‹ Grammaire Limousine: phonétique, parties du discoursChapitre 94 sur 119 · CHAPITRE QUATRIÈME TROISIÉMK CONJUGAISON OU CONJUGAISON ARCHAÏQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME TROISIÉMK CONJUGAISON OU CONJUGAISON ARCHAÏQUE

Cette troisième conjugaison est le produit de la confusion qui paraît s'être opérée dans le latin vulgaire, plus ou moins complètement selon les lieux, entre la deuxième et la troisième conjugaisons latines. C'est la seconde qui a fourni les éléments les plus importants et les plus nombreux, par exemple les flexions toniques du présent de l'indicatif (em, etz= ëmm, ètîs, non ïmus, ïtis). La troisième n'a contribué que bien plus faiblement : plusieurs des anciens verbes en ère n'ont reçu

< En certains lieux, par exeraplo dans les campagnes au nord de Nontron, ces quatre participes ont été régularisés : crubi, dnbri, ofri. .mfri. —Ubrit et cobrit sont déjà dans Gérard de Rossiilon {v. 1957, 1940)

d'elle que leur nouvel infinitif (tel dôure := dolere), et un assez grand nombre ne lui doivent aucune de leurs formes.

On sait qu'en latin la première conjugaison et la quatrième étaient les seules dont le parfait et le participe passé fussent toujours accentués sur la flexion (amâvi, audivi). Dans la troisième et la seconde (sauf le petit nombre de verbes exiévi de celle-ci), l'accent de la première et de la troisième personne du singulier, et aussi (en latin vulgaire) de la troisième du pluriel, portait sur la vojelle radicale: scripsi, scripsit, scrîpsenmt; — légi, légit, légerunt; — mônui, mûnuit, mônuerunt, reculant même, dans ce dernier cas, de deux syllabes, à cause de la consonnification de Vu qui paraît, en de telles formes, s'être habituellement produite. On est convenu d'appeler parfaits forts, participes forts, les parfaits et les participes qui ont ainsi conservé l'accent sur le radical; inversement ceux qui, soit d'origine, soit par suite d'un allongement subséquent, sont accentués sur la désinence, sont qualifiés de faibles.

Les parfaits et les participes forts du latin durent tous rester tels en passant en langue d'oc. Mais, dès les plus hauts temps, plusieurs ne se présentent que munis de flexions toniques, et la tendance à l'afî'aiblissement de ceux qui étaient restés forts se manifeste déjà dans les plus anciens textes*. La tradition littéraire dut enrayer ce mouvement durant l'âge classique; mais^elle ne l'arrêta point, comme en témoignent les formes affaiblies que l'on rencontre, de plus en plus nombreuses, dans les monuments littéraires ou autres, à mesure qu'on se rapproche de notre époque '. Aujourd'hui il n'y a plus en limousin ni, je crois, en général, en langue d'oc, —

' On trouve, par exemple, des formes faibles en grand nombre (mais seulement à la première pcrs. du sing.) dans ïm Fragm. de la trad. de l'evanrj. de saint Jeara, XI" siècle (liartsch, 7-16) : d'Ssii (très fréquent), fezii, Iramezii, venguii, conogun (accentué-; dans le ms. sur le premier «). — Rivenit, presit (troisième pers.) sont dans G. de Rossillon, v. 279, 754).

' P. ex. : aucizeron, XIII» s. Bartsch (236, 39), mezero, XIV» s. (id. 385, 8\ aduyscro (ibid. 374, 26.) presseron (Blandin de Cornouailles, 75), venguet {Albiicasis, XIV* s., Rev. des Lang. rom., I, 15), trayssec,\estreyssec, dissec, remazero (ibid).

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sauf, par ci par là, quelque épave isolée*, — de prétérits forts; mais il reste quelques participés de cette catégorie. Tels sont e/er, cuber, duber, siifer, mor, déjà mentionnés comme exceptionnels dans la conjugaison précédente, et un certain nombre d'autres qu'on verra plus loin.

Je diviserai les verbes de cette troisième conjugaison en trois classes, d'après la forme de leur prétérit: première classe, prétérit en e^; deuxième classe, prétérit en set; troisième classe, prétérit en guet^.

