FONTENELLE
Ils ne songent qu'à payer le moins d'impôts pos-. sible, (De Ségur.)
Dans .a première colonne les mois proches cl possibles, étant adjectifs, revcleni lo signe du pluriel, parce qu'ils se rapportent aux substantifs maisons, monstres et calamilét.
Mais, dans la soeon de colonne, si les mêmes mots demeurent invariables, c'est que le premier semble no plus jouer le rôle d'adjectif, cl que le second est l'élément d'une proposition elliptique. En eflei, proche parait faire l'office de préposition et signifie près (1). Quant au mot possible, voici l'analyse de la dernière citation : Ils ne songent qu'à payer le moins d'impôts (qu il leur est) possible, ou (qtie cela leur est) possible. On voit donc que l'adjectif /)oss//'/e s'accorde avec il ou cela sous-entendu. D'ailleurs, cet adjectif reste invariable toutes les fois qu'il y a dans la phrase plus, moins, le plus , le moins, et, dans ce cas, ce serait logiquement une faule que de le mettre au pluriel.
Uabitalious proclica Vtitotti proeîjes.
Ptraoïuies procbvs.
Ccut ^ui sont prof bes
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
Habitations qui sont procbe de.
Ujisons procbe de.
Personnes procbe de.
Ceui qui «ont procbe de.
Toutes les bontés possibles.
Toutes les idées possibU-s.
Tous ks dTanlages possibles.
A toutes les époques possibles.
Le plus dr bontés possible Le moins d'eitraragances possible.
Aux plus longue^écbéanceiposfib.e. Aux épo ,ues les nioiui loi^u possible.
(1) tNous disons que proche , en pareil c&s, paraît être une préposition, car ce n'en est réellement pas une, ç j;i ([u'cn disent les grammairiens; c'est tout simplement un adjectif qualifiant le mot lieu sous-entendu: ala.si que le prouve l'analyse suivante • Les éclipses centrales de la lune qui se font (dans un lieuI proche de itquaiçur.
^o W CXXVII. o^^
MOTS QLI, JOIANT E.\ APPARENCE LE ROLE D'aLJECTUS, RESTENT SL'BSTAMirS ET
INVARIABLES
VARIABLES
Un homme velu d'une eobe violette , vint nous féliciter sur notre arrivée. (^'oLTAIRE.)
Un autre caractère distinctif du mâle, et qui n'avait pas encore été saisi , c'est une espèce de demi-collier autour de l'occiput , formé par de longs poils ou SOIES pourpres. (Buffon,)
La bergeronnette de printemps est la première à reparaître dans les prairies et dans les champs où elle niche au milieu des blés verts. {Id.)
La NOMNETTE Cendrée se tient dans les bois plus que dans les vergers et les jardins. (Id.)
INVARIABLES
Les COULEURS du grand casque sont aurore.
(Bernardin de St-Pikrrk.)
Les sous-berger5 et sous-Lergères , en longues rob«« blanches, ceintes de garnitures aurore, lui servirent dans cent corbeilles de simple porcelaine cent mets délicieux. (Voltaire.)
La gorge et tout le dessous du corps était d'un blanc sale , varié de tacher marron. (Buffon.)
Le colibri à gorge carmin a quatre pouces et demi de longueur. (/^.)
Dans les exemples de la première colonne, les mois violette, pourpres, verts, cendrée, étant de vrais adjectifs, s'accordent avec les noms auxquels ils ont rapport.
Dans les exemples en regard les mots auro->-e, marron, carmin, doivent rester invariables, parce qu'ils sont de fait subsi;iniifs, et qu'ils font partie d'une expression qualificative et elliptique dont la construction pleine est : de /a couleur de l'aurore, de la couleur du marron, du carmin; témoin ces autres exemples de BufFon :
Les uns ont les yeux bruns et les autres couleur de vert de mer.
Les pieds et les ongles de la perruche aux ailes d'or sont couleur de chair pâle.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Des rub&m bleiit Des cbilet erimeiiit Des cbapeaus rose».
Del gaiei blancbci.
