ADJECTIFS SUSCEPTIBLES OU N0.\ SUSCEPTIBLES DE COMPAUAISON
SUSCEPTIBLES DK COMPARAISON.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
(BoiLHAU.)
Britannicus est compté parmi les plus excellents ouvrages dont s'honore la scène française.
(Geoffroy.)
Fonlenelle fut l'homme le plus universel de son siècle. (YoLTAiRK.)
NON SDSCEPTIBLKS.
Apprends qne, dans les fers, la probité suprême Commande à ses tyrans, et les juge elle-même.
(Gresset.)
C'est à nous de chanter, nous à qui tu révèles Tes clartés étemelles.
(Râciisb.)'
Le dernier moment qui terminera ma vie décidera de mes destinées immortelles.
(Massillon.)
Les adjectifs qui expriment une qualité absolue ne sont pas, dit Girault-Duvivier> susceptibles de comparaison, et il cite comme tels les suivants : divin, éternel, excel- ; lent, extrême, mortel, immortel, immense y impuni, intime, parfait, unique, universel, /' suprême; mais comme on peut très-bien dire, d'après les écrivains et l'Académie : le plus excellent, le plus divin, le plus immense, le plus intime, le plus parfait, le plus unique^ le plus universel, il en résulte qu'il n'y a qu'éternel, immortel, suprême, immense, premier, etc., qui n'admettent point les degrés de comparaison en plus et en moins.
En effet, il y a une excellence, une perfection, une universalité relatives, voilà pourquoi les écrivains ne se font aucune difficulté de mettre ces adjectifs en comparaison :
Le bon sens est la faculté la plus excellente de l'homnw. (La Roche.)
Le courage de l'esprit, infiniment plus rare que valeur, suppose des vertus bienplus éminenies.
(Diderot.)
Image du courtisan d'aulantpiui parfaite.
(La Brl'vère.)
Une erreur si stupide n'était pas seulement la plus universelle, mais encore, etc. (Bossukt.)
Les plus sublimes esprits ont eux-mcnics des codroils faibles, (Vauve.naecuks.)
Les plus excellents ouvriers.
(La Dkuykre.)
Quant à plus divin, on entend par là une qualité qui approche davantage de la perfection que nous nous figurons dans les attributs de la Divinité :
II faut que je déclare à Arcbidémus ce qui est encore plus divin. (Oacikr.)
Rien n'est plus divin que la morale du christianisme. (ClIATEAUBRIAHO.)
L'auteur le plus divin, c'est-à-dire qui approclie le plus de la Divinité.
11 y a des circonstances où l'expression semble s'écarter de l'ordre naturel; mais ce sont des délicatesses qui échappent à ceux qui ne connaissent point les ressources de la langue. 11 n'y a minfinité, ni impossibilité relatives; cependant les phrases suivantes sont très-bonnes :
Je crois même qu'en faisant mes lettres moins mfinies, je vous jetterai moins de pensées, et moins d'envie d'y répondre.
(M"» DK SÎVICSK.)
Non, cela est plus impossible que vous ne l'imaginez. (D'Alembert.)
Cette excellente mère, comme le remarque M. Dessiaux, pouvait dire moins longue, mais que devenait le sentiment? Une chose me paraît impossible sous quelques rapports; celui qui découvre encore plus de raisons d'impossibilité, la ']ugeplus impossible que je ne puis le faire. La Rochefoucauld avait ses raisons pour dire : U envie est plus JRRÉCONCILIABLE que la haine.
Tout le monde passera condamnation sur la phrase suivante : La carrière de l'histoire est cent fois PLVS immense qu'elle ne l'était pour les anciens. (Voltaire.) Vaste était le mot propre.
ISous ne nous étendrons pas davantage sur cotte matière. Ce que les grammairiens appellent comparaft/etsu;;e?-/aï//* se formant en général au moyen des adverbes, c'est au chapitre qui traite de cette partie du discours que nous entrerons dans tous les développements nécessaires.