‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 82 sur 119 · IV. — Autres adjectifs déterminatifs · texte numérisé non relu

IV. — Autres adjectifs déterminatifs

Mémo, lou mémo

L'ancienne langue avait m (ipse), meteis (metipse) fém. eissa, meteissa, avec des variantes en e pur et en d ou z, et de plus medesme {metipsissimus)^ et, sans d, meesme.

Cette dernière seule nous est restée et, ce qui est singulier, seulement sous la forme féminine. Cela est dû probablement à l'influence du français, où cet adjectif est en e muet aux deux genres (cf. ci-dessus les substantifs masculins en o pris de cette langue, comme mêro = maire). Ainsi nous disons lou mémo — la mémo, loû mêmà — la mêmà. Mais, au pluriel masculin, le plus ordinaire est de le laisser invariable, ce qui a lieu aussi, mais bien plus rarement, au féminin : loû, là mémo = les mêmes. L'invariabilité est dérègle, aux deux genres, quand le substantif ou le pronom précède immédiatement : quei î mémo, quei élâ. mémo.

Autre Masc, sing. altre, autre autre.

I^VRTIES DU DISCOURS 201

Masc. plur.

sujet, rég.

autre, ( autres

autres.

autrei.

Fém. sing.

autra

autro .

plur.

autras

ôutrâ.

Le masc. sing. prenait quelquefois, comme sujet, dans Tancienne langue, Y s flexionnelle. — On trouve dans Boëce (v. 10) aùre, qui nous offre le plus ancien exemple de la vocalisation de / en i.

A aw/re se rattachent trois adjectifs composés, dont le premier élément est, non pas à la vérité alter, mais alius.Ce sont aital, aitant etalcanty ce dernier déjà tout formé en latin {aliquantiis). Ces adjectifs sont aujourd'hui inusités*. Aital a persisté en bas-limousin comme adverbe.

Chaque

Cet adjectif est emprunté au français. La forme classique correspondante est quex {quisque), au fém. quega, périmée de fort bonne heure 2. Chaque au féminin fait châquo. Il n'a pas de pluriel.

— Chacun, qui nous vient de l'ancienne langue {chascus, cascus, quascus - quisque unus), ne sert plus aujourd'hui que comme pronom; mais il était encore usité comme adjectif au XVII« siècle, au moins dans quelques locutions, car on trouve chacun an dans Sainte Valérie. — Un autre pronom de même signification est chadun (anc. cadaus), qui ne se dit plus qu'en bas-limousin et que les dialectes plus méridionaux de la langue d'oc ont conservé sous la forme cadun. L'ancienne langue

' Les deux derniers, je pense, depuis longtemps, car je n'ai pu les découvrir dans les textes de Limoges des XI V-XVI° siècles, auxquels je me suis déjà référé souvent. Au contraire, aital (eytal) y est fréquent-

^ L'ancienne langue avait, de plus, usqusx-unaquega (unusquisque). — Un exemple récent de la même métathèse qui a produit quex nous est offert par dixe, comme le peuple, en beaucoup d'endroits, appelle les disques des chemins de fer.

sot DEUXIEME PARTIE

avait encore le simple cada^, adjectif invariable signifiant chaque, que l'espagnol, qui l'avait aussi, a conservé jusqu'à nos jours.

Cauque

Calsque, rég. calque (qualisque), des deux genres dans l'ancienne langue ety gardant toujours que invariable, a pris chez nous les formes cauquei pour le masc. plur. et cauqiio — côuquâ pour le féminin '. Il a les mêmes emplois que le français quelque , son composé caucun ne sert plus que comme pronom.

Aucun

Cet adjectif est composé de alque (aliquis), que nous avons laissé périmer, et de un. L'ancienne langue s'en servait aussi bien dans des phrases affirmatives que dans des phrases négatives. A présent il n'a plus jamais que le sens négatif, qu'il y ait ou non de négation exprimée .

Nul

Nullus, dans l'ancienne langue, avait donné à la fois nulh et nul (fém. nulha et nulla.) C'est la dernière seule de ces deux formes qui nous est restée, mais on s'en sert rarement.

L'ancienne langue employait au même usage que nul, negun ou degun {nec unus), étymologiquement identique. Cet adjectif, je l'ai déjà dit, ne sert plus aujourd'hui que comme pronom', au sens absolu du français /jersonne.

* Sur l'origine de cada, qui est le grec xarâ, voyez la lumineuse discussion de M. Meyer dans Romania, II, p. 80. Ce mot persiste encore en limousin dans le substantif composé chadan {champ qu'on ensemence chaque année).

2 Quauquo nouvello ( Sainte Valérie,l6i\); — Cauquey, quauquo (Lettres de 1666). — On trouve calqua dans le Ludus Sti Jacobi (v. 327, 35i}, texte du XV' siècle en dialecte provençal.

