‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 11 sur 89 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

Ceux qui vont mourir te saluent; en latirij Morïluri te salutant, paroles que prononçaient, en s'inclinant devant la loge impériale, les gladiateurs qui défilaient dans le Cirque avant le combat, où presque tous, en effet, devaient trouver la mort.

Les scènes les plus lugubres de l'histoire ont leur parodie comme les œuvres les plus sublimes de la littérature. Le salut

suprême du gladiateur n'a pas échappé à ce sort, et, comme si les lauriers de Scarron avaient empêché la peinture de dormir, après le chef-d'œuvre si palpitant de M. Gérôme {Ave, Cœsar...), nous avons eu la toile spirituelle de M. Hamon, où les gladiateurs, transformés en escargots, défilent devant le Génie de la cuisine, et lui disent, avant de tomber dans la géhenne bouillante : Ceux qui vont mourir ie saluent.

Dans l'application, ces mots expriment une résignation suprême.

Chambres de Denys, allusion à une particularité de la vie de Denys le Tyran, qui ne couchait jamais deux nuits de suite dans la même chambre, de peur d'y être égorgé.

On rappelle souvent en littérature cette précaution puérile dont s'entourait une tyrannie soupçonneuse.

Chapeau de Gessler. Gessler, bailli d'Albert l", empereur d'Allemagne, avait fait arborer le chapeau ducal sur la place publique d'Altorf, et prétendait obliger tous les Suisses à le saluer en passant. Guillaume Tell ayant refusé de se soumettre à cette humiliation, le gouverneur le fit arrêter, et, le sachant très-habile archer, le condamna à traverser d'une flèche une pomme placée sur la tête de son jeune fils, épreuve terrible dont Guillaume Tell sortit victorieux.

Les écrivains rappellent le chapeau de Gessler au sujet de mesures humiliantes auxquelles on refuse de se soumettre.

Char de feu d'Élie, char enflammé sur lequel le prophète

Élie fut enlevé au ciel, et qui, dans l'application, caractérise l'enthousiasme qui nous emporte hors des limites ordinaires assignées aux inspirations de l'esprit humain.

Chemin de Damas. Voyez Saint Paul.

Chêne de "Vincennes. Saint Louis, un des plus grands rois qu"ait eus la France, s'en allait quelquefois au bois de Vincennes, s'asseyait au pied d'un chêne et rendait la justice à tous ceux qui avaient des plaintes à lui porter, quelle que fût leur condition.

Cette circonstance est souvent rappelée par les écrivains.

Cherchant quelqu'un à dévorer; en latin, Quœrens quem devoret, expression de saint Pierre pour peindre les embûches que le démon tend aux âmes j application facile.

Cheval de Caligula. On sait que Caligula, un des hommes les plus extravagants qui aient porté la couronne, s'étant pris de passion pour son cheval, nommé hicitotus, en fit son favori Jui monta une maison magnifique, lui donna des meubles et des serviteurs pour recevoir splendidement ceux qui venaient le visiter; enfin, que ce fou le faisait souvent manger à sa table, et lui sei'vait lui-même de l'orge dorée.

En littérature, on rappelle la folle élévation du cheval de Caligula, quand on veut qualifier quelque acte d'extravagance de la part de quelqu'un, et particulièrement d'un homme aji pouvoir.

Cheval de Job, allusion à l'un des plus sublimes passages de la Bible, offrant une magnifique description du cheval. Dieu, qui veut faire éclater sa puissance aux -^'eux de son serviteur Job, lui dit : « Est-ce toi qui as donné au cheval sa force et son courage? As-tu orné son cou d'une crinière flottante? Il bondit aussi léger que la sauterelle, et son hennissement est la voix de la terreur. Il frappe du pied la terre, et se rit du glaive qui menace sa poitrine. Les flèches volent, les piques étincelleut et, de son pied irrité, il creuse le sol. Mais la trompette sonne : il hennit , il bondit , il flaire de loin la bataille et dit : Allons! »

Les écrivains rappellent le cheval de Job , et surtout ce cri d'ardeur guerrière : Allons! chaque fois qu'ils ont à peindre un courage bouillant, impatient de se jeter au milieu des périls.

Cheval de Séjan. Fameux dans l'histoire romaine, le cheval de Séjan est resté proverbial parmi nous; mais, il y a plus de dix-huit cents ans, il était déjà passé à l'état de dicton chez les Romains, qui avaient coutume d'appeler cheval de Séjan toute chose dangereuse à posséder. Le fait est que lAJettatura moderne est distancée, même à Naples, par ce terrible /e?/a^ore à quatre pieds de l'ancienne Rome. On sait que son maître fut étranglé par ordre de Tibère; mais ce que l'on sait moins généralement, c'est que tous ceux qui le possédèrent moururent également de mort violente. Ainsi, il appartenait à Dolabella, lorsque celui-

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ci, assiégé par Cassius, fut contraint de se donner la mort; mais, à peine en possession dn fatal Arzel (c'est-à-dire marqué d'une balzane au pied droit de derrière), Cassius, se croyant perdu à son tour, se perça de son épée. Dautre part, vaincu a la bataille navale d Actium, Marc -Antoine le montait, lorsque, fuyant à Alexandrie avec Cléopàtre, il se tua pour ne pas tomber vivant dans les mains d'Octave. Cléopàtre entrait doQC à peine en possession du funeste héritage de son amant, lorsqu'elle eut recours au suicide célèbre qui devjiit la soustraire au vainqueur. Enfin Nejidus, dermer propriétaiie de ce cheval de malheur, fut précipité par lui et noyé dans un fleuve. »

Cheval s'étant voulu venger du cerf (Le), titre d'une fable de La Fontaine, dans laquelle le cheval implore le secours de l'homme pour se venger d'une injure que le cerf lui a faite. L'homme accepte, s'élance sur le dos du cheval, et le cerf perd la vie; m^ds, quand le cheval veut remercier son vengeur, l'homme, qui a reconnu l'utilité du fier et vigoureux animal, le garde pour son service.

