‹ Grammaire nationaleChapitre 21 sur 643 · BOISJOLIN · texte numérisé non relu

BOISJOLIN

Le soleil sur les monts cuit la grappe dorée.

(Delille.)

Le pavot dans les champs lève sa tête altière.

(MiCHAUD.)

Le hatime, heureux Jourdain, parfume tes ritjogfes .

NOMS d'objets immatériels.

Rien n'égale la blancheur des Ds.

(FÉNÉLON

La douceur d'une femme est tout ce qui me charme.

(Molière.) La bienfaisance est un besoin de l'àme.

(De Belloy.) L'amitié dans nos cœurs verse un bonheur paisible.

(Demoustier.)

11 existe dans la nature une multitude d'objets diflcienis que l'on distingue faciiement les uns des autres, au moyen des noms particuliers qu'on a donnés à chacun d'eux.

Ainsi, par exemple, lorsqu'on dit : le baume parfume les rivages du Jourdain, comment distingue-t-on l'objet parfumé? Par le mot rivages, qui est le nom de cet objet. Comment distingue-t-on l'objet qui parfume? Par le mot batime. Donc les mots baume et rivages ioxii des noms d'objets. 11 en est de même des mots rose, boutons, soleil ^ raisins, colibri, serpolet, blancheur, bienfaisance, etc.

Les signes d'objets sont donc ceux qui désignent les objets.

Dans les exemples que nous avons cités, les objets désignés par les noms de la première colonne, on peut les voir, les toucher, les goûter, les fiairer ou les entendre; tandis que, dans les exemples de la deuxième colonne, les objets désignés par les mots blancheur, douceur, bienfaisance , amitié, bonheur, etc., on ne peut ni les voir, ni les toucher, ni les goûter, ni les flairer, ni les entendre. Ces objets n'ont point de corps, d'existence réelie, indépendante; i'espcit seul les a créés. On a vu des objets blanot , des personnes douces, des êtres qui étaient bienfaisants , bienheureux , et l'on a indivi-

(i) Les instituteurs primaire?, et tous les professeurs qui ont une nombreuse classe à conduire, pourront procéder de cette manière :

Ils écriront sur un tableau quelques-uns des exemples dont se compose chacun de nos groupes, et les disposeront, comme nous l'avons fdt, sur deux colonnes latérales ; puis ils chercheront à fixer l'attention de leurs élèves sur ces exemples, leur en feront remarquer les différences, et exigeront d'eux qu'ils énoncent clairement la règle.

(28) (lunlisé ces qualités, abstraction faite des objeis où elles se trouvaient; puis on a formé les noms blancheur, doucetir, bienfaisance, bonheur, etc.

Il y a donc deux classes d'objels : ceux qui exislent dans la nature et que nous pouvons voir, toucher, goûter, odorer ou entendre, ot ceux qui n'existent que dans notre esprit et que notre esprit seul peut comprendre.

Tous les êtres, tous les objets de la nature, quels qu'ils soient, peuvent èiresounn's à diverses niodificaiions. On peut dire d'une rose qu'elle est épatioide , Jlélrie , rouge, blanche; de champs, qu'ils sont fertiles, stériles, fleuris; de la blancheur, qu'elle est éclatante, vive, éblouissante.

Sous ce point de vue, c'esl-à-dire considérés comme le soutien, le support de qualités, tous les êtres, tous les objets de la nature prennent le nom de substances, et les mots qui les rappellent à la mémoire, qui les représentent sur le papier, dans l'écriture, se nomment substantifs.

Les substantifs sont donc les noms des substances, c'est-à-dire les mois adoptés pour désigner les substances; et par substances, on entend les personnes, les animaux, les f^'res, et généralement tous les objets qui existent dans la nature ou dans notre esprit, et (ju'onpeui voir, toucher, goùler, odorer, entendre ou comprendra.

Télémaque, Calijpso , Mentor, femmes, enfants , vieillards , sont des substantifs qui désignent des êtres faisant partie de l'espèce humaine, ou des personnes.

Chevaux, motœhes, ânes, chiens, chats, sont des substantifs qui désignent des êtres ne faisant point partie de l'espèce humaine, ou oiîjeis ammi'.s, c'est-à-dire ayant vie,

liose , boutons, soleil, pavot, champs, tête, baume, rivages, désignent des objeis inanimés, c'est-à-dire ne vivant point.

Les snbstardifs, qui servent à désigner des êtres en général, matériels ou immatériels, les corps, les substances, ont été appelés plus communément jusqu'ici noms, du latin i\"o:jen, qui veut dire men quod notât, signe qui fait connaître. Mais on doit préférer la dénomination de substantifs, tant parce qu'elle indique mieux la nature de l'idée que cette espèce de mots exprime, que parce que le mot nom a été employé par un grand nombre de grammairiens dans un sens plus étendu, comme s'appliquant à la fois aux substantifs et aux adjectifs.

