L'homme (dont il est question ) arrive au Japon, etc
Celle partie du discours est peut-être la plus importante, eu égard à son usage fréquent et Cûniinuel, et sa qualité d'être particulière à certaines langues.
Ces deux raisons doivent nous faire considérer Varticle comme devant surtout caraclériser le génie de notre langue, et comme la source, ou de ses plus grands avantages sur les langues qui sont privées de ce secours, ou de ses défauts les plus sensibles; aussi est-ce par là que ses détracteurs veulent prouver sa prétendue lenteur, son défaut de concision et de force, et que ses partisans prouvent sa neltelé, sa précision, sa clarté. D'après cette première observation, on conçoit que les grammairiens ont dû faire de Varticle un des principaux objets de leur élude et de leurs discussions; aussi est-ce le point qu'ils ont le plus embrouillé, et sur lequel ils sont le moins d'accord.
Le mot article vient du latin articulns, diminutif d'artus, qui veut dire membre. Par le mot ar//c/e, pris dans le sens propre, on entend les jointures des os dans le corps des animaux, unies de différenies manières; et, par extension, on a donné ce nom à la partie du discours dont la fonction est de modifier le subslanlif commun en étendant, en déterminant ou en restreignant sa signification.
Notre langue a beaucoup emprunté au latin; il y a lieu de penser que nous avons formé notre le et notre la du pronom ille, iUuy illud. De la dernière syllabe du mot masculin ille, nous avons fail le, et de la dernière du mot féminin illa, nous avons fait In; c'est ainsi que de la première syllabe de cet adjectif, nous avons pareillement fait noire pronom//, dont nous faisons usage avec les verbes, comme du féminin zVfor, nous avons fail elle.
La plupart des anciens grammairiens ne regardaient Varticle que comme un nie!, destiné à faire conna44*e le nombre et le genre des noms qu'il accompagne.
Mais si tous ces auteurs s'accordent si peu sur le principe général, sur la définition de Varticle, on peut croire qu'ils ne se rapprochent pas plus dans les détails. Port-Royal, Restaul, le père Buffier à la suite de La Touche, nous ont donné plusieurs espèces d'articles. Restant en compte jusqu'à cinq : le défini. If, /a, les; l'indéfini, de, à; le
partitif défini, du, de la, de l', des; le partitif indéfini , de; et cnlin Varlkle, un. une. D'autres ont rejeté toutes ces divisions fausses. Girard a eu le courage de les attaquer le premier, et la gloire de l'avoir fait avec tout le succès possible. Duclos, Kromant et Dumarsaisse sont rangés de son côté; mais ce dernier n'a relire Y article de la foule des prépositions avec lesquelles on l'avait confondu, que pour le confondre lui-même avec d'autres mots qu'il appelle prépositifs, et qui sont : tout, chaque, nid, aucun, quelque, certain, un, ce, cet, mon, etc. , deux, trois, etc.
Nous regrettons que le Dictionnaire de l'Académie ne définisse pas Yariiclc. Est-ce en effet le définir de dire que c'est celle des parties du discours qui précède ordinairement les substantifs?
V article a de grands avantages dans les langues où il est en usage. 11 leur donne plus de douceur, de délicatesse et de précision dans l'expression , ce qui compense bien ce qu'il leur ôte en énergie. La langue latine a une dureté qu'on ne trouve ni dans la langue grecque, ni dans la langue italienne, ni dans la langue française. D'ailleurs, ce qu'elle ne rend que d'une seule manière peut être rendu de plusieurs façons par le moyen de Varticle. C'est ce que Dumarsais a démontré d'une manière victorieuse, en faisant voir que, sans Varticle, il n'est pas toujours facile de développer les différentes vues de l'esprit, et que ce n'est que par son moyen qu'on peut exprimer bien des nuances d'idées; d'où il conclut en empruntant les expressions de l'abbé Régnier, « qu'il est cer- » tain que Varticle, mis ou supprimé devant le nom, fait une si grande différence de » sens, qu'on ne peut douter que les langues qui admettent Varticle n'aient un grand » avantage sur la langue latine pour exprimer clairement et nettement certains rap- » ports ou certaines vues de l'esprit, (pie V article icn\ peut distinguer, sans que le Icc- » leur soit exposé à se méprendre. «
On doit donc considérer V article coixiinQ un caractère propre et distinctif des langues dans lesquelles il est en usage; il y forme une classe de mots à part. Il y a ses fonctions et ses règles.