De> drape bruns
Dca rubans paille Des gants soufre.
Des écbarpes ponceau.
Des gaxei cerise.
Des robes noisette.
Des taffetas noirs.
Des souliers mordorés.
Tes ' einturcs bleues.
Del papiers blancs.
Del chef eui blanc*.
Des taffelai jonq ille Des souliers piilachi Des ceintures orange De» papii'ii télin.
Des Teloun puce
^ N'GXXVlïI. &^<
DES ADJECTIFS COMPOSÉS blcii-clair, châtain-clair, etc.
VARIABLES
La PERDRIX grise-blanche et la perdrix rougedanche font variétés dans ces deux espèces de per- Irix. (Buffon.)
j'e lui offris donc cinq livres pesant de grains en verre et en porcelaine de couleuis que j'espérais devoir lui plaire davantage , blanche , noire et bleueclaire. (Albert-Montémost.)
Les CHEVEUX de cette petite fille étaient châtaimbruus et fins. (Buffon.)
invariables.
L'azurou est originaire du Canada; il a le dessus de la tête d'un roux-obscur, le bec et les pieds grisbrun. (BlFFON.)
Le poisson qu'ils prirent avait presque trois pieds de long et était entièrement couleur de plomb ; ses YEUX étalent jaune pâle et d'une extrême petitesse. (Albert-Montémort.")
L'hyène a le poil du corps cl la crinière d'une coo- LEUR gris-obscur, (Buffon.)
Le? pieds du grand bcfroi ont dix-lmil li-'iios de lonqiiPiir, cl sont, ainsi que les doigls, d'une couleur idombée-claire. (Buffon.)
C'étnit comme aut.mt de gros points d'une couleur Jaune-brune et obscure. {M.)
Les Arabes sont dans l'usage de se faire appliquer une couleur bleue-foncée aux bras , aux lèvres et imr. parties les plus apparente? du corps.
ild.)
Quand on se couche on a des pessées qui ne sont qac gris-brun. (M"" de Sévicnk.j
Lorsque les yeux sont tournes à contre-jour, il> paraissent noirs , parce que la couleur jaune-brun tranche si fort sur le blanc de l'œil qu'on le juge noir par l'opposition du blanc. (Buffon.)
La gorge est aussi revcluc de plumes veloutées-, mais celles-ci sont noires , avec des reflets vert' dore'. {Id.)
Dans In grammaire de MM. Noëi el Cliapsal , où les règles sont presqtic toujours en conlradiciion avec les faits, nous lisons : « Deux adjeciils, dont le premier est qualifié « par le second, reslent tous les deux invariables : des cheveux chàtnin-clair , des étoffes » rose-lendrs. La raison en est que le premier adjectif esi pris subslaniivemenl; c'est ») comme s'il y avait d'uii châtain clair, d'un rose tendre. » Les exemples de la première colonne nous prouvent cependant que deux adjectifs réunis peuvent aussi varier : c'est quand ils qualilient l'un et l'autre le substantif auquel ils se rapportent. D'après Buffon, on écrira donc avec la pluralité : des cheveux châtains-bruns , des cheveux châlains-clairs , parce qu'ils sont à la fois châtains et bruns, châtains el clairs.
11 y a celle différence, dit très bien Boniface, entre des étoffes bleues-claires et des étoffes bleu-clair, que les premières sont de couleur bleue et d'un tissu clair, et que les secondes sont d'un bleu-clair.
Orseryation. — On dit : un beau couleur de rose, un beau couleur de Jeu. Barthélémy a fait usage de celle expression où beau est au masculin, soil parce que coideurde rose est ici au masculin, comme le rose; soil par ellipse du suhslanlif rWnf.
EXERCICE PnRASÉOLOGIQVE
ou toutes les ÉPITHÈTES SONT TIREES DK BUFFON .
l'r.e caille prise-blaticbe.
Clietcui cliâlainvbruns.t Une rouleur bleue-claire.
Pl'5 ailc! jauriPï-brunc!.
Une couleur ploniboi'claire.
Une couleur noire ronrée.
