). Il est probable qu'il se dit encore en plusieurs lieux.
III.— Contrairement à la règle générale, c'est, au pluriel de aquel, le cas sujet et non le cas régime qui a persisté àNontron et en haut Limousin. On a vu qu'il en est de même au pluriel du simple el (per i {il) et non per eus). C'est probablement le besoin de distinguer les nombres (lesquels, comme dans tous les noms en eu, se seraient nécessairement confondus) qui a été la cause de cette dérogation à la règle '.
IV. — On a des exemples qui remontent au XV^ siècle de la chute de Vs de aquest dans notre dialecte 3. Cette chute n'a pas lieu en bas Limousin. Chez nous, contrairement à la règle générale, elle n'a pas été compensée ; car non-seulement l'e précédent ne s'est pas diphthongue en ei, mais encore il est devenu bref.
V. — Aquel s'emploie devant tous les substantifs indifféremment et traduit le fr. cet; mais aquete ne s'emploie plus au-
' Registres consulaires de Limoges, pag. 14 (année 1508) : aquey libre;— Sainte Valérie (1641) : aquey monde.
''A tous aquils (Test, de J. Faulcon, 1475); lo profiech d'aquilhs (Reg. cons., p. 25; 1509). Dans ces registres, aqueus n'apparaît jamais, non plus que dans Sainte Valérie, oîi aqui est la seule forme du pluriel. Dans les documents du XIV' siècle, contenus dans le Limousin historique, aquilh (avec ou sans s) est toujours sujet.
' Test, de J. Faulcon (1475) : une fois quet, une fois aquet. — Cependant r* n'avait pas encore fini de disparaître en haut Limousin, en 1666, car on lit dans des lettres de cette date (Ruben, Œuvres de Foucaud, IV-VI) : aquesle co. aquesto annado, à côté de aquetto lettro.
jourd'hui, à Nontron du moins, devant les noms de personne ni devant les noms d'objets matériels. Ainsi on dira quête co, queto semmâno, quétâ fêta (cette fois, cette semaine, ces fêtes), mais non pas quête couteû, quête chavau, queto fenno (ce couteau, ce cheval, cette femme) .^ouv àéiQVTûxnev aquel \)\\x?, précisément, on lui adjoint quelquefois l'adverbe qui, que l'on place après le substantif: quel ôme - qui = fr. cet homme-ci. L'adverbe lai (fr. /à), corrélatif àequi, qui s'adjoint souvent à aç'Me/ pronom, s'adjoint beaucoup plus rarement à aquel adjectif: quélà fennâ-lai.Qua.id à aquete, il ne prend jamais ni l'une ni l'autre de ces particules; car, plus démonstratif que aquel, il a par lui-même toute la précision que ce dernier n'obtient que par l'adjonction de qui au substantif qu'il détermine. Ainsi quetei jour doit se traduire en français par ces jours-ci.