Tous les substantifs, excepté les noms propres, dit Eslarac, sont des noms de classes, de genres ou d'espèces. Pour pouvoir approprier le nom d'une classe à un genre inférieur, ou celui d'un genre à une espèce particulière, ou enfin celui d'une espèce particulière à un individu, on a besoin de l'accompagner de quelques modificalifs qui déterminent ce nom commun à n'exprimer que précisément ce que l'on a en vue. Les articles sont au nombre des modilicatifs nécessaires pour produire cet effet; mais ils ne suffisent pas tout seuls. Dans la proposition : l'homme est mortel, l'homme (pour /(.• homme) désigne l'espèce; c'est une proposition universelle. Dans celle-ci : l'homme est noir, l'homme ne désigne que les individus de l'espèce qui habitent une partie des côtes occidentales de l'Afrique; c'est une espèce comprise dans la précédente, inférieure à la précédente, et la proposition est une proposition particulière. Enlin dans cette autre : l'homme que j'ai vu ce malin, l'homme indique un individu; c'est une proposition individuelle. Dans ces trois propositions, Varticle est le même (le), le substantif, le sujet est aussi ie même (homme) : donc, si la première est universelle et convient à toute l'espèce; la seconde, particulière et api)licable seulement à une partie de cette espèce; et la troisième, singulière et propre à un seul individu, ce n'est pas par l'influence de ['article et des autres modificatifs de la phrase. Varticle se borne donc à marquer le mouvement de l'esprit vers tel objet, et à fixer l'attention des autres sur cet obje». 11 marque l'importance du mot (jui va le suivre.
Aussi n'y a-t-il que les substantifs, c'est-à-dire les seuls mots qui puissent être sujets d'une proposition, qui soient généralement précédés de Variicle; et si les Yerb<;s et les adjectifs prennent Varticle, par cela seul ils changent de nature et deviennent de vrais substantifs. L'avare se refuse le boire et le mander. Voilà un adjectif et deux verbes devenus substantifs, et qui sont précédés de l'article.
On peut se convaincre facilement que cette observation s'applique à tous les adjectifs ou participes devenus substantifs par ellipse : le beau, te bon, le vrai, le plaisant, etc. On dit aussi, en termes de peinture, le faire, et voilà un autre infinitif devenu substantif par l'apposition de Varticle.
Les noms propres, n'étant ni des noms de classe, ni des noms d'espèce, mais des noms individuels, n'ont besoin ni de Varticle, ni de la phrase déterminalive, pour être appropriés à l'individu auquel ils appartiennent chacun respectivement; ils le désignent exclusivement, ils lui sont propres, et ne peuvent pas convenir à d'autres; aussil'usage constant est-il de ne pas mettre d'article devant un nom propre.
Si l'on dit quelquefois la Dugazon, la Sainval, etc., il y a ellipse, et c'est comme si l'on disait : l'actrice, ou la comédienne Dugazon, etc.; et si nous disons : le Tasse, l'Anosle, le Dante, le Corrège, etc. , nous sous-enlendons/;0(}/eou peintre. Ces locutions sont imitées des Italiens.
D'autres fois nous exprimons une qualité éminente, dans laquelle un individu a excellé, par le nom propre de cet individu; alors ce nom propre devient iigurément nom d'espèce; et, lorsqu'on veut l'appliquer à d'autres individus, on est forcé de le faire pirécéder de Varticle, et d'y ajouter la phrase déterminative. Ainsi nous disons : Washington a été le Fabius-Cunctator de son pays; Fabius-Ciinctator sigmiie ici celle espèce particulière de capitaines, qui, par leur prudence, par leur sage lenteur, et malgré Tinfériorité de leurs forces , ont su résister à un ennemi victorieux et puissant. Washington a été ce capitaine-là pour son pays; il a été le Pabius-Cunclator de son pays. Mirabeau a été le Dérnosthène de la France; le Démosthène , c'est-à-dire, l'orateur te plus véhément et le plus éloquent. Buffon est le Pline français , etc.