L'effet propre du 7io7n ou substantif est donc de réveiller dans l'esprit l'idée des peifjonnes ou des choses qu'il représente. Sa puissance peut aller jusqu'à reproduire dans l'âme ces sortes d'impressions qu'y feraient naître les objets eux-mêmes.

Le nom d'Ulysse suffisait seul pour mettre Phiiociète en fureur; et celui de Marie soulevait toutes les passions jalouses dans le cœur d'Elisabeth; il lui semblait, dit Schiller, que tous ses malheurs portaient le nom de son infortunée rivale.

Ainsi., dans la retraite la plus isolée, dans la nuit la plus profonde, nous pouvons passer en revue l'universalité des êtres; nous représenter nos parents, nos amis, loui ce que nous avons de plus cher, tout ce qui nous a ftappés, tout ce qui peut nous instruire ou nous récréer; et en prononçant leur nom, nous pouvons en raisonner avec les autres d'une manière aussi sure que si tious pouvions les monirec au doigt et à l'œil

C'est que cette faculté admirable lient au souvenir, à cette facilité dont nous sommes doués de nous représenter tout ce que nous avons vu, quoiqu'il ne soit plus sous nos yeux; et de nous rendre ainsi l'univers toujours présent, en le concentrant pour ainsi dire en nous-mêmes.

Par les noms, nous tenons ainsi registre de loui ce qui existe, et de tout ce que nous avons vu; même de ce que nous n'avons jamais vu, mais qu'on nous a nommé, en nous le faisant remarquer par ses rapports avec les objets que nous connaissons.

Aussi n'existe-l-il aucun être dont on puisse avoir besoin de se rappeler le souvenir, qui n'ait son nom; puisque ce n'est que par cette espèce d'anse qu'on peut le saisir et le mettre sous les yeux; aussi, dès qu'on entend parler d'un objet inconnu, demjndet-on à l'instant son nom, comme si ce nom seul le faisait connaître : mais ce nom rappelle un objet auquel on attache telle idée; il le supplée en quelque sorte, et cela sulïit.

Ne soyons donc pas étonnés que l'homme, qui parle de tout, qui étudie tout, qui tient note de tout, ait donné des noms à tout ce qui existe : à son corps et à toutes ses parties, à son âme et à toutes ses facultés, à celte multitude d'êtres qui couvrent la terre ou qui sont cachés dans son sein, qui remplissent les eaux ou qui traversent la vasie étendue de l'air; au ciel, et à tous les êtres qui y brillent, et à tous ceux que son esprit y conçoit; qu'il en donne aux montagnes, aux fleuves, aux rochers, aux forêts; à ses habitations, à ses champs, aux fruits dont il se nourrit; à ces instruments de toute espèce avec lesquels il exécute les plus grandes choses; à tous les êtres qui composent la société; à une femme chérie; à des enfants, objets de toute son espérance; à des amis auxquels son cœur est attaché et qui lui rendent la vie précieuse; à des chefs qui veillent pour lui. C'est par leur nom que se perpétue d'âge en âge le souvenir de ces personnages illustres, qui méritèrent du genre humain par leurs bienfaits ou par leurs lumières.

11 fait plus : tantôt il donne des noms à des objets qui n'existent pas; tantôt il en donne à une multitude d'êtres, comme s'ils n'en formaient qu'un seul; souvent même il donne des noms aux qualités d'objets, atin d'en pouvoir parler de la même manière qu'il parle des objets dans lesquels ces qualités se trouvent.

Ainsi, les êtres se multiplient en quelque sorte pour lui à l'infini, puisqu'il élève à ce rang ce qui n'est pas, et les simples manières d'être des objets existants.

Le mot no7n, dans son acception primitive, est considéré par les grammairiens comme la source d'où l'on a tiré toutes les autres espèces de mots, au moyen de quelques modifications qu'on lui fait subir, ainsi qu'on le voit dans nommer, nomménvnt, nomination, nominal, qui tous proviennent du xnoinom lui-même.

Quelquefois les noms changent de signification par le seul laps de temps : tels sont entre autres ceux de tyran et de parasite, maintenant aussi odieux qu'ils étaient jadis honorables.

11 y a plusieurs moyens mécaniques pour reconnaître un substantif.

Ainsi tout mot devant lequel on peut placer un, vne , du, de /', de la, des, est \n\ substantif; or je puis dire : im ■peuplier, une rose, du sucre, de la prudence, des (leurs. donc les mots peuplier, rose, sucre^ prudence , fleurs , sont des substantifs.

On connaît aussi qu'un mot est substantif lorsqu'on peut y ajouter un autre moi exprimant une bonne ou une mauvaise qualité. Or, je puis dire: une belle tulipe , un beau motjnolia , une rfvande pensée, un petit vieillard; donc (es mots tulipe , maijnodit , pensée^ vieillard, sont des substantifs.

( 30 ) EXERCICE ANALYTIQUE

(Souligner les substantifs ou bien en faire .une liste.

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