Une coulear gri^-Hane.
M^inteau roupe-bai tif.
Une couleur blcu-lcitdre.
Des aileH privbruu.
Une couleur iaune-orangé.
Une couleur gris de fer.
Une éloffu bleue-elair».
l'nc rouleur jauoe-hrun».
l'ne couleur bleue foncée.
De» élolTi'S jaunes-olaire».
Une couleur blanrbe-pàle.
Dea plume> blcues-Gn«>.
Une *tolTe bleue-elaîi IVj babiti marronlt 1 es bel-» jaunc>pâle.
IV» yeux brun-oliiél Une couleur roujsi'b.ii.
Dea plumes rouge<rainoi(i.
fonei.
^^m N' CXXIX. c^-^^
DES ADJECTIFS COMPOSÉS TELS QUE. nouvenuT-convcrtis, ivres-morts, etc., v.y nouveau-nés,
demi-morts, etc.
TARIAIILKS.
Le généreux Frcind paya la dot des deux maries, il flaça bien tous ^qs nouveaux convertis.
(Voltaire.)
On m'apporta une couvée de trois ou quatre petits de la même c?poce : elle (la jeune alouette) se prit •i'vuif. alToclion singulière pour ces nouvaux venus.
Si les femmes cherchent h donner du ridicule à une uouvelle venue, il est sûr qu'elle est plus jolie qu'elles.
fVOLTAIRK.)
UtVARIABLES.
D'un regard étonné j'ai vu sur ces remparts Ces géants courl-vêlus , automates de Mars
(VOLTAIEB.)
Les enfants nouvcnu-nds des Nègres son* si susceptibles des impressions de l'air , qu'on est obligé de les tenir pendant les neuf premiers mois dans ctet chambres bien fermées et bien chaudes.
( Si9 )
-le romarqiuiis lout l'élalyge Kt l'air de ces nouvenii-r venus :
Ce sont seigneurs de li;iut lignage , Car ils descendent de Janus, Ayant tous un douMo visage.
(N'OLTAIRE.)
Peu d'heures avant que Montesquieu expirât, en renvoya Roulli et son compagnon ivres-moris.
{Id.)
Destrucleiirs-ncs des êtres qui nous sont sulmrdonnés , nous épuiserions la nature si clic n'était inépuisable. (BUFFON.)
Pour moi , je no voi«i rien de plus sot , à mon sens, Qu'un auteur qui partout va gueuscr des encens, Qui dos premiers venus , saisissant les oreilles , Kn fait le plus souvent les martyrs de ses veilles.
(Molière.)
.... Il laia plus d'à moitié I.a voiatille malheureuse Qui , maudissant sa curiosité , Traînant l'aile et tirant le pié, JJemi-morle et (tem>-hn\tense Droit au logis s'en retourna.
(La Foat/. i\h.
Légère et court-vèlue, elle allait .'i grands pas , Ayant mis ce jour-là , pour élre plus ajjile,
Cotillon simple cl souliers plats, (/ /.)
I Les soies de l'élépliant sont très clair-seméi.s r,ur
j le corps , mais assez nomlireuses aux cils des i.aa-
j pières. iBoffon.)
Je liais ces fort-velus qui , malgré tout leur bien,
Sont un jour quelque chose , et le lendemain rien.
(PiKGNARD.)
II y a là un rendez-vous général de toute l'harmonie de la ville ; les femmes y apparaissent léger-vêtuet , [ dans un lointain vaporeux qui les fait paraître chaimantes. (Julss Jasin.)
Parmi les adjectifs composés il s'en Irouvc où les (Jeux mots prenneni le signe du pluriel ; tels son! ceux des phrases de la première colonne : Dans les unes, le dernier ou le premier mol est pris substaniivement, et l'adjcctirqui le précède ou le suit s'accorde en genre el en nombre avec lui : ces nouveaux convertis, ces nom^emix venus, destmr-teiirs-nés. Bans les autres, chaque mol exprimant une qualité ailribuée au subsianiif qualifié, doit s'accorder également avec celui-ci on t^enre el en nombre : Rout.'i et scn compagnon ivres-morts.