La morale de cette fable s'applique à ceux qui, pour la satisfaction d'une passion aveugle, s'exposeui aux plus fâcheuses conséquences.

Chevaux de Diomède. Diomède, roi de Thrace, qui vivait aux teenps fabuleux, nourrissait ses chevaux de chair humaine; il fut vamcu par Hercule, qui le donna lui-même eu pâture à ses propres chevaux.

în littérature, on fait quelquefois allusion à cette sorte de loi du talion.

Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.

Vers de Boileau {Art poétique, chant II'. Boileau trace les règles de l'ode, et achàre d'en préciser le caractère et le génie par ce vers resté proverbe. Toutefois, pour bie t saisir la pensée de l'auteur, il ne faut entendre par ces mots qu'un désordre apparent, sous lequel se dissimule hibilement une liaison savante dans les idées, que la réflexion découvre.

Dans l'applicaiion. le vers du poète caractérise ces désordres savamment étudiés pour produire plus d'effet; il se dit quelquefois en parlant de la femme, négligée à force d'être simple, mais dont l'ensemble n'offre qu'un attrait plus piquant.

Bb GHAMMAIHE LITTÉRAIRE

CMen qui lâch.e sa proie pour l'ombre (Le),tilr d'une fable de La Fontaine dans laquelle un chien, voyant réfléchie dans l'eau la proie qu'il emporte, lâche celle-ci pour l'ombre.

Dans l'application, le Chien qui lâche sa proie pow l'ombre, est l'image de ceux qui abandonnent un bien , un avantage réel, pour courir après l'incertain.

CMmère (La). Voyez Belléroph.on.

Chi va piano va sano; clii va sano va lontano, proverbe italien signifiant : Qui va doucement va sûrement; qui va sûrement va longtemps.

Colombe apportant le rameau d'olivier, allusion à un passage de la Bible, quand la colombe sortie de l'arche apporta dans son bec un rameau d'olivier vert, qui était pour Noé le gage de la paix que Dieu faisait avec la terre, c'est-à-dire avec les hommes.

Dans l'application, la colombe avec son rameau d'olivier est devenue un symbole d'alliance et de réconciliation.

Dans les phrases suivantes, Vélève remplacera les points de suspension par la locution convenable.

On se souvient du bruit que fit, à son apparition, la fameuse bête du Gévaudan ; mais aujourd'hui encore on ne s'accorde pas sur son individualité. Etait-ce une louve, un loup-cervier, ou quelque lionne venue des déserts de l'Afrique? Les historiens sont divisés à cet égard. Tout ce que l'on sait, c'est que la bête affamée parcourait sans cesse les forêts et les campagnes,

Nous sommes partis du mémo point, vous et moi, il y a une dizaine d'années; pourquoi n'ai-.je pas suivi le

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même chemin que vous? Oui, la vraie vie est on province, et ceux qui courent, bride abattue, sur le pavé de Paris,

Rien de plus pittoresque que la demeure d'un artiste. Vous entrez, et voici la symétrie que vous admirez dans cet intérieur : Un bonnet de police fièrement campé sur la tète d'une Vénus, un chàle qui se drape sur le dos d'un Hercule, un vieux sabre rouillé pendu à la ceinture d'un saint Vincent de Paul; et, en voyant ces rapprochements comiques, on se rappelle son Boileau et on est tenté de dire à Tartiste :

Le maître do la critique est à la campagne depuis une semaine ; mais son compte rendu hebdomadaire n'y perd pas une ligne. On peut se le figurer écrivant assis à l'ombre d'un tilleul de son jardin, et assistant par la pensée aux représentations de l'Opéra ou du Théâtre-Français. C'est une image de Seulement, il s'agit de savoir si les arrêts du critique sont aussi justes que ceux du fils de la reine Blanche.

Napoléon était là, à cheval, l'œil ardent et comme éternel, avec cette figure calme, antique, impériale, et passant en revue, insoucieux du destin, les gardes qui défilaient devant lui. Il les envoyait alors en Russie, et les vieux grenadiers fixant sur lui leurs regards avec une gravité prophétique, avec un dévouement sombre et terrible, fiers d'aller au-devant de la mort, semblaient lui dire : !

Depuis que ce maudit chien est en ma possession, il m'est arrivé plus de malheurs que dans tout le reste de ma vie. Je suis tenté de croire que, par un effet de métempsycose, c'est le qui revit sous la forme de

Médor.

Tout Paris est aujourd'hui en démolition ; on ne rencontre que vieilles maisons abattues et arrachées de

CnA M.MAIUE I.ITÏÉRIAr.K

leurs fondements ; un tuyau de cheminée coudoie une corniche, un pilastre gît près d'une colonne abattue. Si Boileau lui-même revenait dans cette Lutèce qu'il connaissait si bien, il ne dirait certainement pas :

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