J'ai lu chez un conteur de fables , Qu'un second Rodillard, ['Alexandre des chats, h' Atlila , le fléau des rats , Rendait ces derniers misérables. (La Fontaine.)
Dans ces exemples, et dans tous les autres semblables, les noms propres ne sont plus noms propres, ils sont noms d'espèce; et voilà pourquoi Varticle précède, et que îa phrase déterminative vient après : le Fabius-Cunctator de son pays; le Démosthène de la France ; l'Alexandre des chats; l' Attila des rats. Ainsi ces exceptions conlirmeut la règle, loin de la détruire.
La langue française, dit un grammairien , n'avait point d'article dans son origine. Ce ne fut qu'au temps de Henri l" qu'on y introduisit ce mot qui la rend plus douce et plus coulante (1). Depuis cette époque jusqu'au temps où messieurs de I*ort-Royai s'en occupèrent, on ne se douta même pas qu'il pût offrir quelque difficulté. Tout ce
(1) Cette assertion, dit M. Dessiaux , n'est pas très exacte. Henri I" monta sur le trône, en 1(331. Or Borel. dans la préface de son Dictionnaire , cite la pluase suivante , tirée d une bulle d'Albéron , évéque de Metz, en 940; entre en la joie de (on Seigneur ; nom croyons y \'o\v l'article la. 11 est cependant certain qu'alors l'article était beaucoup moins employé qu'il ne le fut dans la suite.
qu'on avait écrit était un vrai chaos. Ces célèbres solitaires, faits pour porter la lumière dans toutes les branches des connaissances humaines, cherchèrent à le débrouiller; mais en voulant éclaircir la question, dit Duclos, ils ne firent que marquer la difficulté sans la résoudre.
Ils n'avaient distingué que deux sortes d'articles, Varticlc défini le, et Varlicle indéfini un ; pas immense et bien propre à conduire à la vérité. Mais La Touche, imbu de tous les anciens préjugés, brouilla de nouveau toutes les idées. Dédaignant de travailler d'après la Grammaire raisonnéc , il voulut avoir une marche à lui. Pour cet effet, il rêva cinq sortes Cl articles, et créa, pour les faire passer, le système absurde des cinq déclinaisons. Ce .'"ut en '1G9G, c'est-à-dire trente-six ans après la publication de la Grammaire de rori-Uoyal , qu'il en lit présent à la langue française. Ce galimatias, revêtu de dénominations latines, fut accueilli sans examen par l'abbé Vallard, et ne larda pas à passer dans les écoles. Le père Buffier, accoutumé au jargon des collèges, l'adopta. Kesiaut suivit son exemple, mais en s'efforçant de dégager ce système de la confusion , (le l'embarras et des difficultés qui en sont inséparables, et, pour y mieux réussir, il distingua, \° l'article défini le; 2° V article indéfini de et à; 3" ï article par titij défini; A° Var- !icle partitif indéfini; 5" enfin, V article un. S'il y a peu de vérité dans cette division, on i.sl du moins forcé de convenir qu'il y a une apparence de méthode et de conviction bien propre à en imposer aux personnes qui ne se donnent pas la peine de réfléchir, et pour qui tout examen de principes serait un tourment.
Ces notions, quoique rejelées par un petit nombre d'esprits justes, prévalurent jusqu'en 4744. A cette époque, elles furent vigoureusement attaquées de toutes paris, et victorieusement combattues. La raison imposa silence aux préjugés de l'école; les (/récistes et les latinistes n'osèrent plus se montrer, et ce système, qui ne portait que sur des idées vagues, s'évanouit, ou fut relégué dans quelques collèges de province. Depuis ce temps, il n'y a pas eu en France un seul grammairien ayant quelque autoliié qui ait osé le reproduire ou le défendre, et même qui n'ait pas aidé à le renverser.