Mais on apprend par les exemples de la seconde colonne qu'il est aussi d'autres adjectifs composés où le premier reste toujours invariable : géants conrt-vêlus , enfants nouveau-nés , des soies clairsemées , demi-morte; c'est qu'en pareil cas cet adjeciif est pris adverbialement, ainsi que le faii voir cet exemple de Buiïon : L'tinibuata tête etune partie du cou rouges, chauves cl charnus comme celui d'un dindon , clairement semés de poilsnoirs. 11 aurait pu aussi bien d'iro clairsemés. D'après cela géants court-vêtus, etc. , c'esl (\owc\\onv ijvanls coartcmcnt velus , enfants nouvellement nés , soies clairement semées , matelots à demi-nus, ou plulùl vêtus (avec un vèîemenl) col-rt; ncs (dans un lemi.s) NOUVEAU, etc.
EXERCICE PIIRASÉOT.OGIQVE.
MASCuriN prx'RlEr-
.\outPauj tiTiu».
Nouveau! coiitrrli».
XoiiTi-aui Jël'îirqufr».
Nouveau» mariés, ïuleurï-uff.
l'rcsiileul..- es. Ceslrucleurs-ncc Ivres-iuorl3.
Moits-i»ref.
Frais-cueillii.
FFMININ PLURIEL.
Nouvelles venuîîs.
fi Qu'elles roti'srlle».
Ni-.u'e!l''8 debûrauée».
NcuveUes mariées.
Tulrices-net-s.
PrésiHenlis nées.
Oestrurtricef née$, Ivrfî-mor'.cs.
Morli'S-iTrcs.
Fraîches-cutilK»! ;ï)
mascl'mn fLun^Er*
Nou'ea:) o»«
!S .i»««u-<if»» 2 .
ri -yieau f ercesw
Morls-'ie».
IVemiers-n^s.
remi-bïrbo-s
DemwauTa(r^.«.
Denii-riTlIi-'es.
Mi-p^rtis.
JiigTo-dcut.
PFMIHTN PLUBIEI.
Point de féoiiD'.a-
Idem.
Ideo).
Idem.
Idem.
T)emf>barbare8.
Dcmi-sama^ff.
Pemi-ciTilitees.
Kt-fwl'tt.
Jl<fit>>do«aet 3*..
(1) Plusieurs grammairiens veulent que fraîches, dans des roses fraiches-cueillics, s'écrive sans 5, coimu=^ étant employé d'une façon adverbiale : frn'icJiement cueillies ; mais par la raison qu'on dit au masculin et au féminin singulier : frais-cueilli, fraîche cueillie , il s'ensuit qu'on doit écrire au pluriel : frais cueillis et fraîches cueillies. C'est le sentiment de rAcadcmic.
(2; Bien iiue i'Acailémie écrive ici nouveau avec un x , nous pensons que cet adjectif doit rester invariable puisqu'il est pris adverbialement.
<3) On pourrait, ?elon ns^us , écrire : des fruits aigres-doux, des orantfes (d§rf«-t»>¥rx% , comme b«w nvons prouvé que l'en pouvait écrire : des cheveux châlains-clairs, parce que des oranges aigres-douces sent à la fois aigres et douces , deux qualités inhérentes à ce fruit el tempérées l'une par l'autre ; mais ki grammairiens jusqu'à présent ont laissé le mot ai'^re , dans ce cas, invariable.
^im^^ N'' CXXX. o.^^ii^
GENRE DKS ADJECTIFS AVEC LE MOT air
Je ne suis point d'avis qu'on vous peigne en ama- T.<>ne : vous avez l'Àia trop doux.
(FO.NTKNELLE.)
Elles ont I'air hautain, mais l'accueil familier.
(Voltaire.)
Les haljilnnls de la p^e^ql^ile de Malaca et de 1*11^ de Sumada ont I'air fier: les frmmes de JaTa ont I'aip. doux. Tuus ces sauvages ont I'aiu rêveur.
(BCJFFON.)
