‹ Grammaire nationaleChapitre 153 sur 643 · BELLE · texte numérisé non relu

BELLE

(ju and tout le niontie fut sorti de table , il se mit à j Entre l^s deux: oiseaux il nrriva c[iicreUe, boire encore de plus belle. (Académie.) £i haton de prendre parti

... Vous nous la donnez bonne ; ^'^ '"?"""' *!''.-''.' "°"' '^ T'^"* ^°""^^^ ^'^■''

J'ai six cousines . moi, que je vous abandonne. ^ '"^""'^'- ••""^' "«1^° "™ ' FoNTAl^•E

(Voltaire.) ■ l ' - •»

mr •> j . j ' i - . fi« On a helh de dropor les sens en leur absnnro.

Nous 1 avons , en dormant, madame, échappe ocUe. "" aie», ut ui^^ iva j,^i.= vu ^ .

(M0LlÈF.n.) 1 (ANOISÏMK.)

bEÂD.

Nous avons beau enfler nos conceptions, nous n'enfantons que des atomes. (I'asc.\l,)

On a beau étudier les hommes et les approfondir, on s'y trompe toujours. (Fénklon.)

On a beau dire , il faut avouer que la religion chrétienne a quelque chose d'étonnant.

(Pascal.)

On a beau faire , la vérité s'échappe , et perce toujouR les ténèbres qui l'environnent.

(M0]STK.SQUIKl'.)

Pans toutes ces locutions, qui sont autant de gallicismes, on a sous-entendu les mots avec lesquels les adjectifs beau, belle sont en rapport; mais l'analyse que nous allons essayer (\'ei\ donner fera voir quels sont les substantifs ellipses.

■l" // se mit à boire encore de plus helle , c'est-à-dire : // se mit à boire encore d'(une fjlus belle (manière).

2° Nous l'avons échappé belle , c'est-à-dire : nous avons échappé le (malheur en question) d'(une) belle (manière).

:>" // nous la vient donner belle, c'est-à-dire // vient nous lu donner (la fclc) belle.

A" On a BELLE de draper, c'est pour ou a (une) belle (occasion) de draper, etc.

5' On a beau. Cdio locniion est un pou plus difficile à expliquer. MM. Nf>t'let Chapsal

prétendent que cesi un abrégé de on a beau jeu, el que, par conséquent, on a beau pleurer est pour on a beau jeu pour pleurer. M, LelVanc l'analyse ainsi : On a beau champ pour pleurer. M. Deshoullières pense qu'il n'y a pas d'ellipse et que l'adjectif /^eau qualifie l'inlinitif suivant qui, dans ce cas, est pris substantivement : On a beau faire, on a beau dire, c'est, selon lui, pour : On a un beau faire, on a unbeau dire. Quant à nous, nous sommes pour l'ellipse, et nous croyons que vous avez beau csi un abrégé de vout avez un beau sujet de (1).

^1) Nos lecteurs nous sauront sans doute gré de mettre sous leurs jeux la lettre suivante , que nous à j'pJttrcme obligeance du savant éditeur de Rabelais, et qui est remplie d'observations fort judicieuses.

devons

Paris, 17 janvier 1835.

Vous voulez bien , monsieur, vous adresser à moi pour savoir quelle peut être l'analyse de ces expressions avoir beau dire , avoir beau faire. « C'est en vain , dites-vous , que vous l'avez cherchée : vous n'avez rien trouvé de satisfaisant dans l'explication qu'on a donnée de ce gallicisme , qui parait se soustraire à toute espèce d'analyse. »

Cette question , monsieur, est donc plus neuve pour moi que pour vous , car je n'y avais jamais songé avant que vous m'ayez fait la proposition de l'examiner ; et je vous avoue que je ne sais pas, et que je n'ai pas cherché même depuis 1? solution que d'autres grammairiens ont pu donner de cette locution , qui est en effet assez singulière. L'explication que je vais vous en soumettre sera donc bien mienne, et je vous prie de l'accueillir avec indulgence , car ce n'est pas par choix que je vais essayer de résoudre cette question , mais pour vous être agréable.

Voyons le fait d'abord. « Quand beau est joint avec avoir, disent les lexicographes , il signifie quoique, encore que. »

Je lis dans les méthodes latines, c'est-à-dire dans les traités français pour rendre en latin les gallicismes : « avoir beau devant un infmitif, se tourne par en vain , frustra , ou quoique , quamvis ; vous avez beau crier, tousser, vous criez en vain, ou quoique vous criiez, vous avez beau faire, tournez, quelque chose que vous fassiez, quidquid agas. »

<i On ditj remarque le dictionnaire de l'Académie au mot beau , vous avez beau faire et beau dire, pour c'est inutilement que vous faites, que vous dites. »

D'où je conclus 1 " que beau, dans ces phrases, esten effet une locution elliptique, dans laquelle on peut entendre affaire ou chose; comme dans la phrase latine, pulchrum est pro palrid mori , on sous-entend neyutium , et même , comme dans la phrase française , faite sur le modèle du latin, il est beau de mourir pour sa patrie ; 2° que la locution j'ai beau dire revient à celle-ci : j\n belle affaiie à dire , dire est pour moi une belle chose, mais inutile el vaine.

C'est ain^i, monsieur, que nous disons, il fait beau voir, pour c'est une belle chose de voir ou à voir ; il n'est pas beau de jurer, pour ce n'est pas une belle chose de jurer ; il y a du beau dans cette affaire, pour '/{ y a de belles choses , de beaux côtés ; le beau, le plus beau et le meilleur de l'affaire, pour la chose la plus belle el la meilleure de l'affaire.

C'est ainsi encore que nous sous-entendons temps dans les locutions , t7 fait beau chasser, il fait beau se promener ; jeu ou coups, quand nous disons au jeu de paume ou de volant, donner beau coup, pour un coup facile à prendre : occasion , quand nous disons Qgurément , le donner beau à quelqu'un, pour dire lui donner beau jeu , lui procurer belle occasion , une occasion favorable de faire un bon coup ; vous l'avez beau , pour vous avez une belle occasion ; l'occasion est belle pour vous.

Je désire, monsieur, que cette explication analytique, et ces rapprochements puissent vous satisfaire, et vous prouver au moins la haute opinion que le plan et l'exécution de votre Grammaire nationale m'ont fait concevoir- de votre mérite , de vos immenses recherches et de votre esprit d'analyse.

J'ai l'honneur d'être, dans ces sentiments bien sincères, monsieur, avec dévouement et reconnaissance, pour le service que vous rendez à notre bulle langue,

Votrs conlière, Ëloi Jobahrbac.

^.m^(> N' CXXXIV, o^

I)K I./V l'I-ACE DES ADJECTIFS

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