Voici d'abord, comme modèle, le paradigme de vendre, l'un de ceux de la première classe :

INFINITIF Vend re Vend re

FUTUK

vendrai, etc. vendrai, etc.

CONDITIONNEL

vendr ia, etc. vendr io, etc.

INDICATIF PRÉSENT vend, vend i, e vend e

vendes

vend ei

vend

ven

vend ern

vend em

vend etz

vend ê

vend en,

on, 0.

IMPARFAIT

vend en, ou

vend ia vend io

* Fu. furen et fi, firen, se disent encore de temps en temps, mais bien moins fréquemment et moins généralement que fugué, fuguéren et fagué, faguêren. Ce sont les seules traces de prétérit fort que conserve notre dialecte.

' Ici et dans les pages qui vont suivre, c'est la troisième pers. du prétérit que je cite de préférence, parce que c'est la seule qui, dans tous les dialectes modernes, soit restée conforme à l'ancien type, c'est-à-dire dérive sûrement du parfait latin. (Voyez ci-dessus, p. 210.)

vend tas vend iâ

vend ia vend io

vend lam vend iam, iem

vend iatz vend iâ

vend ian, ien, ion, io vend ian, ien, ou .

IMPÉRATIF

vend

ven

vend am

vend am

vend etZm

vend ê.

SUBJONCTIF PRÉSENT

vend a

vend e

vend as

vend à, ei

vend a

vend €

vend am

vend am

vend atz

vende, ê, ei

vend an, on, o.

vend an, ou.

PARTICIPE PRESENT

vend ent vend en.

PRÉTÉRIT DE L'INDICATIF

vend ei, i vend ei, i

vend est vend êrei, a

vend et vend é

vend em vend êrem, am

vend etz vend êrei, à

vend e7'on, o, en. vend èren, ou.

vendes, esas vende, esso

vend esses vend essù

vend es, essa vend ê, esso

vend essem vend essam

vend essetz vend essâ, ei

vend essen, an, on, o. vend essan, ou.

vend era vend eras vend era vend eram vend eratz vend eran.

vend ut, uda

PARTICIPE PASSÉ

\vend ero) vend erà {vend ero) vend eram vend erà vend eran.

vend u, udo

Les listes ci-après comprennent tous ou presque tous les verbes de la conjugaison archaïque que nous possédons encore. C'est, comme on doit s'y attendre, celle de toutes qui a fait relativement le plus de pertes. Non-seulement un grand nombre des verbes qui la composaient autrefois ont aujourd'hui complètement disparu, mais encore beaucoup de ceux qui nous restent sont devenus défectifs. Quelques-uns même ne sont plus usités qu'à une seule forme, par exemple : ardre au participe présent {arden), teisseret lezer à V mûmWî {tieissei, lezei ), et ce dernier seulement comme substantif.

Parmi les verbes de cette conjugaison, un petit nombre seulement avaient déjà dans l'ancienne langue leur prétérit faible. Ils étaient tous compris dans la première classe, dont ils formaient la majorité.

Première classe. — Prétérit en et^

Dans les verbes de cette classe, la flexion du prétérit se joint immédiatement au radical (primitif ou transformé). Plusieurs en font aujourd'hui partie qui, dans l'ancienne langue, appartenaient à la deuxième classe ; je les examinerai séparément et en dernier lieu. Ils forment la troisième subdivision (C) ci-après, sauf un seul {traire), placé à la fin de la deuxième subdivision.

< On remarquera que plusieurs verbes de cette classe ont leur prétérit terminé en quel on en set; mais la consonne y appartient au ndical, non à la flexion.

A . — Verbes dont la dernière consonne radicale persiste IDENTIQUE A TOUTES LES FORMES. — Ces verbes se conjuguent en tout comme vendre. Tous, moins un ( couseï), ont leur radical terminé par une explosive. La plupart ont eu leur prétérit faible dès le premier âge de la langue, et cet affaiblissement remonte probablement, pour plusieurs d'entre eux, jusqu'au latin vulgaire, comme on peut l'induire de ce qu'ils ont été faibles aussi dès le principe en français, en italien et en espagnol*.

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