Quelqu'un dirait que les partisans de César avaient I'aiu inquiet et cliaf/rin. (R.card.)
Les barbares n'ont de respect cl de vénération que i La vertu toute nue à I'air trop indigent ;
Kiur ceux qui ont I'air grand et majestueux.
(Joubkrt.)
Et c'est n'en point avoir que n'avoir point d'argen*.
(Boursault.)
H semblerait au premier abord que raccord des adjectifs en rapport avec le mol air ne présente aucune dil'licuiié, et que ces adjeelifs dussent toujours, comme dans les citations précédentes, revclir les mêmes accidents de genre et de nombre que ce mol. Mais malheureusement il n'en est pas ainsi, et celle question, souvent agitée parmi les grammairiens, n'est pas encore enlièremenl jugée : Adimc sub judicc Us est.
En effet, de ce qu'on peut dire :
SA.\S EI.LirSE.
Cette maladie a l'air d'F"^TRE sérieuse.
(Académie.)
Celles-ci cependant m'ont l'air d'ÊTRE efficaces. (La Chaussée.)
AVEC EI.LirSE.
Colle proposition n'a pas I'air sérieuse.
C'était de ces visages qui ont I'air plus anciens que vieux (1). (Marivaux.)
11 s'ensuit qu'il est permis de dire, selon lus vues de l'esprii
Eli bien, Sylvia, vous avez I'air tout embarrasse'.
(Marivau.k.)
Celte femme a I'air fier.
(Laveaux.)
Celle personne a I'aib content.
(ACADÉMIE
Eh bien, Sylvia, vous avez I'air tout embarrasse'c.
(Marivaux.)
Celle femme a V.Mufière. (Laveaux.)
Celle personne a I'air contente.
(Académie.
Mais c'est ce que contestent certains grammairiens, à clicval sur ce principe si connu, que tout adjectif doit nécessairement prendre le genre et le noml)re du nom avec lequel il est en relation. Ainsi, suivant eux, on ne pourrait pas dire avec Laveaux : celle soupe a l'air bonne , celle dame a l'air coqitetie; avec Favre : celle terre a V-à\x cultivée , ensemencée; celte robe a l'air bien /a/7e ; avec Lemare, Bescher, Maugard , Lévizac, Sicard el tant d'autres : Madame, vous ave/, l'air si bonne l celte femme a l'air campa çjnarde; elle a l'air belle; elle a l'air laide; elle a l'air bien faite ; elle a l'air bossue; elle a l'air vieille ; elle a l'air interdite; celle volaille a l'air cuile; ces huîtres ont V air fraîches , etc.
Ces expressions sont cependant assez familières, même aux gens de la bonne corn-
(4) Voici encore d'autres exemples semblables : Ces naturels , hommes et femmes , avaient tous l'air con tents et même heureux. (Albert Montémont.) — Tout au loin se découvrent les vastes plaines et les montagnes moins hautes, et les grands arbres, parmi lesquels circule ie grand fleuve, el les petits villages qui ont l'air si calmes et si reposés vusdeloin. (J. Jam.n.J
pagnie. Faul-il décidémenl y renoncer ? Puisqu'on p:!rle celle longue, pourquoi ne l'écrirait-on pas? Nous rapporterons ici l'opinion de Bescher. Celle opinion, sanctionnée par l'usage, sera sans doute pariagce par la majorité de nos lecteurs.
Elle a l'air campagnard signilic que, pour être de la ville, cette femme n'en a pas moins le ton, les gestes, l'iittitude, le langage d'une habitante de la campagne.— Elle a l'air parisien: elle a le ton, les manières, les grâces d'une femme de Paris; cependanl elle a toujours liabilé ur.e ville de province.— Elle a l'air campagnarde veut dire que celte femme a la mine , l'apparence d'être de la campagne; que peut-êlre, en effet, elle est de la campagne. — Elle a l'air Parisienne: à son air, à pcs discours, on juge qu'elle est née ou qu'elle a été élevée à Paris. Les significalions ne sont pas les mêmes.
