DIX-NEUVIÈME LEÇON
Lampe d'Aladin, lampe merveilleuse au moyen de laquelle Aladin, héros d'un des plus jolis contes des Mille et une Nuits, parvint à une brillante prospérité, après avoir vaincu une foule d'obstacles.
En littérature, on rappelle souvent la Lampe d'Aladin pour désigner le moyen, le pouvoir secret que possède un homme de satisfaire promptement tous ses désirs et ses caprices.
La nature a horreur du vide, aphorisme de l'ancienne physique, qu'elle formulait ainsi : Natura abhorret a vacuo, et qu'elle avait imaginé pour rendre compte de certains phénomènes restés jusqu'alors inexpliqués. Ce rôle imaginaire de la
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nature fut complètement supprimé par les expériences de Torricelli, disciple de Galilée, sur l'ascension de l'eau dans les pompes. Ce physicien démontra que l'ascension d'un liquide dans le vide a pour cause la pression atmosphérique, et que si l'eau, dans un corps de pompe, ne peut s'élever à plus de trentedeux pieds, c'est qu'à cette hauteur la colonne d'eau et la pression atmosphérique se font exactement équilibre.
L'horreur de la tiaiure pour le vide a passé dans la langue, et les allusions que l'on y fait sont le plus souvent plaisantes. Ainsi, l'ivrogne et le glouton expliqueront, l'un sa soif inextinguible, l'autre sa faim insatiable, eu comparant leur gosier ou leur estomac à dame yiature, qui a horreur du vide.
Lance d'Achille, allusion à la lance de ce héros, la divine Pélias, qui jouissait du merveilleux privilège de guérir les blessures qu'elle avait faites. Dans un combat, Achille avait blessé Télèphe, roi de Mysie. L'oracle ayant été consulté, il répondit que la blessure ne pouvait être cicatrisée que par la main qui l'avait faite. Ulysse prit de la louille de cette lance, en composa un emplâtre et l'envoya à Télèphe, qui fut bientôt guéri.
Quelquefois, mais abusivement, on dit la lance de Télèphe, ea prenant sans doute l'effet pour la cause.
Cette propriété merveilleuse, d'une chose qui blesse et guérit en même temps, rencontre des similitudes trop nombreuses pour qu'on n'y fasse pas de fréquentes allusions.
Lance d'Argail, lance qui avait la propriété merveilleuse de renverser tous ceux qu'elle touchait, et qui joue un grand rôle dans le poème de l'Arioste. Après la mort de son premier possesseur, elle tomba entre les mains d'Astolphe; puis elle appartint à la valeureuse Bradamante, qu'elle rendit en quelque sorte invincible.
Les poètes et les écrivains font souvent allusion à la lance d'Argail.
Lanterne de Diogène, allusion à un trait satirique de la
vie de ce célèbre cynique grec. 11 professait un si profond dédain pour l'humanité tout entière, qu'on le rencontra un jour en plein midi, dans les rues d'Athènes, une lanterne à la main, et répondant à ceux qui lui demandaient la raison de cette bizarrerie : « Je cherche un homme. »
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Ce mot de Diogène a passé en proverbe, et s'emploie dans des circonstances faciles à deviner.
La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée, aphorisme vieux comme le monde, qu'on a attribué à M. de Taileyrand, sans doute parce qu'il convenait parfaitement à son caractère, qui est resté pour ainsi dire le type de la finesse, ou plutôt de la duplicité diplomatique. Voici dans quelle circonstance ce mot aurait été prononcé. Un jeune secrétaire d'ambassade, sur le point de se rendre à son poste, alla prendre congé du ministre, et crut se recommander au rusé diplomate en vantant sa sincérité et sa franchise. « Vous êtes jeune, monsieur, répondit Talleyrand; apprenez que /« p^ro/e a été donnée à L'homme pour dissimuler sa pensée. »
Cette phrase est restée la devise de la duplicité et de la fausseté, aussi bien dans le commerce ordinaire de la vie qu'en politique.
Lasciate ogni speranza, mots italiens qui signifient : Laissez toute espérance. V. Laissez...
Lauriers de Miltiade qui empèctiaient Thémistocle de dormir. Le jeune Thémistocle, qui devait rendre de si éclatants services à la Grèce, était agité et tout pensif depuis la grande journée de Marathon; à ceux de ses amis qui l'interi'ogeaient sur les causes de cette mélancolie, il répondait ; « C'est que les lauriers de Miltiade m''empêchent de dormir. »
Ces mots sont restés la devise d'une noble émulation, mais plus souvent encore de l'envie. Quelquefois aussi, ils se rappellent ironiquement ou par plaisanterie.
Le chagrin monte en croupe, et galope avec lui.
Vers de Boileau, dans sa V*épître, et qui n'est que la traduction heureuse de cet autre vers d'Horace : « Post equitem sedet atra cura, le noir souci s'assied derrière le cavalier. »
Un fou rempli d'erreurs, que le trouble accompagne, Et malade à la ville ainsi qu'à la campagne. En vain monte à cheval pour tromper son ennui : Le chagrin monte en croupe et giilope avec lui.
Dans sa Noire-Dame de Paris, M. V. Hugo a fait une application extrêmement plaisanle du vers d'Horace. Des écoliers
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sont grimpés sur l'entablement des fenêtres du Palais-de-Justice, attendant avec impatience le mystère que l'on va jouer. Pour se désennuyer, ils lancent des quolibets aux passants. L'un d'eux, apercevant un bon bourgeois à cheval avec sa femme en croupe, s'écrie : Post equitem sedut utra cura.
Les écrivains rappellent souvent l'alexandrin de Boileau,mais souvent aussi le vers du poète latin.
Le corps d'un ennemi mort sent toujours bon, mot atroce de Vitellius à ses officiers, qui, visitant avec lui les champs de Bédriac quelque temps après la bataille de ce nom, se plaignaient de l'odeur infecte qu'exhalaient les cadavres.
Les applications ont lieu dans un sens facile à saisir.
Le crime fait la honte et non pas l'éohafaud.
Vers de Thomas Corneille, dans .sa tragédie du Comte d'Essex, acte IV, scène m. Le comte, favori de la reine Elisabeth, a été condamné à mort pour crime de rébellion. Son intraitable orgueil l'empêche de se décider à un acte de soumission, qui lui attirerait certainement sa grâce. Le comte de Salisbury, son ami, vient le visiter dans sa prison et l'engage à consentir à cette démarche, en lui représentant l'opprobre de la mort qui pèsera sur sa mémoire :