En effet, on regarde comme un principe incontestable qu'il n'y a en français qu'an seul article qui esl te.
La nature de V article esl d'être défini, puisque sa fonction est d'annoncer la détermination. S'il y avait plusieurs articles en français, la qualité de défini conviendrait à tous. Ainsi on ne doit pas appeler le, la, les, l'article défini, puisque cette dénomination suppose qu'il y a plusieurs articles, et que, parmi ces articles, il y en a qui ne sont pas définis.
Regarder un, une, comme des articles, c'est confondre toutes les notions, puisque, s'ils en sont, on sera forcé de donner ce nom à tous les autres adjectifs prépositifs, tels que tout, chaque, nul, aucun, quelque, certain (dans le sens de quidam), ce, mon, ton, son, et îin, deux, trois, etc., puisque ces derniers ont, ainsi qu'eux, une force modilicative. Les regarder comme des articles indéter7ninés esl une absurdité, puisque leur lonction est de déterminer, en particularisant, individualisant, et modifiant les objets par une indication de rapport; indication, à la vérité, vague, mais vraie. « f/?i exprime » l'unité, dit l'abbé Girard. 11 est vrai que ce n'est pas cette unilé calculative qui, pre- » sentant une idée numérale, fixe la dénomination à un sujet unique, ainsi qu'elle se » présente dans celle phrase : j'ai perdu un loids au jeu ; c'est une unité vague, qui prend » indistinctemeni d;uis la lolalilé de l'espèce un individu comme exemple, pour la
» présenter par l'un dos sujets qui l.i composent, et non pour cxciure les aulres; de B iaçon que, si ce mol n'est pas alors nombre, il est encore moins article, d'autant qu'il « est lui-même susceptible de Varùcle; ce qui sûrement n'arriverait pas s'il était de » cette espèce, l'institution d'un article pour un autre article ayant quelque chose de * ridicule. » D'ailleurs le mot un n'a pas dans notre langue une autre nature et une ijutre destination que dans la langue latine qui nous l'a lourni. Or, dans celte langue où il n'est point article, il a le même sens que nous lui donnons.
Varticle partitif n est pas plus fondé en raison. Du, des, sont des mots composés de la préposition et de Varticle, qui reiiennent la double valeur des deux mois dont ils sont formés. De n'y change pas de nature; il est toujours préposition, faite pour ligurer à la tête de la dénomination qui lui sert de complément, et sa fonciion y est d'extraire de la généralité de l'espèce. Quand on dit : des gens très habiles sont quelqwfois dupés par des sots , c'est comme si l'on disait : un nombre de très habiles gens sont quelquefois dupés par une autre partie des sots, où l'on voit qu'à l'aide de la préposition de on réduit l'espèce gens aux très habiles seulement , et la masse générale des sots seulement à une partie. Ainsi la fonciion de ces mois ne sert qu'à marquer qu'il y a ellipse dans ces .sortes de phrases.
Les mots le, la, les , ne sont pas toujours articles; ils ne le sont que lorsqu'ils sont immédiatement suivis d'un substantif. Par exemple, si l'on dit : que pensez-vous de la nouvelle pièce? je ne la connais pas; que disent les journaux? je les ai, ou je ne les ai pas LUS. Le premier la et le premier les sont articles; ils sont suivis immédiatement d'un substantif. Le second la et les deux autres les ne sont point articles; ils sont complément direct, celui-là du verbe je connais (je ne la connais pas, pour je ne cornais pai 'Jlù (la pièce), et les deux autres du verbe /ci lu (j'ai lu eux, ou je n'ai pas lu eux (les journaux).
On appelle communément ces mois pronoms, parce ({u'ils soni mis à la plac« d'un nom, comme dans ces exemples, la, pour elle, est mis à la place de la nouvelle pihe, et les, pour eux, est mis à la place ùa journaux , ce qui dispense de répéter ces suL-rîtanttfs.
GE.NKE ET NOMBRE DE LARTICLE.