Deux figures, également usilécsen grammaire, concourent à justifier celle dernière manière de s'exprimer : la syllepseel Y ellipse.
Lorsqu'un adjeclif est précédé de deux substantifs, il se met en rapport avec celui de ces deux substantifs qui domine dans la phrase. Ce principe est généralement reconnu. Or, si l'accent, les manières, les discours d'une femme font naître en moi l'idée qu'elles est née ou qu'elle réside à Paris, à la campagne, plutôt qu'ailleurs, je l'exprime par ces paroles : elle a l'air Parisienne , elle a l'air campagnarde. 11 est évident que l'objet principal de ma pensée n'est point de constater l'air ou la physionomie de celle femme, dont l'impression fugitive s'est affaiblie dans mon esprit, mais bien de mettre en évidence la déduction que j'en ai tirée. Le rapport de l'adjectif au sujet est alors sylleptique.
On peut de même établir ce rapport par l'ellipse : elle a l'air d^être Parisienne, campagnarde. Le besoin d'abréger l'expression et de la rapprocher de la vitesse de la pensée, fait supprimer d'être, mais on le supplée facilement. Rien de plus commun dans le discours que ces sortes d'abréviations.
(Messieurs), vous avez l'air un peu gascon. (Voltaire).
Le poète ne veut nullement donner à entendre qu'il pense que ceux à qui il adresse la parole soient nés sur les bords de la Garonne.
S'il eût dit : Vous avez l'air Gascons^ il aurait annoncé que réellement ils peuvent êlre de la Gascogne.
Lemare admet aussi les deux locutions, et il en établit la différence par des raisonnements et par des exemples.
Fabre dit : Cette robe a l'air bien faite. — Celte terre a l'air cultivée, ensemencée. C'est à la chose même et non à Vair qu'il fait rapporter les adjectifs, et il lui était impossible d'écrire autrement sans changer la construction.
On dit d'une femme qu'elle a l'air ùoti , l'air doux, l'air charmant, l'air spirituel, lorsqu'on ne consulte que l'impression que fait sur les sens le jeu de la physionomie.
iA[ais je dirai : Elle a l'air bonne, elle a l'air douce, l'air charmante, l'air spirituelle l'air instruite , l'air intelligente, l'air obligeante , si, sans m'arrêier aux traits de son vi sage, à l'expression de ses regards, je juge de celte femme par ses paroles affectueuses par ses raisonnements justes et par ses actions.
Je vois une personne qui fronce les sourcils , serre les lèvres, et jelle çà et là des regards de dédain, je dis : Elle a l'air bien mécontent. Mais si je l'entends, sans la voir, adresser des reproches à quelqu'un, lui parler sèchement, je dirai alors : Elle a l'air méchante, fâchée, irritée, etc. , car je ne puis juger d'une physionomie qui est hors de me
vue. E//ca/'a/Véquivaul à elle semble cire; elle a l'air d'clre. Le mol air n'est point pris ici dans son acception propre et rigoureuse; il se proie aux vues de l'esprit.
Ce n'est pas que je ne reconnaisse que, dans plusieurs circonstmces, la simplicité et la clarté de l'expression demandent qu^ le verbe cire soit exprimé, ou même (ju'on préfère sembler^ paraître à avoir l'air. Je suppose à l'écrivain assez de goût pour savoir faire un choix.
Florian a eu raison de dire : Elle cultivait son esprit pour son plaisir, et non pas l)0ur paraître instruite. J.-J. llousseau : Les Valaisannes ont des vovvs de rube si élevés, qu'elles en paraissent bossues. Marmontel : Vous m'avez l'air d'éire bien aimée. Le même : J'aurai l'air a'êlre joiièc, et je le serais en effet. L'Académie : Celle maladie a l'air d'être sérieuse.
Mon but a été seulement de mettre le lecteur en garde contre ces règles exclusives sorties du cerveau étroit de quelques grammairiens qui mesurent les mots au compas et les phrases à la toise, sans rien accorder à l'essor du génie. En bannissani de notre langue des locutions correctes et usitées, ils croient l'épurer, et ils l'appauvrissent.