3 II a conservé la fonction d'adjectif dans la locution adverbiale en degun lio {in nec uno loco) = fr. nulle part.

Tout

Masc. sing.

suj.

totz^ toz

l tout.

rég.

tôt

plur.

suj.

tuit, tuch

S toû.

rég.

totz, toz

Fém. sing.

tota

1 touto J toutà

plur.

totas

Je n'indique au masculin de Tancienne langue que les formes principales. — La forme tuch {tue, tug), qui résulte de la consonnification de Vi de toti, suivie de son durcissement en ; et du renforcement consécutif de ; en ch, n'était pas encore périmée dans notre dialecte au XVIP siècle. On en trouve de nombreux exemples dans la Vie de sainte Valérie*. — Le f du masculin singulier reparaît toujours en liaison devant les voyelles : ^ou^ cime, toutanimau.

Plusieur

Telle est la seule forme sous laquelle se présente aujourd'hui chez nous le /jZwsor ou/)/msor(lat.p/wnores) de l'ancienne langue. C'est évidemment la forme française que nous avons substituée à cette dernière ; mais cette substitution n'est pas récente, car plusieurs se lit déjà dans des textes de Limoges du XVP siècle*. Plusor servait aussi souvent comme pronom que comme adjectif, et on l'employait fréquemment avec l'ar. ticle, au sens absolu de la, plupart (H plusor).

L'ancienne langue avait encore, pour signifier un grand

1 La forme la plus fréquente y est tue. Les autres son tuch, tut et enfin tous. Elles servent toutes indifféremment pour le sujet ou le régime plurie masculin.

'Reg. consul. Elle y alterne avec plusoiirs. Sainte Valérie n'a que plusieurs.

nombre, les adjectifs mant {maint, manh) et molt^ . Ils sont aujourd'hui complètement périmés.

Soii

C'est le latin solus, dans l'ancienne langue sol, sola. L'I, au masculin singulier, reparaît quelquefois en liaison, et alors Vou s'abrège; mais cela, à Nontron, est très-rare. Le féminin, selon la règle, est soulo — soulâ.

Tal {tau)

Des deux genres en latin, talis resta tel en langue d'oc; mais de bonne heure on le voit prendre quelquefois la flexion féminine a {tala). Cette forme a depuis longtemps prévalu en limousin. Toutefois de temps en temps, mais de plus en plus rarement, on emploie encore tau au féminin : uno tau = une telle, de tau fîlhâ-= de telles filles (Richard).

Un synonyme de tal était aytal, plus fréquemment en limousin eytal, déjà mentionné sous autre.

Cal [eau)

Tal a pour corrélatif m/, déjà mentionné à l'article des pronoms relatifs et qui aussi, comme on l'a vu, reste encore quelquefois des deux genres : Uno coueifo tâlo cdlo (une coiffe telle quelle). Remarquons ici que le barbare pléonasme quelque . . . .que, substitué par le fr. moderne à l'ancienne expression correcte quel... que, n'a pas pris pied chez nous. Nous disons, par exemple, a calo ouro que sio, a eau prî que sio. Il se mon-

^ Ajoutons t7'0p, qui paraît n'avoir été usité coinmo adjectif que dans quelques dialectes méridionaux, le languedocien par exemple [en Iropas autras tennenatios, Leys d'amors, II, 160). Gomme adverbe, il appartenait à la langue commune, et nous l'avons encore, avec le sens plus restreint auquel il s'est également réduit en français.

tre pourtant très-fréquemment dans les textes de Limoges {Lim. hist., passim) dès le XIV siècle, qui est précisément Tépoque où il a commencé de s'introduire en français*.

Tant

Je ne mentionne ici que pour mémoire cet adjectif, qui aujourd'hui n'est plus jamais employé comme tel. Il sert seulement comme adverbe. Dans l'ancienne langue, il avait en outre tous les emplois du latin tantus, d'où il vient :

En Lemosi ont a trag mant cairel En tanta tor, tans murs, etc.

(Bertrand de Born.)

Sur aitant, synonyme de tant et devenu comme lui inusité, voir ci-dessus, sous flu^r/?.

Quant

Cet adjectif, qui était aussi pronom relatif (voir ci-dessus, p. 184), est resté usité àTulle, en tant qu'adjectif, comme ill' était dans l'ancienne langue, c'est-à-dire qu'il se décline : quantes cou f =qu€ de fois! — quantas poumas heilas - vous? =^ combien de pommes donnez-vous ?

A Nontron, il est toujours invariable et ne se joint jamais immédiatement à un substantif. Aussi peut-on dire qu'il n'y est plus qu'adverbe : quan sount-elà ? = combien sont-elles ?

' Ex.: 1471, en quoique hora que l'effans naycha (p. 638); — 1436 de quoique condicieu que se sia. — Dans les monuments littéraires de la vieille langue, cal n'est pas, comme à présent chez nous et comme dans l'ancien français, séparé de que par son substantif. Ex. : calque chausa requeret (Trad. de l'Ev. de saint Jean); — calsque dans m'en sia desHnatz (Bérenger de Palasol, dans Raynouard, Gramm. rom., p. 150i.

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