-^^^«:o N"CXXXI. o^^—
ADJECTIFS Qi;i SONT VARIAltl.ES QUAND ILS QUALIFIENT UN SUUSTA.NÏIF , ET INVARIABLES
lorsqu'ils modifient V\ VEK15E.
VARIABLES
La chair du lion est d'un goût dôfngrcaUe et fort ; cependant les Nègres et les Indiens ne la trouvent pas mauvaise et en mangent souvent. (Boffos.)
Les Polonais ne trouvent pas Yhuile bonne, si elle ne sent bien fort. (Megnard.)
Dans la saison de Fêté, les cerfs niarclicnt la tête basse , crainte de la froisser contre les branches.
{Id.)
Les gerboises et les kanguroos se tiennent droits sur leurs pattes de derrière. (Aimé-Martin.)
Dans plusieurs femmes et filles de condition , les côtes inférieures se trouvent plus basses que dans les lilles du bas peuple. (Buffon.)
II n'y a point de sculpteur qui puisse faire une statue à l'imitation de l'homme, plus large et plus pesante par le haut que par le bas , laquelle puisse se soutenir droite et immobile sur une base aussi petite que ses pieds. (Bkrnardih dk St-Pierre.)
Ces esclaves ne sont pas fort chers ; car les hommes âgés depuis vingt-cinq ans jusqu'à quarante ne coûtent que quinze écus. (Buffon.)
Nous ressemblons à ce tyran de Sicile qui appliquait les passants sur son lit de fer : il allongeait de force les jambes de ceux qui les avaient plus courtes que son lit. (Bernardun de Si -Pierre.)
Un de notre compagnie dit un mot si plaisant et nous obligea à éclater de rire si long-temps et d'une manière si haute , que toute l'assemblée en fut extrêmement scandalisée. (Ueg.narc.)
invariables.
En Laponlc, une peau d'hermine coûte quatre on cinq scus. La chair de cet animal sent trt-s mauvais.
(UkGiVARD.)
Au moins c'est une afTaire Que vous trouverez bon. Monsieur^ que je diffère.
(QUI.NAULT.)
ils dirent que l'armée , iavesllo de tous côtés , et comme assiégée, serait obligée de mettre les armes bas, si on ne lui donnait un prompt secours.
(VKaiOT.),
Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla , Jetant bas sa robe de classe.
(La Postai ne.)
Mère écrevisse , un jour, à sa fille disait : Comme tu vas , bon dieu ! tu ne peux marcher droit,
{Id.)
Mère écrevisse qui reproche à sa fille de ne pas ailor droit, et la fiUu qui lui reproche que sa mère va tortu, n'a point paru une fable agréable. (Voltaire.)
Les manchons de genctte étaient à la mode il y a quelques années , et se vendaient fort cher.
(BuKfO.N.)
Après avoir avance quelques pas , ils s'arrêtèrent court. iAlbbrt-Montbmo.nt.)
Je ne saurais plus écrire depuis que mes lettres ne vont point à vous. Me voilà demeurée tout court.
(M™" Dit SÉViCSB.)
De ma vie je n'ai entendu des voix de femmes menter si haut. {Id.)
Ces exemples nous démontrent que le même adjectif peut varier dans un cas et demeurer invariable dans un autre : 11 varie (l" colonne) toutes les lois qu'on veut, non modifier le verbe, mais qualilier le substantif; et il devient et reste in varia Sjle ('i« co- Jonne) si, n'ayant aucunement rapport au subslaMif, il ajoute une modilicatiou au verbe seulement; en pareille circonstance, cet adjectif fait partie d'une expression adverbiale, et le substantif auf[uel il se rapporte est toujours sous-entendu, comme l'atteste l'analyse des phrases suivatUes (i) :
De ma vie je n'ai entendu des voix de femmes monter si haut.
Les manchons de goncUe se vendaient fort cher. ils s'aiièlèicnt court.
C'est-à-dire si hautement ou ( à un tom) si bavt. C'est-à-dire fort clièrement ou /à un paix) /br<